CAPS'ME : l’histoire de deux étudiants qui voulaient rendre notre café éco-responsable

Caps Me c’est le projet étudiant, devenu une entreprise florissante, de Jean de Boisredon et Thibaut Louvet. Voilà quatre ans que ces deux jeunes ingénieurs se sont lancé le défi de créer une alternative écologique aux capsules de café jetables. Un pari gagnant que l’un des cofondateurs nous raconte.  

  • 15 janvier 2024
  • Temps de lecture: 4 - 5 min
caps me

Si vous faites partie des 94 % de Français à consommer quotidiennement* du café, il ne vous a surement pas échappé que votre petit péché mignon était une source de déchet notoire. En bon citoyen, engagé et soucieux de sa consommation, vous avez donc décidé d’y remédier en optant pour les capsules réutilisables ! Une alternative qui vous a peut-être valu, tout comme à Thibaut Louvet et Jean de Boisredon, quelques contrariétés dans sa mise en place au quotidien. « Les capsules étaient très compliquées à remplir soi-même, on en mettait souvent partout et il était difficile d’obtenir la bonne dose de café », affirme Jean de Boisredon, cofondateur de CAPS'ME. Il n’en fallait pas plus pour que ces deux amis se lancent dans l’aventure entrepreneuriale.  

Une aventure entrepreneuriale pas si fort de café 

Pour ces deux jeunes ingénieurs, tout commence sur les bancs de l’école. L’un est aux Arts et Métiers, l’autre à CentraleSupélec. « On était tous les deux de grands amateurs, et surtout de gros consommateurs de café, mais chaque fois qu’on jetait nos capsules à la poubelle, on avait comme un goût amer en bouche… et pas dans le bon sens du terme », se souvient Jean de Boisredon. Ajoutez à cela qu’en tant qu’étudiants, consommer du café de marque représente un coût non négligeable. « Opter pour des capsules réutilisables pouvait nous coûter deux à trois euros moins cher ! ». En 2020, au cours du premier confinement, leur colocation se transforme alors en laboratoire d’idées innovantes. Au problème du remplissage - identifié par les consommateurs de capsules rechargeables - les deux amis imaginent un shaker permettant de conserver les arômes du café à l’abri de l’oxygène, de l’humidité ou de la lumière, tout en garantissant à son utilisateur de se délecter d’un expresso correctement dosé. En parallèle, les jeunes ingénieurs mettent au point un opercule compostable en amidon afin d’obtenir une boisson aussi bien extraite qu’avec une capsule jetable. « C’est la seule partie du produit qu’on doit jeter mais c’est pour garantir la qualité du café », ajoute le cofondateur de l’entreprise baptisée CAPS'ME. 

Mais mener de front études et projet entrepreneurial n’est pas une mince affaire. « Concrètement, ça a été dur, je ne vais pas le cacher, mais on a eu la chance d’être soutenus par nos écoles ». Avec un prêt d’honneur de la part des Arts et Métiers (l’école de Thibaut), ainsi qu’une avance de 50 000 euros de CentraleSupélec, les établissements des jeunes ingénieurs leur ont permis de s’emprunter à hauteur de 90 000 euros. « On a également pu intégrer l’incubateur de mon école, ce qui nous a permis d’avoir des bureaux. Ensuite ça a été du système D. Nous avons effectué nos stages chez CAPS'ME, et j’ai même fait mon alternance dans l’entreprise », ajoute Jean de Boisredon. Six mois après s’être lancés, les deux amis obtiennent également un financement de 30 000 euros via la Bourse French Tech. « Ça a été une vraie soupape qui nous a vraiment permis, après une phase de pré-commande, de lancer le projet à l’échelle industrielle. Pour vous donner un ordre de grandeur, la partie moule injection a coûté plus de 150 000 euros, donc on a vraiment eu besoin de ce type de coup de pouce. »  

Secouer le marché du café  

En novembre 2023, deux ans après avoir décroché la médaille d’or du concours Lépine (célèbre concours français d’inventions), les deux entrepreneurs en herbe entrent dans la cour des grands en basculant à l’échelle industrielle. Si jusque-là leur shaker prenait la forme d’une boite métallique imprimée en 3D, les ingénieurs n’ont d’autre choix que de passer à l’injection plastique afin de produire en plus grosse quantité tout en garantissant sa recyclabilité du produit. « Avec l’impression 3D, une pièce mettait jusqu’à 6 heures pour être imprimée alors qu’aujourd’hui, grâce à l’injection plastique, on obtient un produit en 6 secondes », note Jean de Boisredon. Désormais, s’est donc un shaker en plastique recyclable que l’entreprise propose.  

