Arnold d’Alger, l'artiste qui donne une seconde vie à la vaisselle d’antan

A travers un compte Instagram, un e-shop et des ateliers d'initiation B2B et B2C, Arnold d’Alger, jeune artiste parisien, permet à sa clientèle de redécouvrir un matériau d’exception : la porcelaine. Et si aujourd’hui sa démarche ne séduit plus seulement que les particuliers, puisqu’il s’attaque au secteur hôtelier, son objectif reste le même : partager son amour pour la décoration, le tout, à travers une démarche écoresponsable.  

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bazar d'alger
©MASHAYA

Et si c’était à Paris qu’on redonnait vie à la porcelaine de nos grand-mères ? Niché dans son atelier du 10e arrondissement, un lieu à mi-chemin entre une brocante et une jungle luxuriante, un jeune artiste a entrepris de « surcycler » la vaisselle ancienne à coup d’or au pinceau et à la plume. « Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours entretenu un rapport très étroit avec les arts de la table. Que ce soit par le biais de personnes ou d'évènements qui ont marqué mon enfance ou même par les moments de convivialité que j’aime à organiser chez moi, la table - et par extension la vaisselle - a toujours eu une place centrale », affirme l'artiste. Et si aujourd’hui sa clientèle va du jeune trentenaire soucieux d’offrir une seconde jeunesse à la vaisselle dont il a hérité, au grand groupe hôtelier, Arnold d’Alger n’en garde pas moins le même leitmotiv : proposer un travail à la commande qui valoriser un savoir-faire artistique er artisanal unique. 

Réveiller « la porcelaine dormante » 

« Le toucher, le savoir-faire des mains, l’approche artisanal, ce sont des choses d’extrêmement importantes pour moi, et c’est justement ce qui m’a cruellement manqué dans toutes les études et formations que j’ai pu entreprendre », se rappelle le créatif. Une fois son bac d’Arts Appliqués en poche, Arnold d’Alger passe du Pays basque à Toulouse. Déçu par le contenu de la formation en BTS Assistant en Création Industrielle, et par la suite de ses études en graphisme, le jeune homme achèvera son cursus sans obtenir de diplôme. « J’avais malgré tout quelques bases, je m’en suis servi pour trouver du boulot ». 

D’abord graphiste pour un magazine puis dans une galerie d’art pendant près de 10 ans, il enchaîne les jobs en freelance pour ne pas s’ennuyer. « Je n’aime pas trop la monotonie ». Mais après une décennie passée derrière un écran d’ordinateur, un manque commence à se faire sentir. « J’avais besoin d’avoir une approche différente, de retrouver le contact avec la matière, ce que j’appelle avoir les mains sales ». 
Et c’est là que sa passion pour les arts de la table apparaît comme une évidence. Après plusieurs cours d’initiation, il se prend d’intérêt pour le décor sur porcelaine, qu'il va chiner et sélectionner avec soin en brocante ou sur Leboncoin. Freelance depuis longtemps, le jeune homme n’a pas peur de se lancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale et si sur le papier tout semble réuni pour que le projet cartonne, un élément clé manque à l’appel… le four à céramique ! « Heureusement, une ancienne voisine avec qui j’étais resté en contact, et qui était elle-même peintre décoratrice sur céramique, a proposé de m’offrir un de ses anciens fours. Une vraie aubaine pour moi ! Je suis donc allé le récupérer à Aix-en-Provence, où elle vivait alors ». Sauf qu’une fois le four arrivé à bon port dans l’appartement d’Arnold… impossible de lui faire passer la porte. « Résultat des courses, j’ai dû changer d’appartement  et en faire un vrai atelier».  

Initier ses clients à l’artisanat 

Rapidement, Arnold d’Alger se constitue une clientèle fidèle, adepte de pièces uniques qui racontent des histoires. Si certains choisissent d’acheter en ligne la vaisselle que l'artiste « réveille », d’autres apportent leurs propres pièces afin qu’il y apporte un soupçon de modernité. Une dynamique différente pour l’artiste qui, pour l’occasion, délaisse ses pinceaux aux profits de crayons et de papier pour recueillir les histoires et les envies de ses clients.  « C’est d’ailleurs plus un dialogue qu’une session de travail. Je m’inspire des histoires qu’on me raconte pour leur proposer des motifs qui dépeignent leurs souvenirs ». En parallèle, Arnold d’Alger dispense également des ateliers d’initiations à la peinture sur porcelaine. « Les gens entrent toujours dans mon atelier en me répétant presque compulsivement qu’ils ne savent pas dessiner, qu’ils en sont incapables. Mais au final, au bout de trois heures, ils repartent tous avec le sourire aux lèvres, surpris et fiers de ce qu’ils ont réalisés. Une partie du succès de ces ateliers revient sûrement à ce besoin grandissant de faire de ses propres mains, et de consommer moins ».  

Si désormais l'artiste partage son temps entre des projets pour des particuliers, son e-shop et des réalisations pour des enseignes de renom comme le groupe Mama Shelter, il n’en délaisse pas pour autant ses recherches créatives. Toujours dans l’idée de donner une seconde vie à la porcelaine de nos grands-parents, mais cette fois-ci à des pièces endommagées, l’artiste s’essaie désormais à la mosaïque. De quoi faire de nouveaux adeptes ! 

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Mélanie Bruxer

Rédactrice web