Manuela Leduc, l’agricultrice de la nouvelle saison de l’Amour est dans le pré, revient sur sa reconversion

Candidate pétillante et volubile de la prochaine saison de l’Amour est dans le pré, Manuela Leduc est surtout une entrepreneure qui a osé se reconvertir et donner vie au rêve qu’elle nourrissait depuis près de vingt ans : celui de devenir poulaillère. 

  • 25 janvier 2024
  • Temps de lecture: 5 min
manuela

« En me lançant dans ce projet, j’avais tout envisagé. Tout, sauf peut-être le fait que le regard de certains de mes proches changent. C’est chic de vous appeler maître, ça l’est moins de vous qualifier de poulaillère. Pourtant, je suis extrêmement fière de mon métier ! » Si Manuela Leduc a passé plus de dix ans en tant que notaire, puis professeure et directrice de l’Institut des Métiers du Notariat à Tours, elle n’a pourtant pas hésité une minute à troquer ses livres de droit contre des bottes en caoutchouc. Un changement de vie qui sonne comme une évidence pour cette femme qui a toujours fait de la transmission de connaissances et de l’humain ses maitres-mots.  

Les trois vies professionnelles de Manuela Leduc 

Sa première vie professionnelle s’est construite presque par hasard. A 18 ans, alors qu’elle se rêve journaliste, la jeune Manuela Leduc est contrainte de rejoindre les bancs de la fac, faute d’avoir été reçue dans une école de presse écrite. « Je me suis dit que j’allais faire du droit parce que ça ouvrait des portes et que je repasserais le concours l’année suivante ». Sauf qu’un an plus tard, la mouche de la justice l’avait piqué et la jeune femme n’avait plus du tout l’intention de changer de voie. Au cours de sa formation, Manuela Leduc croise la route d’un notaire qui deviendra son mentor. « C’est lui qui m’a accueillie en stage et qui m’a mis le pied à l’étrier », se rappelle-t-elle. Une période pendant laquelle la jeune femme acquiert la conviction qu’elle sera un jour son propre patron. « Quitte à faire sept ou huit ans d’études, autant qu’à la fin j’y trouve mon compte ! » 

Humainement et intellectuellement, Manuela Leduc est alors comblée. A travers son métier de notaire, elle est au contact des personnes à des moments cruciaux de leur vie. « On les assiste, on les aide. Il y a un relationnel très fort dans cette profession. J’étais devenue un contact privilégié, une oreille, voire une épaule pour mes clients et ça avait beaucoup de valeur à mes yeux ». Associée dans un premier temps, la notaire décide de reprendre son indépendance et de retourner sur sa terre natale de Touraine dans le courant de l’année 2009. Une période délicate puisque de nombreuses études sont alors fermées. « Le hasard a fait qu’un jour j’ai appelé l’école de notariat de la région pour proposer de dispenser des cours, et de fil en aiguille, j’en ai repris la direction ! » 

Le retour à la terre 

Outre la direction de l’établissement, Manuela Leduc enseigne auprès d'étudiants en BTS, licence, ou en reconversion professionnelle (section comptable-taxateur). Elle développe également une formation continue à destination des notaires. « J’ai pris beaucoup de plaisir dans ma vie de notaire, mais diriger une école a été une vraie révélation ». Une aventure qui dure près de dix ans. Pourtant, un « coup de pied aux fesses » va la forcer à donner vie à un vieux rêve. En 2018, l’école est contrainte de déménager à Poitiers. « Et là, ça a été le cas de conscience », se souvient-elle. La directrice réalise que si elle décide de suivre l’établissement, cela impliquera de quitter sa terre natale et surtout sa maison. « Quelque part, je savais peut-être déjà que ce serait l’endroit qui me permettrait de réaliser mon rêve ». Et c’est finalement l’appel de la terre qui aura le dernier mot.  

« Quand je suis revenue m’installer en Touraine, j’ai commencé à élever des poules un peu comme ça, pour mon plaisir. J’ai débuté avec des races toutes simples, et au fur et à mesure, je me suis intéressée aux différentes espèces qui existaient », note Manuela Leduc. Transformer cet élevage amateur en un projet professionnel sonne donc comme une évidence quand vient le temps de faire un choix entre sa vie de directrice et celle d’entrepreneure. Un changement de parcours qui est loin de l’effrayer, bien au contraire. L’ancienne notaire appuie même sur l’accélérateur. Trois mois après la fermeture de l’école, elle entame un cursus au lycée agricole et transforme son projet amateur en élevage professionnel dès janvier 2019.  

Si l’agricultrice prend rapidement ses marques dans ce nouvel univers, il lui faut pourtant progresser dans un domaine : la communication. « Il y a quatre ans de ça, si vous m’aviez dit qu’il fallait que je sois sur les réseaux sociaux pour développer mon projet, je vous aurais ri au nez en vous affirmant qu’il n’en était pas question. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence. Aujourd’hui, une bonne partie de la communication passe par ces canaux ». Ajouté à cela que les réseaux sociaux ont permis à la poulaillère de se faire de la publicité à moindre coût.  

Des poules pour sensibiliser les Français à la biodiversité 

D’autant que « ses poulettes » sont loin de l’image que l’on se fait de l’élevage traditionnel de volailles. Spécialisée dans les poules d’ornement - qui ne sont pas destinées à l’alimentaire – l’agricultrice souhaite, au-delà de la réintroduction de races anciennes ou atypiques, montrer que la biodiversité commence dans nos poulaillers. « Nous pouvons tous agir à notre échelle pour favoriser la biodiversité au quotidien ». Pour illustrer cette conviction, Manuela Leduc développe, en parallèle de son élevage, des activités de formation, de team building et de conférences. Des ateliers qui s’adaptent aux particuliers, aux entreprises ou même aux collectivités. « En entreprise, mettre en place un poulailler peut permettre de valoriser des projets RSE et sensibiliser les collaborateurs à la réduction des déchets de façon ludique ».  

Une démarche qui sème des petites graines. A travers les diverses conférences qu’elle a pu donner pour raconter sa reconversion professionnelle, Manuela Leduc a été amenée à rencontrer un grand nombre d’intentionnistes, n’osant pour la plupart pas se lancer par peur de l’inconnu. « Mais on’a qu’une vie, assène l’agricultrice. Alors oui les enjeux sont importants, oui c’est casse gueule, oui il faut mesurer les risques, même si on ne les évalue jamais totalement. Mais personnellement si je n’avais pas enclenché ce changement de vie, il me manquerait quelque-chose. Aujourd’hui, mon quotidien foisonne d’opportunités, d’aventures, et de rencontres complètement dingues ». En témoigne le lancement en octobre dernier de son tout premier livre « Oh les poulettes », aux éditions Borée et sa participation à la saison 19 de l’émission l’Amour est dans le prés.  

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Mélanie Bruxer Rédactrice web