Fairly Made, la startup qui décarbone l’industrie textile

Lancée par Laure Betsch et Camille Le Gal en 2018, Fairly Made incite les grandes enseignes de la mode à une pratique d’achats responsables et met l’accent sur une approche environnementale et sociétale de leur métier. Plongée au cœur d’une startup qui veut faire de la transparence des marques une norme.

  • 07 novembre 2023
  • Temps de lecture: 5 min
Camille Le Gal et Laure Betsch, cofondatrices de Fairly Made, la startup qui décarbone l'industrie textile
Camille Le Gal et Laure Betsch, cofondatrices de Fairly Made

Le taux de croissance annuel du marché mondial de la mode éthique avoisinera les 8 % d’ici la fin de l’année 2023, soit 7,7 milliards d’euros générés, d’après des données fournies par ResearchAndMarkets. Les spécialistes prévoient qu’il atteindra les 10,5 milliards d’euros en 2027. Une tendance sur laquelle surfe Fairly Made, entreprise à mission basée dans le Xe arrondissement de Paris. Fondée en 2018, la startup travaille désormais au service d’une soixantaine de grandes marques, avec l’objectif d’améliorer l’impact global d’un secteur aux prémices de sa décarbonation. 

Accompagner les marques dans la réduction de leur impact environnemental

10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, c’est ce que représente l'industrie textile, également troisième secteur le plus consommateur d'eau de la planète, d’après l'Agence de la transition écologique (ADEME). C’est dire l’urgence du chantier dont s’est emparée Fairly Made, depuis maintenant cinq ans, pour tenter de décarboner l’une des industries les plus polluantes au monde. « Au début des années 2010, développer une mode responsable relevait clairement de l’utopie », confie Laure Betsch, ancienne responsable achats et développeuse produits pour Maison Kitsuné notamment.
 
En compagnie de Camille Le Gal, passée par Louis Vuitton et Chanel, elles réfléchissent un temps à créer leur propre marque éco-responsable, avant de se raviser rapidement. « Nous voulions participer à la décarbonation du secteur et lancer une énième marque de vêtements n’aurait pas vraiment servi cette cause, ajoute la cofondatrice de Fairly Made. Dès 2016, nous avons donc commencé à réfléchir à comment faire changer les choses. En lançant notre startup et en développant un outil spécifique, l’impact de l’industrie textile sur l’environnement et l’amélioration des conditions sociales pour les travailleurs sont devenus notre moteur au quotidien. » 

Pour que la transparence des marques devienne une norme

Pour aider le secteur à améliorer son impact global, Fairly Made se devait de développer un outil conçu spécialement pour les marques. « Au commencement, nous avons visité plus de 200 usines à travers le monde, concernant tous les métiers de la chaîne de valeur, explique Laure Betsch. Nous sommes allées voir des fermiers, des filateurs, des tisseurs, des teinturiers, des confectionneurs… Nous en avons ressorti une cartographie de tous les enjeux sociaux et environnementaux pour chacun des maillons de la chaîne de production textile. » 
 
Dans le but de bonifier l’impact social et environnemental de l’industrie textile et cuir, Fairly Made a ensuite mis à disposition des marques, mais également des usines, un logiciel SaaS (application proposée aux utilisateurs via un navigateur Internet) regroupant toutes les données collectées. « Via cet outil, nous travaillons avec les marques sur trois étapes clés, souligne la dirigeante. La traçabilité de la chaîne de production, l’analyse du cycle de vie des produits et l’amélioration qui va en découler. » Si Fairly Made souhaite que la transparence des marques devienne la norme, ces dernières ont tout intérêt à jouer le jeu pour des questions de business et de réputation.

Fairly Made cherche à devenir le leader mondial de la traçabilité

En 2023, les enseignes du secteur de la mode doivent connaître précisément l’ensemble de leur chaîne de production, histoire de s’éviter quelques désagréments. « Généralement, les marques savent avec qui elles travaillent sur un ou deux échelons, pas plus », affirme Laure Betsch. Fairly Made a pour objectif d’assainir un secteur encore trop opaque en permettant à ses acteurs de progresser sur la connaissance de leurs fournisseurs. « Sur notre plateforme, nous sommes en mesure, pour chaque produit ou vêtement, d’établir un score de traçabilité, complète la dirigeante de la startup parisienne. Nous proposons également une analyse du cycle de vie des produits, à partir de 19 critères environnementaux, dont le niveau de CO2, l’impact sur la pollution des eaux ou encore l’utilisation d’énergie non-renouvelable. » 
 
L’ambition de la jeune pousse est de devenir le leader mondial de la traçabilité. « Nous avons déjà ouvert un bureau en Italie et, petit à petit, nous nous imposons en Europe comme le leader sur ce sujet. Nous ambitionnons également de nous attaquer au marché américain, où nous avons déjà nos premiers clients, dans les prochains mois », affirme Laure Betsch. En 2024, Fairly Made souhaite en effet renforcer sa présence à l’international en déployant une offre globale d’éco-conception. Forte de 60 clients « dont le chiffre d’affaires est supérieur à 15 millions d’euros, pour leur solidité financière, mais également car ce sont ces marques qui doivent réaliser le plus d’efforts en la matière », la startup parisienne voit loin. Elle proposera d’ailleurs bientôt des notes de recyclabilité et de durabilité à ses partenaires de l’industrie textile. Pour toujours plus de transparence.

Simon NAPIERALA
Simon Napierala Redacteur web