Veragrow : des vers de terre pour réduire nos déchets et booster nos champs

Jeune agritech fondée en 2019 par trois ingénieurs, Veragrow est parvenue à concentrer les vertus agronomiques du ver de terre dans des biostimulants liquides 100 % d'origine naturelle. Avec plus de 10 000 hectares biostimulés et près de 25 millions de vers travaillant activement à réduire nos déchets, la jeune pousse compte bien s’imposer durablement dans le paysage agricole, voire même dans notre quotidien.  

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veragrow

Si certains ont recours aux poules pour gérer leurs déchets organiques, d’autres ont choisi de faire confiance à un allié dont l’origine remonte à des millions d’années : le ver de terre !  
Capables de consommer entre 250 et 500 grammes de détritus journaliers (pour 1 000 individus), les lombrics pourraient bien se tailler une place de choix dans le quotidien des collectivités ou même des entreprises souhaitant mieux gérer leurs déchets organiques.  
Et si les entreprises n'ont pour le moment qu'un aperçu des capacités de ce membre de la famille des Annélides, les agriculteurs, eux, travaillent avec lui depuis la nuit des temps ! « L’avantage de proposer un produit issu du ver de terre c’est que ça parle au monde agricole. C’est du bon sens. Un agriculteur est toujours content de voir des lombrics dans son champ, car c’est synonyme de parcelles fertiles », note Théo Saint-Martin, co-fondateur et directeur général de la start-up Veragrow. « C’est pourquoi le concept de notre projet était de pouvoir apporter tous les bienfaits agronomiques des déjections des vers de terre à la grande culture ».  

D’un rêve étudiant à un projet entrepreneurial 

Car si bon nombre d’agriculteurs faisaient jusqu’alors du lombricompost (à savoir du recyclage de déchets organiques par les lombrics) de manière artisanale, personne ne s’était intéressé à une production pour la grande culture. C’est pendant leurs cursus universitaire en école d’ingénieur que Théo Saint-Martin et Alexandre Bocage découvrent ce procédé. « Alexandre et moi étions en stage à l’étranger, dans deux pays différents, quand nous avons eu l’occasion d’en apprendre plus sur le lombricompostage ». Lui se trouve en Espagne, quant à Alexandre, il est aux Etats-Unis. Pourtant, le principe artisanal reste le même, de quoi piquer la curiosité de ses ingénieurs aux convictions environnementales fortes. « En revenant de nos expériences respectives, on en a discuté, mais l’histoire s’est arrêtée là car nous étions en 2e année d’école ». Toutefois, après avoir obtenu leur diplôme et mis deux pieds dans la vie active, les amis se retrouvent, se remémorent ce rêve un peu fou de produire du lombricompost et décident finalement d’y donner vie. « A l’époque, Alexandre comme moi, n’étions pas totalement épanouis dans nos jobs respectifs. Personnellement, je travaillais dans une boite qui employait 1 200 personnes et je n’avais pas l’impression d'apporter à mon entreprise une quelconque valeur ajoutée. Ajoutez à cela notre conscience écologique qui nous poussait à trouver un travail ayant un impact plus concret sur la planète ».  

Ils choisissent donc de suivre leur instinct et de miser sur les 350 millions d’années d’expérience de cet « ingénieur du sol » capable de produire un engrais naturel particulièrement riche en humus et en matières organiques qui améliore la qualité du sol et l'enrichit en éléments nutritifs.  

« Au début de Veragrow, on nous prenait pour des hurluberlus » 

Après une veille sectorielle, les deux amis constatent qu’en France il existe certes des agriculteurs qui produisent du compost de ver de terre, mais que cette culture se fait de manière artisanale et se vend localement, voire ultra localement. « On s’est dit qu’avec nos profils d’ingénieurs on pouvait industrialiser cette technique », précise l’entrepreneur.  
Dans un premier temps, Théo Saint-Martin et Alexandre Bocage, fraichement rejoints par Alexandre Foulon au poste de directeur industriel, développent des machines à flux continu dans lesquelles des millions de vers de terre peuvent travailler activement à gérer les déchets organiques. Pour schématiser, les détritus organiques sont déposés sur la partie haute, et les déjections sont récupérées par le dessous sans jamais déranger les vers de terre ou même avoir à mettre les mains dedans. Une innovation qui laisse pourtant assez sceptique certains acteurs du monde agricole. « Je ne suis pas du milieu de la terre, mais j’ai eu la chance de pouvoir me former aux côtés d’experts et notamment auprès d’une personne qui travaillait à 100 % en agriculture biologique. Au début de Veragrow, lui comme d’autres nous prenaient pour des hurluberlus. Mais au fil des années, lorsqu’ils ont constaté qu’on arrivait à faire les mêmes rendements qu’eux, voire plus, sans utiliser de produits chimiques ou synthétiques, leur regard a bien évidement changé ».  

