Les femmes artisanes, rôles modèles d’un marché du second œuvre plus mixte

Le secteur du second œuvre n’est plus une voie de garage. Il est devenu un véritable choix pour bon nombre d’entrepreneurs et surtout d’entrepreneures.

  • 30 novembre 2023
  • Temps de lecture: 5 min
Batifemmes 1

Si les femmes se projettent dans les métiers du bâtiment, la mixité - ou plutôt le manque de cette dernière - est encore un sujet d’actualité. En effet, en 2023, le secteur du BTP souffre de l’écart de salaires les plus important entre femmes et hommes en France. Et si la marge de progression est gigantesque, quant à l’atteinte d’une égalité parfaite, elle n’empêche pas les entrepreneures de se lancer et de se placer comme des rôles modèles à l’avant-garde d’une mixité 50/50, à l’instar de Karine Santamaria et d’Emmanuelle Taulet, co-fondatrices de BatiFemmes, premier réseau d’artisanes du second œuvre et d’Aude Michaud à l’origine du Sourire de la Plombière, petite pépite de l’artisanat français.  

À la tête d’initiatives entrepreneuriales, elles avancent à pas-de-géant dans un paysage en construction et nous aide à entrevoir la future architecture du bâtiment. 

Le second œuvre : un choix de carrière de premier ordre 

Pour Aude Michaud, le second œuvre n’a rien d’un hasard. Véritable choix d’excellence, ce dernier lui a permis d’embrasser ses ambitions en tant que plombière, mais aussi entrepreneure au sein d'un secteur dans lequel elle se retrouve. Elle nous confie : « Pour une femme, s’engager dans le BTP est un choix mûrement réfléchi. Tout simplement parce qu’il n’est pas simple d’y pénétrer et qu’elle a très certainement conscience des potentielles difficultés qu’elle va rencontrer sur son parcours. » 

Les femmes entrepreneurs offrent donc une nouvelle réputation au second œuvre, en allant au-delà des préjugés qui lui collent à la peau. Longtemps perçue comme alternative de deuxième classe, dans laquelle on invitait les jeunes hommes, dès leurs 14 ans, à s’engager parce qu’ils ne brillaient pas assez sur les bancs de l’école. Le secteur peut aujourd’hui se targuer d’attirer des entrepreneures motivées et passionnées par les métiers qu’il propose.  

Et en effet, si les femmes ne représentaient que 8,6 % des artisans du BTP au début du millénaire, aujourd’hui cette statistique atteint les 13 %. Une évolution non-négligeable qui prouve que le secteur attire et convainc, malgré tout. Comme le souligne Aude Michaud : « le BTP c’est l’occasion de travailler, d’utiliser ses mains, et surtout de voir le résultat de son travail. Et ça c’est véritablement satisfaisant. Ça n’a rien d’un second choix. » 
 
Le bâtiment est un métier de passion pour les femmes. Elles exercent ces métiers d’artisanes par goût pour la plomberie, la plâtrerie, la peinture, le carrelage, la serrurerie, etc. Ces aspirations assumées représentent une véritable opportunité pour le secteur, qui va pouvoir jouir de l’engouement de ces femmes pour leur métier, afin d’attirer plus de talents à l’avenir et pourquoi pas susciter l’intérêt des plus jeunes. Pour Emmanuelle Taulet « si le chemin est encore long, on peut compter sur ces rôle modèle, et notamment les artisanes du réseau, Batifemmes pour porter cet élan et ouvrir la voie de la mixité dans le BTP. »  

Les entrepreneures du BTP : championnes du marketing  

Elles y arrivent très bien et de manière tout à fait intelligente. Les artisanes qui se lancent dans des projets de création d’entreprises dans le bâtiment ont, généralement, très bien compris les opportunités de marché qui s’y trouvent. En effet, comme l’explique Emmanuelle Taulet : « elles ne sont pas les seuls à souhaiter une plus grande mixité et de nombreuses parties prenantes du secteur sont en recherche de ces entrepreneures. Qu'il s’agisse des clients, des particuliers ou même des fournisseurs, etc. De plus, les femmes inspirent confiance, et méticulosité. On les imagine plus sérieuses aussi et surtout dotées d’une pédagogie décomplexée et vide d’a priori. » Et c’est là un véritable atout, pour le succès de leurs entreprises.  

Aude Michaud, fondatrice du Sourire de la Plombière fait partie de ces femmes passionnées par le BTP. Pour faire de son projet entrepreneurial un succès Cette dernièrea joué sur l’axe différenciant que lui offrait sa qualité de femme. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a choisis « Le Sourire de la Plombière » comme identité de marque. « Être une artisane dans le BTP est un véritable axe de différenciation. » Affirme Aude Michaud avant de poursuivre : « Ça nous a aidé, moi et ma co-fondatrice Mona Lalanne, à nous faire une place au sein d’un marché concurrentiel presque 100 % masculin, quand nous avons fondé notre entreprise. Il y a une demande et une volonté de faire appel à des femmes aujourd’hui, parce qu’il y a un côté essentiellement plus inclusif que tout le monde reconnaît ; et sans a priori aussi. Sans oublier le capital confiance que l’on nous accorde. » 

Ce potentiel marketing généré par les problématiques de mixités sont amenées à disparaitre au fur et à mesure de l’atteinte d’une égalité femmes/hommes. Cependant, il n’en reste pas moins vrai qu’à ce moment-là, ces rôles modèles auront permis, d’ici là, de ne plus avoir besoin de jouer sur ces axes différenciants pour se faire une place en tant qu’entrepreneure. « Puisque à l’avenir, je l’espère, une femme dans le bâtiment, ça ne sera plus étonnant. », conclus Aude Michaud, fondatrice du Sourire de la Plombière. 

Gwendeline Jerad
Gwendeline JERAD Rédacteur web