Le Moyen-Orient parie sur la culture et le durable pour diversifier son économie

Le Moyen-Orient est l’une des rares zones du globe à n’avoir que peu pâti de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine. Big média a rencontré Catherine Dorgnac, responsable régionale Moyen-Orient, Turquie et Asie centrale chez Bpifrance, pour en savoir plus sur les opportunités de la zone.

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Le Moyen-Orient parie sur la culture et le durable pour diversifier son économie
Riyad, ville business de l'Arabie Saoudite

Survivre à la sortie des hydrocarbures, voici l’objectif de ces dernières années du Moyen-Orient. « La conjoncture actuelle représenteCatherine Dorgnac une aubaine pour les pays du Golfe qui cherchent à diversifier leur économie pour s’y préparer. Ils ont l’ambition de devenir un modèle mondial de modernité », assure Catherine Dorgnac, responsable régionale Moyen-Orient, Turquie et Asie centrale chez Bpifrance. Les grands projets entrepris suivent ces ambitions et ce dans tous les secteurs, y compris la santé. Dans cette filière par exemple, l’Arabie Saoudite a considérablement augmenté son budget. Tous secteurs confondus, la France s’est déjà fait une place sur ces projets d’ampleur, preuve de l’intérêt de la zone pour nos entreprises. La French Touch pourrait également avoir son impact dans la région, alors que les industries culturelles et créatives (ICC) commencent tout juste à émerger.  

La culture, le nouveau vecteur de soft power au Moyen-Orient 

En Arabie Saoudite, où la musique est historiquement interdite dans les lieux publics, les règles s’assouplissent depuis 2019. Cette ouverture a permis d’accueillir le festival électro Middle Beast la même année avec 150 artistes et plus de 45 000 visiteurs. De même, l’ouverture d’une Autorité générale pour le divertissement (General Entertainment Authority ou GEA) en 2016 démontre, elle aussi, la volonté du pays à se développer sur ce secteur. Cette ambition peut se généraliser à l’ensemble des pays du Moyen-Orient, où la tendance est à la création de nouveaux musées depuis plusieurs années : le Louvre Abu Dhabi, le musée des arts islamiques au Qatar, le projet du Guggenheim Abou Dhabi dont l’ouverture est prévue en 2025, … « Le secteur est particulièrement dynamique en Arabie Saoudite, aux Emirats et au Qatar, et la France y a toute sa place », affirme Catherine Dorgnac. Dans le cadre du projet AlUla, une mission La French Touch visant à mettre en valeur le tourisme de sites archéologiques pré-islamiques est d’ailleurs prévue en juin prochain. Elle permettra à des entreprises françaises des ICC de présenter leurs solutions. Certaines ont déjà saisi l’opportunité comme Marcy Paris, spécialiste de la création textile, qui a pu ouvrir une filiale en Arabie saoudite pour répondre aux besoins du projet AlUla suite à la mission French Touch de mai 2022. « Avec le pèlerinage de la Mecque et Médine, le tourisme en Arabie était essentiellement religieux. Aujourd’hui, la plupart des pays du Golfe souhaitent mettre aussi en valeur d’autres aspects de leur histoire », explique la responsable régionale Moyen-Orient, Turquie et Asie centrale. La culture représente ainsi une nouvelle forme de diversification de l'activité économique dans cette zone qui doit progressivement trouver d’autres alternatives aux hydrocarbures.  

Des hydrocarbures au renouvelable, le pari énergétique du Moyen-Orient  

Pour diversifier son économie et sortir du tout pétrole, le passage au renouvelable représente un tournant inévitable. Le Moyen-Orient performe comme le plus grand pollueur du monde par habitant, révèle une étude conjointement menée avec la Nasa. Ces pays bénéficient d’un bon ensoleillement et d’un accès à la mer, propices au photovoltaïque et aux solutions de dessalement, ainsi que de ressources financières conséquentes pour mener à bien la transition énergétique. La ville de Neom en Arabie Saoudite travaille actuellement sur un projet de 8,5 milliards de dollars, octroyés début 2023, pour développer le plus grand site existant de production d’hydrogène vert. L’eau et le traitement des déchets deviennent également des enjeux grandissants du fait du climat aride et de l’accroissement de la population. « Sur ces solutions de développement durable, les Français sont attendus. Veolia, Suez ou Saur se sont d’ailleurs déjà fait une place, mais le savoir-faire des PME et ETI intéresse également », souligne Catherine Dorgnac. La startup française Afaco, spécialiste de la rénovation énergétique, travaille avec des partenaires locaux qui souhaitent optimiser leur consommation d’énergie pour rafraichir l’intérieur des bâtiments. Fin 2023, les Émirats Arabes Unis accueilleront la COP28 sur la thématique de l’environnement. « C’est l’occasion pour eux de montrer qu’ils veulent atteindre un mix énergétique de 50% de renouvelable d’ici 2050, et de démontrer qu’ils sont déjà actifs sur le solaire », illustre la responsable régionale.   

Pour démystifier le Moyen-Orient, cette zone encore beaucoup méconnue, et l’aborder sous son angle économique, Bpifrance lancera très prochainement son podcast « Les écos du Moyen-Orient », dont le premier épisode sera diffusé mi-mai 2023. Retrouvez-le sur l’ensemble des plateformes d’écoute. 

Le Moyen-Orient, cette zone encore méconnue des entrepreneurs 

A l’image du renouvelables, nombreux sont les secteurs à opportunité pour les entreprises françaises. « Au-delà des secteurs, le Moyen-Orient peut devenir un hub d’entrée vers l’Afrique et l’Asie », remarque Catherine Dorgnac. « Par exemple, le fonds souverain saoudien, le Public Investment Fund, a annoncé en octobre l’ouverture de cinq bureaux supplémentaires, en Irak, Bahreïn, Jordanie, Oman jusqu’au Soudan. Ceci fait suite à une stratégie de développement très ambitieux en Egypte, qui permettra au fonds souverain saoudien de développer un accès vers les marchés du Maghreb ». La responsable régionale cite également une ouverture vers la Turquie. Le pays jouit en effet d’un taux de croissance à 11%, le plus important de tous les membres du G20. Il s’affiche depuis quelques années comme la nouvelle base arrière de la production textile après la Chine, et prend petit à petit sa place sur de nombreux secteurs : l’automobile, la machinerie, la construction, … qui se rapprochent ainsi de l’Europe et limitent les problèmes de logistique qui pouvaient exister avec la Chine. Les récents événements dramatiques nécessiteront l’aide de la communauté internationale, et la proposition de solutions par l’Europe.  

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