Concilier sport de haut niveau et entrepreneuriat : la folle ascension des frères Mawem

Bassa et Mickael Mawem devraient porter haut et fort les couleurs de la France aux prochains JO de Paris 2024. Également entrepreneurs de la première heure, les deux frères ambitionnent de développer des pôles d'excellence d’escalade dans la France entière à travers le lancement de leurs salles. Mais pas seulement. Rencontre au sommet.
 

  • 15 décembre 2023
  • Temps de lecture: 4 - 5 min
Concilier sport de haut niveau et entrepreneuriat : la folle ascension des frères Mawem
© Instagram Frères Mawem

L’ainé est sextuple champion de France et possède le record d’escalade de vitesse aux derniers JO de Tokyo, en 5,45 secondes. Le cadet est quant à lui champion d’Europe 2019 et du monde 2023 de l’épreuve de bloc. Bassa (39 ans) et Mickael Mawem (33 ans), plus connus sous le pseudonyme des Frères Mawem, sont les fers de lance de l’escalade tricolore à quelques mois des Jeux Olympiques de Paris. Sportifs de haut niveau mais également entrepreneurs, ils nourrissent une ambition sans faille pour le développement d’un sport en plein essor dans l’Hexagone.

La genèse d’une fratrie de champions 

Nous sommes à la toute fin des années 1990 dans la région de Colmar quand un jeune sportif touche-à-tout s’essaie pour la première fois à l’escalade, à l’occasion d’un après-midi UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire) au collège. Bassa Mawem ne le sait pas encore, mais il vient de donner un tournant décisif à sa vie. Celui qui lui permettra de vivre de sa passion dans les plus hautes sphères. « Bassa pratiquait plein de sports différents à l’époque mais un de ses genoux le faisait souffrir », glisse son petit frère Mickael. « Avec l’escalade, pratique plus douce pour les articulations, il trouve le sport idoine pour faire valoir ses aptitudes physiques, d’explosivité et d’agilité. » Un an plus tard, Bassa a la bonne idée d’emmener son frère cadet pour lui faire découvrir ce sport. « J’ai tout de suite accroché », poursuit Mickael. « Je me suis senti immédiatement à l’aise dans cet environnement familial. C’est vraiment à ce moment-là que nous avons décidé avec Bassa de nous consacrer à fond à l’escalade. » 
 
Seul hic ? À l’époque, les structures manquent cruellement en Alsace pour fabriquer des champions dignes de ce nom. Si les deux frères s’inscrivent rapidement en club, ils devront par la suite migrer en région Rhône-Alpes, à Paris, puis effectuer un tour de France et du Monde pour parfaire leurs compétences. « Nous voulions être les meilleurs et que l’escalade devienne notre métier », poursuit le frère cadet. « Malheureusement c’est un sport qui génère peu d’argent, même au très haut niveau. Si nous nous sommes lancés dans l’entrepreneuriat, c’est aussi dans l’optique de développer notre marque et d’assurer notre après carrière de sportifs. »

Frères Mawem, le lancement d’une marque

C’est au tout début des années 2010 que germe l’idée dans la tête des frères Mawem de se lancer dans la vie entrepreneuriale. « La véritable création de notre marque a débuté via les réseaux sociaux », assure Mickael. « Nous avons commencé par supprimer chacun nos comptes Facebook et Instagram afin d’en recréer en commun et de communiquer autour de la marque « Frères Mawem ». Nous avons toujours eu tout un tas de projets en commun, le lancement de cette appellation a sonné comme une évidence. » Au départ, les deux frangins utilisent surtout les réseaux sociaux naissants afin de dénicher du matériel gratuit pour la pratique de leur sport, voire de bénéficier d’un peu d’aide pour trouver des financements afin de s’entraîner dans les meilleures conditions. Petit à petit, au gré de leurs performances d’athlètes et de semaines de travail intenses, Bassa et Mickael Mawem entrevoient la naissance d’un projet qui leur tient à cœur. « Nous avons toujours pensé que c’était important de posséder notre propre salle d’escalade. Notre carrière d’entrepreneur a été dirigée autour de cette envie. Cela a représenté dix ans de sacrifices. En plus des 40 heures d’entrainement d’escalade par semaine, nous avons dû encaisser le temps passé sur notre projet d’ouverture de salle. On faisait des semaines de 80 heures parfois ! » 
 
