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Mix énergétique en France : un enjeu pour la décarbonation des entreprises ?

  • Temps de lecture: 8 - 9 min
Mix énergétique
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Électricité, gaz, pétrole… ces sources énergétiques font tourner tous les éléments de notre vie quotidienne et forment ensemble un mix énergétique. Mais comme dans tout mélange, la recette doit être équilibrée. 

De la chaîne de production d’une usine à l’ampoule de votre lampe de chevet, l’énergie est partout, mais elle n’est pas toujours la même. Électricité produite par des éoliennes, pétrole extrait d’un puit, gaz provenant d’un gisement : les énergies fossiles et les énergies renouvelables n’ont pas le même impact sur l’environnement.

Le mix énergétique d’un pays est composé de ces différentes sources, mais il doit prendre en compte leur incidence sur le changement climatique, et trouver le bon équilibre entre l’origine de l’énergie consommée et son utilisation. Composition du mix énergétique français, enjeux de son évolution et rôle des entreprises dans le bouquet énergétique : Big média vous donne la recette d’un mix énergétique plus responsable. 

Qu’est-ce que le mix énergétique ?

Le mix énergétique permet d’avoir une vue détaillée de l’exploitation et de la consommation des différentes sources d’énergie sur un territoire, afin de réguler sa dépendance et d’orienter sa politique énergétique. C’est également un moyen de rendre compte de la répartition des énergies fossiles et des énergies décarbonées, et de mettre en place une transition énergétique au profit des ressources durables et naturelles.

Mix énergétique : définition 

Le mix énergétique (aussi appelé bouquet énergétique) désigne l’ensemble des sources d’énergies primaires (gaz naturel, nucléaire, pétrole, hydraulique, solaire, etc.) exploitées pour les besoins de consommation d’un pays. Le mix énergétique inclut aussi bien les énergies fossiles que les énergies renouvelables (EnR), en proportions variées. 

Le mix énergétique varie selon la zone géographique ou la période. Il est souvent établi à l’échelle d’un pays et est réparti selon les ressources disponibles sur le territoire, les besoins des consommateurs et la politique énergétique à l’échelle nationale.

Bon à savoir - Le mix électrique
Le mix électrique désigne l’ensemble des sources d’énergie dédiées à la production et consommation d’électricité. Il permet d’avoir une vue d’ensemble du poids des différentes ressources énergétiques sur l’impact environnemental de la consommation et production électrique d’un territoire.

Le mix énergétique mondial et européen

En 2020, les énergies fossiles représentent 80% du mix énergétique mondial et se répartissent comme suit : 27% de charbon, 23% de gaz naturel et 30% de pétrole. Les énergies renouvelables ne représentent que 12% du mix.

Consommation mondiale d'énergie primaire par énergie
Source : calculs SDES, d’après les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié dans les Chiffres clés de l’énergie - Édition 2023, Service des données et études statistiques, Ministère de la Transition énergétique

 

En Europe, 70% de l’énergie disponible provient de ressources fossiles (34% pétrole, 11% charbon et 23% gaz), et l’Union Européenne importe 55% de l’énergie qu’elle consomme, ce qui la rend très dépendante d’autres pays producteurs. 

Les énergies renouvelables représentaient environ 22% du mix énergétique européen en 2021. Le plan RePowerEU a été mis en place afin de décarboner le bouquet énergétique européen et de gagner en indépendance, notamment en se détournant des énergies fossiles fournies par la Russie à l’horizon 2027.

Quel est le mix énergétique de la France ?

Le mix énergétique français a ses propres particularités et est au cœur des débats et réglementations sur la transition énergétique. La consommation d’énergie en France repose encore à 60% sur les énergies fossiles, même si les énergies renouvelables se font petit à petit une place dans le bouquet national, et que les politiques climatiques tendent à renforcer l’indépendance énergétique du pays grâce à ces dernières.

Composition du mix énergétique en France : 

Composition du mix énergétique en France : 
Source : écologie.gouv.fr

 

La répartition du mix énergétique primaire français se détaille comme suit : 

  • 36% de nucléaire ;
  • 30% de pétrole ;
  • 16% de gaz naturel ;
  • 15% d’énergies renouvelables ;
  • 3% de charbon. 

