Maud Sarda [Label Emmaüs] « à petite échelle, on peut faire rimer économie avec solidarité et éco-responsabilité »

Avec Label Emmaüs, l’activité économique solidaire du mouvement fondé par l’abbé Pierre en 1949 se prolonge aujourd’hui en ligne. Fondée par Maud Sarda en 2016, la plateforme référence plus de 2 millions de produits issus de dons de particuliers. La cofondatrice et dirigeante de la coopérative était présente sur la scène de l’Ampli lors de Big 2022, rencontre. 

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Label Emmaüs

« On a lancé Emmaüs en ligne alors que des enseignes comme Amazon ou Leboncoin existaient déjà depuis 10 ou 20 ans. C’était carrément une urgence pour un mouvement comme le nôtre. » Pour Maud Sarda, l’emblème de l’économie sociale et solidaire aux 500 points de vente devait sauter dans le digital. En 2016, elle fonde, aux côtés de Jérome Darche, la marketplace Label Emmaüs, dont le catalogue propose plus de deux millions d’articles. Ce dernier est désormais alimenté par 175 structures de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) : centres Emmaüs, antennes La Croix Rouge, Artisans du monde, ressourceries, etc. « Toutes les grandes têtes de réseau de l’ESS nous ont rejoint petit à petit », déclare la dirigeante.  

Un modèle économique qui continue de venir en aide aux personnes en situation de grande exclusion 

« Label Emmaüs est le prolongement en ligne d’Emmaüs, adapté aux usages des nouvelles générations en ce qui concerne la seconde main », déclare Maud Sarda. Si l’entrepreneure souhaite s’imposer sur ce marché très concurrentiel à l’instar de Vinted, BackMarket ou encore Leboncoin, elle compte bien faire de sa marketplace la référence de la seconde main solidaire. « Nos produits sont mis en ligne par des personnes en insertion, les compagnons d’Emmaüs que vous rencontrez également dans les bric-à-brac. Ils développent de nombreuses compétences clés pour le marché du travail, du e-commerce à la rédaction web », assure-t-elle. Depuis sa création, Label Emmaüs propose également aux acteurs de l’ESS d’ouvrir une boutique en ligne sur la plateforme. Grâce à cette activité, des personnes éloignées de l’emploi sont formées à des métiers en tension dans le domaine du numérique et de la logistique (expéditions, colisage). Label Emmaüs devient alors un nouveau vecteur de communication et un relais de croissance pour ces structures. 

Si Emmaüs ne demande pas de don d’argent, l'association propose de donner des objets dont les reventes aident chaque année des milliers de personnes en situation de grande exclusion. Avec ce modèle qui lui est propre, la structure aux 60 salariés et 1 300 sociétaires a pourtant eu du mal à se financer. « Quand on est une association, on se finance via de la philanthropie, avec des dons qu’on peut défiscaliser. Quand on est une SAS, on passe par des business angels qui entrent au capital de la société. Nous, on est une coopérative, c’est entre les deux. 100 % de nos bénéfices sont réinvestis dans notre outil de travail », explique Maud Sarda. Avec aujourd’hui plus 250 000 clients, et des nouvelles marques filles comme Label Ecole, Label Transition ou encore Trëmma, la marketplace Emmaüs a de beaux jours devant elle. « Depuis 5 ans, ce modèle alternatif enregistre 100 % de croissance annuelle. Ce qui montre bien, à petite échelle, qu'économie peut rimer avec solidarité et éco-responsabilité ! » conclue la dirigeante. 

Julie Lepretre

Julie Lepretre

Rédactrice web