C’est en 2021 que le projet sort de terre à Colmar : une salle d’escalade multifonctionnelle et modulable composée de matériel dernier cri, pour se préparer aux JO de Paris. La structure répond également à un autre objectif, celui de préparer la relève de la grimpe française avec les Jeux Olympiques de Los Angeles (2028) et de Brisbane (2032) en ligne de mire. « L’escalade monte en puissance en France, en compétition ou sur de la pratique urbaine », se réjouit le plus jeune des frères Mawem. « Le nombre d’adhérents double voire triple chaque année depuis 5-6 ans, grâce au travail de tous les passionnés. Notre salle, que nous adaptons à notre guise pour nos entrainements, va servir également de tremplin pour toute une génération, plusieurs générations même je l’espère. » Colmar n’est finalement qu’une première étape dans le développement de la marque « Frères Mawem ». Bassa et Mickael planchent d’ores et déjà à la création de franchises en France comme à l’international. 

Des projets plein la tête

« Quand tu te lances dans une carrière de très haut niveau et que tu fais tout pour devenir un athlète, cela permet de prendre conscience de tes capacités. Nous ne nous sommes jamais fixés de limites avec mon frère. Nous voulions aller le plus haut possible », enchaîne Mickael Mawem. Et cette envie de gravir les montagnes s’applique également à leur vision de chefs d’entreprise. « L’investissement et la prise de risques hors norme en escalade, on la retrouve dans l’entrepreneuriat. La difficulté de lancer de grands projets, on l’a connue à travers le sport et elle nous sert aujourd’hui dans notre costume d’entrepreneur. » 
 
S’ils ont été dans les tous premiers sportifs tricolores à posséder une communication bien spécifique sur les réseaux sociaux, elle leur permet désormais de construire leur image et développer leur marque, en apportant un soin particulier à la création de leur logo ou de leur site web par exemple. « Notre entité se développe bien et elle a été boostée avec la sortie de notre première salle d’escalade », ajoute Mickael Mawem. « Nous avons en outre plein de projets pour faire de l’escalade un sport santé, développer notre académie et nos boutiques en ligne également. Notre souhait est de proposer du matériel d’escalade de qualité et innovant sur le marché français. En parallèle nous réfléchissons à l’exportation de notre savoir-faire à l’étranger. Notre fin de carrière de sportifs nous permettra de nous consacrer à 100 % à tout cela. » La dernière ligne droite d’une ascension sportive remarquable puisque les deux frères prendront leur retraite à l’issue des JO de Paris. 

Les JO en apothéose  

Or, argent, bronze… quoiqu’il arrive aux Jeux l’été prochain, les Frères Mawem auront marqué l’Histoire de leur sport. Premier Français sacré champion du monde de bloc, Mickael Mawem veut se servir de cette expérience pour transmettre et, que demain ou dans 50 ans, les jeunes qui s’intéresseront à l’histoire de l’escalade puissent s’inspirer de leur parcours. « Les JO c’est l’apothéose, l’objectif c’est de finir en beauté ! » s’enthousiasme le frère cadet. « On a eu la chance de participer aux Jeux de Tokyo et de montrer ce que l’on était capable de faire. On veut désormais en profiter à domicile avec nos amis, notre famille et tous les Français. Bassa s’est qualifié et j’espère le faire également, je vais en tout cas bosser fort pour aller chercher cette qualification. Mais la fratrie Mawem sera présente aux JO, c’est déjà une super réussite. »  
 
Terminer leur carrière sur une des plus belles compétitions au monde, devant leur public, on imagine sans trop se forcer la détermination et l’envie que les Frères Mawem vont mettre dans cet ultime objectif. Il sera ensuite temps pour eux d’ouvrir un nouveau chapitre de leur vie, là où tout a commencé. « On a dû quitter l’Alsace très jeunes pour pratiquer notre sport dans les meilleures conditions. C’est normal de revenir apporter cette expérience chez nous. Cela aurait été plus rentable d’ouvrir notre première salle à Paris c’est clair, mais c’est le choix du cœur », conclut Mickael Mawem. Il sera alors temps pour eux de se consacrer à fond à la formation des jeunes, en leur donnant toutes les chances pour devenir des champions. À leur image.

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Simon NAPIERALA
Simon Napierala Redacteur web