Le mix énergétique primaire français se caractérise par la forte part de l’électricité nucléaire (36%), car c’est la source d’énergie la plus utilisée pour se chauffer dans les ménages, ce qui constitue une différence majeure avec les autres pays européens, où le chauffage provient principalement du gaz naturel et où les centrales thermiques produisant l’électricité reposent sur les combustibles fossiles. Cette production électrique provient à plus de 60% du nucléaire : la France compte 56 réacteurs nucléaires répartis dans 18 centrales, ce qui en fait le pays ayant la plus forte production d’énergie nucléaire en Europe.

Enfin, les énergies renouvelables représentent 13,9% de la production primaire d’énergie française en 2022. Parmi elles, le bois-énergie est la première source d’énergie consommée. 

Répartition de la consommation d’énergie primaire en France en 2022 : 

Répartition de la consommation d’énergie primaire en France en 2022 : 
Source : Chiffres clés de l’énergie - Edition 2023.

 

La consommation énergétique française peut également être répartie par secteur : le résidentiel et le tertiaire représentent 46%, les transports 32%, l’industrie 19% et l’agriculture 3%. Pour l’ensemble de ces secteurs, 19% de la consommation d’énergie provient des EnR - cependant le secteur des transports ne repose pas sur des énergies décarbonées, mais principalement sur les énergies fossiles et le pétrole.

Un mix énergétique en faveur de l’électricité : le mix électrique

L’électricité représente la plus grande partie du mix énergétique français. Ce mix électrique est dominé à 65% par le nucléaire, suivi de l’énergie hydraulique à 12%, puis par les énergies éolienne et solaire qui représentent 15% à elles deux.

En 2022, la production d’électricité a augmenté de 11% par rapport à l’année précédente, et la production thermique fossile a atteint son niveau le plus bas depuis 2014. La production électrique fait donc l’objet d’une décarbonation lente, avec des résultats de plus en plus visibles.

La consommation électrique nationale a, quant à elle, baissé de 3,2% par rapport à 2022  dans tous les secteurs. Cette baisse est due à l’inflation, qui a engendré une baisse de la consommation industrielle, et au réchauffement climatique : 2023 est la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée en France.

Chiffres clés de la production électrique en France en 2023 : 

Chiffres clés de la production électrique en France en 2023 : 
Source : Bilan électrique 2023, RTE

 

Le mix énergétique par secteur d’activité

Les mix énergétiques des différents secteurs économiques français mettent en lumière des consommations énergétiques variées. L’électricité garde une place de choix, mais les énergies fossiles sont toujours très présentes. Le secteur des transports est particulièrement dépendant de ces énergies à fortes émissions carbone, malgré la nécessité de développer des modes de mobilité plus durables. 

Le mix énergétique de l’industrie est dominé par l’électricité et le gaz naturel mais nécessite encore des efforts de décarbonation : 

  • électricité 38% ;
  • gaz naturel 34% ;
  • pétrole 9% ;
  • énergies renouvelables 7% ;
  • chaleur commercialisée 7% ;
  • charbon 4%.

Le pétrole ne représente que 13% du mix énergétique du secteur tertiaire mais les énergies renouvelables peinent à s’y faire une place, malgré les réglementations mises en place pour accélérer la décarbonation du secteur : 

  • électricité 51% ;
  • gaz naturel 26% ;
  • pétrole 13% ;
  • EnR 5% ;
  • chaleur commercialisée 4%.

Dans les transports, les énergies fossiles restent en tête du mix énergétique mais les biocarburants y sont lentement intégrés : 

  • produits pétroliers 91% ;
  • incorporation de 7% biocarburants (2022) ;
  • 2% électricité (transport ferroviaire) ;
  • 0,4% gaz naturel (bus, poids lourds).

Objectifs et évolution du mix énergétique français

Face à la part encore importante des énergies fossiles dans le mix énergétique français, des stratégies de décarbonation de l’énergie au niveau national ont été mises en place. Elles émanent toutes de l’objectif global de neutralité carbone d’ici 2050, fixé par l’Accord de Paris en 2015 et réaffirmé en France à travers la stratégie nationale bas carbone (SNBC) établie la même année.

