Les Fermes Ionaka, le futur de l’agriculture est peut-être sur les toits

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Les Fermes Ionaka

Et si on ne cueillait plus nos fraises dans le Périgord aux abords d’une clairière ensoleillée ? Et s'il suffisait de prendre l’ascenseur ? Sur le toit d’un immeuble ou d’une maison ? Car c’est peut-être bien au-dessus de nos têtes que pousseront nos légumes, d’ici quelques années. En tout cas, c’est le futur amorcé par la startup Les Fermes Ionaka et son agriculture verticale. 

1er juillet 2022, Magalie Rosso inaugure sa première oasis urbaine, sur le toit du Marché d’Intérêt National de Toulouse, après deux longues années de travail acharné. Ionaka, oasis en malgache, est la promesse de la réalisation du rêve de sa fondatrice qui, durant le premier confinement, à l’idée de la jeune pousse, en prenant soin de ses propres plans de tomates, sur son terrain à l’horizontal.  

Animée par des convictions écologiques, elle cultive en effet son propre potager. Un projet d’abord personnel, donc, qui grandit et prend racine dans son esprit jusqu’à la création des Fermes Ionaka. Une startup positionnée sur le segment de l’agriculture urbaine, qui cultive un tout nouveau type de jardin sur les toits de nos villes.  

Pour créer sa propre société, Magalie Rosso se renseigne sur les techniques et technologies existantes, durables et responsables, propres à l’agriculture. Un processus d’acculturation qui va la mener à s’intéresser à la permaculture et à l’agriculture urbaine. « Un secteur de niche, mais d’avenir, qui a pour objectif ambitieux de ramener les légumes en ville grâce à des savoir-faire et des technologies nouvelles, encore peu démocratisées. » détaille la fondatrice. 

Pas besoin de prendre racine  

C’est à Toulouse qu’elle cultive son idée et que Magalie Rosso trouve la solution pour « ramener les légumes en ville » comme elle aime le dire. Elle se forme à l’aéroponie et plus précisément aux systèmes des tours aéroponiques. Une technique de culture hors-sol, c’est-à-dire sans terre, encore très marginalisée, puisqu’aujourd’hui seulement trois acteurs en France en sont spécialistes, selon la fondatrice des Fermes Ionaka.

Ce système novateur consiste à oxygéner les racines des légumes, qui sont à l’air libre dans des colonnes fermées de manière plus ou moins hermétiques. Magalie Rosso explique : « les tomates, patates et autres carottes sont aspergées par percolation, de gouttelettes gorgées d‘oxygène, qui vont venir nourrir les légumes, tous les quarts d’heure pendant trois minutes. Une technique très efficace, puisqu’on peut considérer que l’oxygène fait office de petit train des nutriments. Ils se déplacent encore plus efficacement dans l’air que dans l’eau ou dans la terre. » 

Au-delà de la nutrition, l’aéroponie permet aux légumes de se concentrer sur le plus important, selon Magali Rosso : « Plutôt que de développer un système racinaire d’envergure, destiné à capter les fameux nutriments cachés dans la terre ou dans l’eau, ils se concentrent sur la croissance de leurs fleurs, de leurs fruits et de leurs feuilles. Contrairement aux légumes cultivés de manière traditionnelle, qui eux, poussent dans de la terre et ont besoin de toutes ces racines pour grandir. »

À l’abri de la pluie et loin de la pollution  

Ces légumes « nouvelle génération » poussent dans l’air, sur nos toits d’immeubles, en plein milieu de la ville. Et aujourd’hui, nombreux sont les consommateurs et professionnels agricoles à se poser des questions sur l'impact de la pollution urbaine qu’ont ces produits ou même sur la qualité de l’environnement qui entourent ces légumes qui lévitent, sans racine, au-dessus de nos têtes. Pour la fondatrice des Fermes Ionaka, expliquer à la population les avantages de l’aéroponie, rassurer cette dernière quant à la culture urbaine et normaliser cette technique, s'avère essentiel. 

D‘abord, les légumes issus de ces nouvelles fermes urbaines sont dans des tours fermées, ce qui limite grandement le contact des cultures avec une quelconque pollution extérieure. « Les particules ne vont pas plus hauts qu’un deuxième étage, et nos tours sont sur les toits. Notons aussi que les plantes assimilent tout via leurs racines. En ce qui concerne nos légumes, ils absorbent uniquement, de manière contrôlée, l’eau et les nutriments qu’on asperge sur eux », précise Magalie Rosso. 

Les techniques utilisées par les Fermes Ionaka ne laissent pas de place à un arrosage naturel. Et pour la fondatrice de la startup agricole, qui met un point d’honneur à économiser 90 % d’eau par rapport à une culture classique, c’est plutôt un avantage : « L’eau de pluie est infusée de pesticides et de polluants en tout genre et il n’y a aucun moyen de la filtrer lorsqu’on cultive dans un champ, par exemple. » Même sans utiliser volontairement de produits chimiques, il n’en reste pas moins compliqué de contrôler la qualité de l’air et celle de la pluie qui se diffuse dans la terre de manière autonome, dans une agriculture dite classique. 

Des toits en carottes, courgettes et pommes de terre ? 

Aujourd’hui, l’aéroponie est encore loin d’être une norme. Au contraire, elle est si peu connue que Magalie Rosso fait office d’étendard et porte sur ses épaules les fondations de cette nouvelle manière de faire. Avec les Fermes Ionaka, c’est tout un secteur qui se construit.  

En plus d’assurer un relais pédagogique, le chantier autour de l’agriculture urbaine est considérable. Pour Magalie Rosso : « Il faut aussi inventer les métiers qui vont avec, accélérer le travail d’étude, perfectionner les techniques, etc. Tout cela demande une énergie folle et un temps certain. » Avant d’en arriver à des toits composés de légumes, il y a un monde.  

« Il faut notamment prendre en compte le fait qu’une grande partie de notre agriculture est céréalière et que les Fermes Ionaka sont uniquement faites de légumes. » Un détail important, qui conditionne le futur de l’aéroponie. « Pour changer véritablement le visage des cultures françaises, et de nos toits, il faut d’abord changer le contenu de nos assiettes. Il faut y ajouter plus de légumes, parce qu’à l’heure actuelle, ils ne sont pas majoritaires au bout de nos fourchettes » conclut Magalie Rosso. 

Gwendeline Jerad

Gwendeline JERAD

Rédacteur web