Pierre Rioufol : «Pour moi, les blousons sont comme des tableaux qui se baladent dans la rue»

Lana Del Rey, M, Kid Cudi, La Femme, tous portent ses vestes en cuirs colorés. À l’occasion de la sortie de "Le Canon", son premier album avec Poudre Noire, le créateur revient sur ses sources d’inspirations.  

  • 30 mai 2023
  • Temps de lecture: 4 - 5 min
Pierre Rioufol
Pierre Rioufol, crédit photo : Martin Ferron

Styliste, joaillier, peintre, compositeur-interprète avec Poudre Noire, ce ne sont pas les cordes qui manquent à l’arc de Pierre Rioufol. Pourtant, ce Parisien d’origine avait d’abord choisi une tout autre voie. « Jeune, j’avais entrepris des études de droit. Avec du recul, ça me correspondait peu », s’amuse le créateur. « Un peu par curiosité », il commence à se confectionner des vêtements avant finalement d’en faire son activité principale. À L’occasion d’une interview accordée à Big média, Pierre Rioufol nous parle de sa démarche artistique, de ses inspirations et de ses liens avec la scène musicale française.   

Big média : Comment en êtes-vous venu à faire des blousons en cuir ?  

Pierre Rioufol : Rapidement, je me suis amusé à faire des blousons en dessous de table. Ça me plaisait pas mal et ça m’a permis de réaliser que la veste est une pièce intéressante, car elle se voit beaucoup. Donc depuis plus de dix ans, j’essaye d’exploiter au mieux ce potentiel et de faire des habits avec des idées originales fortes, qui fassent « un peu star », qui soient visibles sur scène et dans les clips. Par exemple, il y avait cette veste en Chesterfield, ou ce blouson « tatoué » très important dans le développement de ma marque. Enfin, sont venus les dessins fait d’aplats de cuire, avec par exemple le motif de l’éclair sous un nuage, qu’on retrouve sur beaucoup de mes créations.  

« Un même motif, peut se retrouver sur une multitude de supports différents » 

BM : Quel a été le déclic pour vous lancer dans la joaillerie ?  

PR : Eh bien, toute mon activité textile m’a amenée à me rendre régulièrement au Maroc, et notamment à Fès. Là-bas, il y avait tous ces petits ateliers, qui m’ont donné envie de me fabriquer des bijoux. À l’origine, je ne les faisais uniquement pour moi. Mais quand je suis rentré à Paris, les gens aimaient mes créations. C’est comme ça que j’ai commencé véritablement à confectionner ma joaillerie. Tout ça, c’était il y a trois, quatre ans au début de la pandémie, ça devenait compliqué d’aller au Maroc, et je voulais réduire la voilure sur les vêtements. Le déclic, c’est que je me suis rendu compte, qu’habitant rue du Faubourg-Montmartre, il y avait des vendeurs et des sertisseurs de pierres, des fondeurs d’or et d’argent, se trouvant à moins de 100 mètres de chez moi. 

Aujourd’hui, la fabrication de bijoux est devenue mon métier principal. J’ai tous mes moules, ici, chez moi et je peux descendre chez le fondeur qui est à une vingtaine de mètres. C’est top, parce que ça me permet de travailler sans contrainte de quantités. Tout est fabriqué dans la semaine, si ce n’est dans la journée. Même s’il m’arrive de la faire, j’essaye au maximum de laisser le sertissage à d’autres, et moi de mon côté, je m’occupe de toutes les petites finitions, les agrandissements, les détails, les photos. Je suis à la fois un artisan et une sorte d’auto-entrepreneur. Aujourd’hui, mes bagues sont distribuées dans des boutiques à Paris, Saint-Tropez ou Bordeaux.  

BM : Qu’est-ce qui caractérise votre démarche artistique ?  

PR : Mon concept de départ, c’est qu’une même idée, un même motif, peut se retrouver sur une multitude de supports différents. J’aime bien l’idée qu’un dessin ou un tableau puisse devenir une veste, et qu’elle-même pourrait devenir un tapis ou je ne sais quoi. Par exemple, récemment, j’ai fait une collaboration avec une boutique spécialisée dans les poignées de porte haut de gamme où j'adapte mes bagues en forme de robots. C’est génial, car c’est une démarche qui peut s’étendre à presque tous les objets ou formes d’expressions. Pour moi, les blousons sont comme des tableaux qui se baladent dans la rue. Et, en commençant la fabrication de mes vestes, j’ai conçu mes premières toiles qui étaient faites d’aplats de cuir reprenant les motifs au dos de mes vêtements. 

BM : Vos blousons ont été portés par de nombreuses personnalités de la scène musicale. Comment s’est fait ce pont ?  