Il s’agit d’entamer une transition énergétique et écologique dans tous les secteurs français et de développer des actions de sobriété énergétique. Dans cette lancée, la Loi Énergie-Climat de 2019  fixe des mesures de sortie des énergies fossiles, avec un objectif de baisse de 40% de consommation énergétique d’ici 2030 (via la fermeture des centrales à charbon et le développement des énergies renouvelables) et une part de 50% de nucléaire dans le mix énergétique. Elle impose également des obligations de rénovation énergétique, notamment via des installations réglementaires de panneaux photovoltaïques, pour le parc tertiaire et résidentiel.

Autre feuille de route nationale, la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE), un véritable outil de pilotage de la politique énergétique et climatique du pays. La PPE aide les pouvoirs publics dans la gestion énergétique du territoire à travers des cycles d’actions quinquennaux. Elle repose sur plusieurs piliers : 

  • la sécurité de l’approvisionnement en énergie
  • la baisse de la consommation énergétique primaire ;
  • le développement des énergies renouvelables ;
  • le pilotage de la demande et de la production locale d’énergie ;
  • la mobilité propre.

Pour les entreprises, la PPE inclut des volets concernant la simplification des démarches pour les projets d’EnR ou encore un calendrier pluriannuel pour les appels d’offres d’énergies renouvelables.

Mix énergétique et neutralité carbone : quels enjeux ?

L’équilibre du mix énergétique est représentatif de l’engagement d’un pays dans la transition énergétique. La gestion du mix énergétique national implique des enjeux de dépendance et de sécurité énergétique, ainsi que l’investissement dans les énergies renouvelables et les filières qui développent les solutions liées.

Décarboner la production et la consommation d’énergie

La  décarbonation de la production énergétique est une étape majeure dans la diversification et l’équilibre du mix énergétique, et s’effectue grâce aux énergies renouvelables. En 2023, la part des EnR dans la consommation d’énergie primaire de la France est répartie ainsi : 

Les autres énergies renouvelables, comme l’énergie marémotrice, houlomotrice, osmotique (les énergies marines) ou la géothermie représentent 3,7% du bouquet des EnR en France. Le développement de toutes ces filières, à travers des investissements dans la recherche et l’innovation, est la voie vers la transition énergétique et la décarbonation du mix énergétique national.

Décarboner le mix énergétique est le fruit de politiques publiques engagées et d’actions en faveur de la sobriété énergétique, c’est-à-dire de la réduction et la modération de la consommation, en donnant la priorité aux usages essentiels, et en faveur de l’efficacité énergétique, qui concerne l’optimisation de la consommation tout en conservant les mêmes besoins énergétiques, pour réduire la consommation au niveau national et par secteur.

Assurer la sécurité et l’indépendance énergétique de la France

La France importe presque l’entièreté des énergies fossiles qu’elle consomme : en 2022, le taux d’indépendance énergétique (le rapport entre production et consommation primaire) s’élève à 50%. Cette dépendance engendre des fluctuations de prix qui se répercutent sur les factures des ménages, de l’industrie et du secteur tertiaire. Pour changer la donne, il est important de développer la production d’électricité bas-carbone, ainsi que l’ensemble des énergies renouvelables. Produire plus d’énergie sur le territoire est le meilleur moyen d’assurer son indépendance énergétique et la sécurité des prix du marché. 

Bon à savoir - Les acteurs du marché énergétique
Le secteur énergétique français est constitué d’acteurs ayant des rôles variés. 
Au niveau public, les Ministères de l’Environnement, de la Transition Écologique ou l’ADEME implémentent les réglementations et stratégies nationales autour de la gestion énergétique sur le territoire et proposent d’accompagner les entreprises ou les industries.
Le marché est ensuite constitué des producteurs et des fournisseurs, notamment en gaz et en électricité, ainsi que des gestionnaires des réseaux de transport et de distribution de ces énergies (RTE, Enedis, GRDF).

 

Mix énergétique : quels impacts sur les pratiques énergétiques des entreprises ?

