Comment FuelSea propose de désinfecter l’eau grâce à de nouvelles électrodes éco-responsables

Lauréat du concours d’innovation i-PhD 2022 ainsi que i-Lab 2023, FuelSea propose de diminuer drastiquement la quantité des métaux rares et de modifier la nature de ceux utilisés en les remplaçant par des métaux abondants grâce à un nouveau modèle d’électrodes. Richard Barré, Baptiste Dautreppe et Damien Mouchet-dit-Leguerrier, co-responsables de ce projet, reviennent sur cette innovation.  

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FuelSea
Baptiste Dautreppe, Damien Mouchel-dit-Leguerrier et Richard Barré (de gauche à droite) , tous les trois responsables du projet FuelSea, récemment renommé Anodine.

Diminuer l'empreinte carbone sur la planète et ainsi rendre la transition énergétique engagée réellement éco-responsable. Tel est l’objectif du projet FuelSea, tout récemment renommé Anodine. « L’utilisation exponentielle de l’électrolyse de l’eau pour la génération d’hydrogène va irrémédiablement se heurter à un problème majeur, à savoir, la raréfaction des métaux rares qui sont des constituants essentiels des technologies d'électrolyses, détaille Baptiste Dautreppe. Ces ressources vont donc très bientôt être au centre des grands enjeux économiques, politiques et écologiques de notre société ! »  

Pour répondre à ces besoins, l’entreprise propose la fabrication d’électrodes économiques en ressources stratégiques pour la production d’hydrogène et la désinfection de l’eau. « De fines particules de métaux sont encapsulées dans un film polymère spécialement désigné et breveté dans notre laboratoire, poursuit Damien Mouchel-dit-Leguerrier. Cette innovation permet d’obtenir des particules dotées d’une très grande surface active pour maximiser leur efficacité. Notre revêtement offre donc la possibilité d’atteindre des performances similaires au modèle actuel en diminuant la quantité de métaux rares. » 

Une innovation éco-responsable pour une chaine de valeur de l’électrode plus vertueuse

Une innovation éco-responsable qui repose sur plusieurs projets comme le souligne Richard Barré. « Nos objectifs aujourd’hui avec FuelSea sont de limiter notre dépendance en ressources stratégiques par un système de recharge d’électrodes tout en maitrisant le cycle de vie par le recyclage des métaux rares et du support. » Des objectifs qui pourront se réaliser grâce au développement de ce projet innovant, comme le précise ces lauréats des concours d’innovation i-Lab 2023.

Tout un processus qui dépend, en partie, du marché du traitement de l’eau par électrolyse rappelle Baptiste Dautreppe, lauréat I-PhD 2022. « Ce dernier connaît une croissance annuelle de 12 %, piloté par des utilisateurs qui veulent des solutions automatisées, plus sûres et plus éco-responsables. L’électrode, au cœur des électrolyseurs à sels, consomme une grande quantité de ruthénium, ce qui limitera son expansion dans les prochaines années. » D’autant que le ruthénium, comme l’iridium sont des sous-produits minoritaires de l’extraction du platine. Cette dernière, aux conséquences humaines, environnementales et économiques est délétère à l’échelle mondiale comme le précise Damien Mouchel dit Leguerrier. « C’est pour répondre à cette problématique que FuelSea se place sur le marché de la vente d’électrodes pour les fabricants d’électrolyseurs avec un modèle qui se veut plus efficient. » 

L’électrochloration aujourd’hui, l’hydrogène demain

Avec son innovation, FuelSea connait déjà son marché cible : « Porté par une forte traction des acteurs de la désinfection de l’eau, le marché des électrodes pour l’électrochloration est estimé à plus de 800M d’euros annuel et est par conséquent notre marché prioritaire, explique Richard Barré. Cela nous permettra d’assurer la pérennité de l’entreprise. »

Par la suite, la deeptech souhaite conquérir le marché de la vente d’électrodes pour la production d’hydrogène vert par électrolyse de l’eau, piloté par la structuration de cette filière. « Pour parvenir aux objectifs d’atteindre plus de 1000 GW d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène d’ici 2050, la technologie PEM (membrane échangeuse de protons) est considérée comme l’une des trois technologies clé », explique Damien Mouchel dit Leguerrier. Cette dernière est particulièrement intéressante pour la production d’hydrogène bas carbone car son fonctionnement s’adapte mieux aux fluctuations d’énergie disponible – et donc à la nature intermittente des énergies renouvelables – que d’autres technologies. « Au rythme actuel, 10 % de la production mondiale annuelle d’iridium est nécessaire pour produire 2 gigawatts (GW) d’électrolyseurs PEM. Malgré sa maturité, le déploiement massif de cette technologie semble donc impossible », poursuit le chef d’entreprise.  

Pour accélérer son développement et permettre l’émergence de solutions pour la transition écologique, FuelSea souhaite lever des fonds en début d’année 2025.

Emmanuel Lanoe

Emmanuel Lanoe

Rédacteur Web