L’autre avantage de cet outil industriel est qu’il a permis aux trois associés de ne mobiliser que très peu de ressources humaines dans la gestion des lombrics. Un gain de temps qu’ils ont choisi de mettre à profit pour innover. L’objectif : parvenir à extraire la richesse agronomique du produit solide (à savoir les déjections de vers de terre) sous un format liquide afin de s’adapter aux moyens agricoles d’aujourd’hui. En résulte trois produits : un biostimulant foliaire qui s’applique sur des cultures en stade précoce, un biostimulant d’enrobage de semences et une solution agroécologique de revitalisation des sols. « C’est le seul produit qui n’est pas encore autorisé, donc pas encore commercialisé », précise Théo Saint-Martin. Des biostimulants fabriqués à partir de lombricompost donc, et qui contiennent des nutriments et microorganismes bénéfiques pour les plantes. Les lombrics sont quant à eux nourris avec des matières organiques sélectionnées avec soin afin d’obtenir un produit stable et optimal.  

« On a observé un rendement de +67 % sur des légumes comme le concombre » 

Si l’innovation et les résultats sont là, il faut maintenant convaincre les distributeurs (à savoir les coopératives et les négoces agricoles) de l’intérêt de ces produits. « La démarche commerciale dans ce secteur est assez compliquée. Il faut du temps pour convaincre nos acheteurs. Ça fait à peu près quatre ans qu’on teste nos produits et qu’on note une augmentation significative du rendement. Mais chaque distributeur a besoin de tester lui-même nos biostimulants avant de les acheter. Donc ils mènent des essais pendant un an ou deux. Une période qu’il nous est impossible de compresser ». Et même après des tests concluants, la bataille est loin d’être terminée puisqu’il faut inculquer aux commerciaux l’histoire de l’entreprise, la démarche et le process d’application des produits. « Au vu de ce temps acquisition client, nous avons décidé de prendre les devants et de lancer plusieurs hameçons à l'international ». Une mission confiée à Alexandre Bocage qui réalise des missions de prospection, avec Business France, en Amérique du Sud, en Afrique de l'Ouest, et dans le nord de l'Europe. Aujourd’hui, plusieurs essais ont démarré en Suède, en Belgique et au Maroc. « Dans ce dernier, on a d’ailleurs observé un rendement de +67 % sur des légumes comme le concombre », affirme Théo Saint-Martin.  

Et à force de faire visiter leur site de production aux différents acteurs du secteur, les trois associés ont eu la surprise de voir certains d’entre eux s’intéresser de très près à leurs machines permettant de traiter les déchets. « On a saisi cette opportunité car on avait effectivement développé une techno pour gérer les détritus organiques ». Un outil qui fait sens pour beaucoup d’entreprises et collectivités cherchant à réduire leur gaspillage alimentaire, notamment aux vues de la loi AGEC. « Ce qui est intéressant avec le ver de terre, c’est qu’il est capable de valoriser une grande plage de déchets. Donc cet outil peut s’adapter aux collectivités pour traiter les déchets de leurs administrés, mais aussi aux stations d'épuration ou au secteur de la pisciculture. L’éventail est très large ». Ainsi, Veragrow a développé un modèle réduit de ses machines à flux continu afin qu’elles puissent facilement s’installer au plus proche des gisements de déchets : dans les écoles, la restauration collective ou les restaurants. « Aujourd’hui, tous les voyants sont au vert et nous sommes très enthousiasmés des retours produits », conclut Théo Saint-Martin. Les fondateurs de Veragrow verraient-ils la vie en ver ?  

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Mélanie Bruxer Rédactrice web