Les incubateurs culturels, la logique entrepreneuriale au service de l’art et de la culture

Proposer aux porteurs de projets dans l’art et la culture un lieu pour tester leur modèle économique et se former aux défis de l’entrepreneuriat : telle est la mission des incubateurs culturels. Big média s’est intéressé à ces lieux qui permettent à celles et ceux qui ne s’étaient pas toujours destinés à entreprendre, de réaliser leurs ambitions d’art et de culture. 

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Session de travail en intelligence collective à l'IESA Incub'.
Les incubateurs culturels, appliquer une logique entrepreneuriale et d'intelligence collective au service de l’art et de la culture.

Véritable accélérateur de l’innovation, un incubateur est une structure d’accompagnement de projets d’entreprise qui s’adresse aux sociétés très jeunes ou en cours de création. Dans cette dynamique entrepreneuriale, la culture s’est frayé un chemin. Ces dernières années ont permis l’essor d’un nouveau type d’incubateurs, parmi les 400 recensés en France. Dans ces pépinières, les projets s’inscrivent spécifiquement dans les secteurs artistiques et culturels.  

 

Des incubateurs spécialisés dans l’accompagnement de projets artistiques et culturels  

Cécile Reghezza, que nous avons rencontré, dirige l’IESA Incub’, incubateur culturel de l’Ecole internationale d’arts et culture, basé à Paris. La directrice nous explique son objectif de former et d’accompagner les futurs chefs d’entreprise qui la rejoignent, persuadée qu’être entrepreneur s’apprend : « c’est un processus itératif, une théorie des petits pas. Et pour y arriver, il faut se structurer. Ce lieu permet aux incubés de structurer d’une part leur état d’esprit, et d’autre part leur projet dans l’objectif d’en vivre. » Cette organisation passe par un suivi précis et régulier de la part d’intervenants et par un esprit d’entraide entre tous les incubés, qui va au-delà de l’aide à la création d’un business plan

En effet, selon Cécile Reghezza, l’un des facteurs de succès d’une telle entreprise repose aussi sur le partage des compétences de personnes qui viennent d’horizons différents. Et pour le démontrer, elle prend pour exemple deux entreprises culturelles parmi les plus connues : « Deezer et Spotify n’ont pas été conçus par des musiciens même si les personnes qui les ont pensés sont des passionnés de musique. D’où la nécessité de comprendre que, lorsqu’on a un projet à vocation culturelle, travailler en intelligence collective et éviter l’entre-soi est primordial. » Un incubateur culturel regroupe donc idéalement des porteurs de projets qui viennent du monde de l’art mais aussi de la tech, du business et d’autres secteurs comme la mode, le design. Cela engendre la synergie nécessaire à l’émergence de projets qui s’intègrent au mieux dans une dynamique entrepreneuriale globale, grâce à une compréhension complète du marché des industries culturelles et créatives. Cette intelligence collective, cet escalier fait de marches de pédagogie et d’accompagnement, ce croisement de regards entre des personnes d’horizons différents, qui permet aux projets, petit à petit, de se préciser.  

 

« Sans l’incubateur, le projet n’aurait jamais été lancé » 

« C’est simple : sans l’incubateur, le projet n’aurait jamais été lancé. » Brieuc Berepion, co-fondateur de Rentaru, a concrétisé son envie d’entreprendre dans l’édition grâce à l’IESA Incub’ dans lequel il est resté deux ans. Sa plateforme de location de mangas aurait sûrement gardé son statut de projet d’école, s’il n’avait pas rejoint ce lieu propice au développement de projets créatifs et culturels innovants. L’entrepreneur était alors étudiant en école des métiers du web et n’avait ni connaissance du monde de l’entrepreneuriat, ni de celui de l’édition. Être entouré et formé par les bonnes personnes, développer son réseau, se tromper, essayer, réfléchir… et finalement, pas à pas, développer son entreprise : rejoindre l’incubateur a été décisif pour la réalisation de son ambition. Son projet, qui s’inscrit également dans une démarche d’économie sociale et solidaire (ESS), devait aussi tester son modèle économique avant d’être lancé.  

Convaincu de l’intérêt de l’intelligence collective pour le développement des projets, Brieuc Berepion n’a pas hésité à partager son expertise avec les autres incubés. Au sein de l’incubateur, ses compétences en UX et UI sont très recherchées. En contrepartie, il profite de compétences en marketing, en gestion de campagnes sur les réseaux sociaux. Il nous explique cet échange de bons procédés : « je suis compétent sur tout ce qui touche au wireframe, au design, je pouvais aider à la construction de maquette. En échange, je demandais conseil sur ma prochaine campagne TikTok ou Instagram. » Des actions très concrètes rendues possible grâce à l’incubateur culturel, qui ont permis à sa plateforme de voir le jour. Mais le fondateur du site de location de manga retient aussi le fait d’avoir été entouré de personnes partageant les mêmes aspirations que les siennes, le tout dans une grande diversité de projets : « le plus important, c’est de se sentir soutenu et d’avoir des retours réguliers. On ne te laisse pas tomber ». 

Jean baptiste Ganga

Jean Baptiste GANGA

Rédacteur web