PR : C’est le hasard dans le sens où ce n’était pas un calcul particulier de ma part. Après, j’ai toujours été plutôt proche du milieu. J’ai eu des groupes de rock, et je viens d’ailleurs de sortir un disque avec Poudre Noire, un duo que je forme avec Antoine Clément-Bollé. Bref, la musique est vraiment un univers que j’aime beaucoup, et c’était donc naturel d’habiller ces gens que je connaissais par ailleurs. Donc voilà, c’est comme ça que j’ai commencé à faire des vestes pour le groupe la Femme, les Papooz, toute cette scène-là. Puis avec le bouche à oreilles, Matthieu Chedid est venu me demander de lui faire des blousons pour ses deux dernières tournées « L’être infini » et « Rêvalité ». Dernièrement, ça m’a aussi permis de faire de nombreuses pièces pour l’émission télé The Voice.  

« Mon but, c’est de peindre les choses, tel que je les vois parce que j’ai une très mauvaise vue » 

BM : Vous rappelez-vous d’une anecdote marquante, sur le début de votre marque ?  

PR : Un moment très précieux pour moi, ça a été les photos de Lana Del Rey dans mon blouson « tatoué ». En fait, c’est marrant, car je n’étais pas à Paris à ce moment-là, et j’ai reçu l’appel en inconnu d’une jeune fille qui s’appelait Lucie Renaud. Je ne la connaissais pas, et elle m’explique qu’elle va habiller Lana Del Rey le lendemain, et me demande si elle peut passer m’emprunter des vestes. Honnêtement, à ce moment-là, je me disais que j’avais une chance sur deux pour que ça se fasse. Pourtant, je ne sais plus par quel truchement, j’ai réussi à lui passer un double de mes clés. Et il faut croire que Lucie Renaud faisait extrêmement bien son travail parce que le lendemain je recevais des photos de Lana Del Rey qui posait avec mes pièces. On connaît la difficulté pour les marques d’arriver à placer leurs vêtements, et l’histoire fait d’autant plus sourire que je venais de me lancer. À l’époque, je n’avais ni site internet, ni réseaux sociaux, rien pour relayer cette incroyable visibilité. On se disait : « Mince, c’est un majestueux coup d’épée dans l’eau ! ». Après, ce shooting m’a tout de suite donné une belle visibilité, évidemment, ça a été un sacré coup de pouce (Rires). 

BM : D’ailleurs, comment est arrivée la peinture dans votre carrière ?  

PR : Pour commencer, mes deux grands-parents étaient peintres. J’ai donc toujours baigné dedans. Je leur dois beaucoup, notamment, les basiques de la peinture. Par exemple, c’est mon grand-père qui m’a montré comment faire un « beau noir » sans en utiliser. Dans mes premières toiles, j’essayais de reprendre le même style que celui que j’avais développé avec les blousons. Je faisais de grands aplats en acrylique pour représenter des paysages de manière stylisée et colorée. Étant fan du travail de peintres qui vont très vite avec des couleurs vives comme Robert Malaval, j’imagine que ça m’a influencé. 

Puis, j’ai changé de focal et me suis mis à la peinture à l’huile. J’insiste sur les éclairages dans mes paysages et m’attache à ce que ces derniers aient une apparence « flou ». Mon but, c’est de peindre les choses, tel que je les vois parce que j’ai une très mauvaise vue. Puisque les détails disparaissent, logiquement c’est la lumière qui devient l’acteur principal de la toile. Et je trouve ça très sympa parce que pour moi, l’intérêt du tableau est de rajouter une vue chez soi, souvent plus intéressante que celle qu’on peut avoir d’une fenêtre qui ne donne sur “pas grand-chose”.  

BM : Quelle est la grande échéance du moment pour vous ?  

PR : En ce moment, c’est avec l’album de Poudre Noire que j’ai surtout du pain sur la planche. C’est notre premier disque avec le groupe donc l’urgence est la promotion ! Le projet est super excitant, car on a passé très peu de temps en studio, mais d’un autre côté on a déjà fait une cinquantaine, voire une soixantaine de dates. Il y a cet aspect très festif dans notre musique, très musique populaire. Ce n’est pas un hasard, car le groupe vient finalement du village du Canon au Cap-Ferret. Tous les quinze août, la commune organise une fête estivale très conviviale que je recommande à tous, et c’est à cette occasion qu’on a créé Poudre Noire. L’ambiance qui se dégage de cette fête est fabuleuse, on essaye vraiment de faire en sorte de la retrouver dans nos concerts.  

 

Martin Ferron
Martin Ferron Rédacteur Web