Le secteur tertiaire représente 17% de la consommation énergétique finale de la France en 2022, avec une augmentation de +0,7%. Si cela reste bien en dessous des chiffres des transports (34%) ou du secteur résidentiel (28%), le poids du secteur tertiaire dans la consommation d’énergie ne fait qu’augmenter. Pour les entreprises, les enjeux de décarbonation et d’efficacité énergétique sont également à prendre en compte, afin de réduire leurs coûts et d’améliorer leur impact environnemental, tout en soutenant le développement des énergies renouvelables.

Les entreprises jouent un rôle crucial dans la consommation mais aussi dans la demande énergétique. Leurs choix d’approvisionnement et leurs investissements dans les EnR ou dans des pratiques durables influencent la demande énergétique à une plus grande échelle ainsi que les politiques énergétiques. Attention également à ne pas négliger l’impact des entreprises qui participent à la production d’énergie sur l’évolution du mix énergétique. Si, par exemple, le secteur du transport venait à privilégier les biocarburants ou l’hydrogène vert, cela pourrait réduire la dépendance pétrolière de la France sur le long terme, et développer la durabilité d’un secteur aujourd’hui dépendant des énergies fossiles.

Réaliser un audit énergétique et un bilan carbone pour réduire votre consommation énergétique 

Il existe plusieurs outils pour permettre aux entreprises françaises d’évaluer leur consommation énergétique, afin de mettre en place des stratégies de réduction et de décarbonation

Les entreprises de plus de 250 salariés ou réalisant un certain chiffre d’affaires sont tenues d’effectuer un audit énergétique, qui couvre 80% de leurs factures énergétiques. L’audit, dont la méthode est fixée par des normes européennes, permet de recueillir et d’analyser les données de consommation énergétique de l’entreprise.

Le Bilan Carbone réglementaire de l’ADEME et le bilan GES (BEGES) concernent les entreprises de plus de 500 salariés, ainsi que les collectivités territoriales et les services publics. Bien que différents, ces deux bilans couvrent les scopes 1, 2 et 3 des émissions carbone de l’entreprise et aboutissent à l’élaboration d’un plan d’action.

Ces bilans servent à identifier les postes et opérations sur lesquels une entreprise peut notamment faire des économies d’énergie. Les résultats aboutissent à l’élaboration de stratégies de réduction de la consommation énergétique et peuvent inclure : 

  • l’installation de sources d’énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes) ;
  • le passage à l’autoconsommation grâce aux EnR ;
  • la formation des collaborateurs aux éco-gestes ;
  • la mise en place de systèmes de gestion de l’énergie (éclairages à détecteurs de mouvements, systèmes de contrôle de la température, etc.) ;
  • l’adaptation des modes de production (éco-conception, électrification des véhicules de transport).

Des aides pour soutenir les projets de transition énergétique en entreprise

Pour agir dans la décarbonation du mix énergétique français, les entreprises ne sont pas seules. Des aides et dispositifs d’accompagnement existent pour les accompagner dans leurs démarches de transition vers la sobriété et l’efficacité énergétique.

Bpifrance propose ainsi un Prêt Eco-Energie (PEE) pour les micro-entreprises, TPE ou PME. Basé sur un système de prêt participatif, le PEE aide à couvrir les dépenses liées à l’installation de systèmes d’économie d’énergie

Des crédits d’impôts sont mis en place par le gouvernement pour soutenir la rénovation énergétique des locaux (pour les TPE et les PME), ou pour soutenir les investissements et la réalisation de projets industriels dédiés aux énergies renouvelables. Ces crédits d’impôts peuvent s’accompagner dans certains cas d’un amortissement fiscal pour l’achat d’équipement de production d’énergies renouvelables.

 

Sources : 

Chiffres clés de l’énergie - Edition 2023, Ministère de la Transition Énergétique

La Transition énergétique en France, Ministère de la Transition Écologique

L’énergie, Notre-environnement.gouv

Comment se compose le mix énergétique primaire de la France ?, Notre-environnement.gouv

Pétrole, charbon, nucléaire: quel est le mix énergétique des pays de l’UE ?, Toute l’Europe

L’énergie dans l’Union européenne, Toute l’Europe

Bilan électrique 2023, RTE

Bilan électrique 2023 : la France première exportatrice d’électricité en Europe, Vie Publique

Chiffres clés des énergies renouvelables - Édition 2023, Ministère de la Transition énergétique