Autre évolution notoire : la conception d’un adaptateur pour une autre machine à capsules Dolce Gusto®. Initialement imaginées pour être compatibles avec toutes les machines de type Nespresso®, les capsules sont dorénavant adaptables à toute la gamme Dolce Gusto®. « On a décidé de s‘attaquer à ce marché là car il n’existait jusqu’alors que très peu d’alternatives écoresponsables. En magasin, les clients n’avaient d’autre choix que d’opter pour des capsules Nestlé, ce qui les rendaient prisonniers du système. La capsule réutilisable permet justement de choisir son propre café, d’aller le chercher chez son torréfacteur et ainsi se libérer des marques ».   

L’autre l’ambition de Thibaut Louvet et Jean de Boisredon était de proposer un produit majoritairement, si ce n’est intégralement, fabriqué en France. « Aujourd’hui, pour bénéficier de l’appellation Made in France, il est nécessaire de comptabiliser le pourcentage de la valeur du produit fabriqué sur le territoire. Si ce dernier dépasse 50 %, vous êtes éligible au label Origine France Garantie », détaille le jeune homme.  
Dans le cas de CAPS'ME, près de 70 % de la valeur du produit est fabriquée en France. Les shakers sont produits du côté de Nantes, le carton près de Clermont Ferrant, l’assemblage est réalisé à Massy Palaiseau, le café est torréfié à Strasbourg (bien qu’il soit importé d’Afrique ou d’Amérique du Sud), et les opercules sont fabriqués du côté de Toulouse. Les capsules viennent quant à elles d’Asie. « Une production que nous aimerions d’ailleurs relocaliser en France. C’est un projet auquel on croit beaucoup mais pour le mener à bien, nous avons besoin de financements ». 

« On est ingénieurs, c’est dans notre ADN d’innover »  

Et si le label Origine France Garantie est un atout de plus pour séduire les consommateurs, encore faut-il que ces derniers puissent acheter facilement leur coffret CAPS'ME. « Il faut aller là où les gens achètent leur café, affirme Jean de Boisredon. Nous sommes convaincus que la capsule réutilisable a toute sa place dans les rayons des supermarchés. Il n’y a que de cette manière que notre produit pourra vraiment se démocratiser. » Une étape qui s’avère plus ardue qu’il n’y paraît tant les grandes enseignes sont difficiles d’accès pour de jeunes pousses telles que CAPS'ME. C’est pourquoi la startup a rapidement multiplié les concours d’innovation afin de taper dans l’œil des chaînes de magasins. « Beaucoup d’entreprises y participent. C’est le cas de Nature & Découverte chez qui nous sommes désormais commercialisés suite au concours Tremplin. C’est allé très vite. Un mois après notre participation nous étions référencés dans tous leurs magasins. » 

Aujourd’hui plus connus du grand public grâce à leur participation à l’émission « Qui veut être mon associé ? », les deux entrepreneurs bénéficient depuis plus d’un an de l’accompagnement d’Anthony Bourbon, le fondateur de Feed., devenu leur nouvel investisseur suite à leur passage sur le plateau de M6. « On a tendance à penser que parce qu’on est une entreprise étudiante, nos ambitions sont plutôt limitées. Or c’est complètement faux ». En témoigne un chiffre d’affaires de 2.5 millions d’euros à la fin de l’année 2023 et pas moins de quatre nouveaux produits lancés sur le dernier trimestre de la même année. « On est ingénieurs, c’est dans notre ADN d’innover. Donc c’est sûr qu’on va continuer sur cette lancée », conclut le jeune homme.  

*Matrice McKinsey : le marché du café

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Mélanie Bruxer Rédactrice web