D'une agence de communication à l'oléiculture, la reconversion réussie d'Alexandra Gauquelin-Roché

Directrice d’une agence de presse, Alexandra Gauquelin-Roché a décidé de laisser derrière elle sa vie parisienne pour se connecter au travail manuel et à un terroir qui lui est cher. Une reconversion réussie qu’elle partage à Big média. 

  • 07 septembre 2023
  • Temps de lecture: 5 min
alexandra

 « Une rencontre olfactive ». A l’adolescence, quand vient le temps des choix et de l’orientation professionnelle, bien des vocations sont balayées d’un revers de main sans qu’on ait d’autre possibilité que de les abandonner. Pourtant, il arrive que certaines ressurgissent au moment où on s’y attend le moins. « Au lycée, je rêvais de devenir nez, se rappelle Alexandra Gauquelin-Roché, mais on m’a rapidement fait comprendre que je n’étais pas dans la bonne filière et qu’il serait difficile de me lancer dans ces études sans certains bagages ». Résignée, la jeune femme entame des études en marketing et gagne (très) rapidement en compétences, jusqu’à ouvrir, quelques années plus tard, sa propre agence de relations presse. Passionnée par son métier, ses clients et confortablement installée dans sa vie parisienne, Alexandra Gauquelin-Roché est pourtant loin de s’imaginer qu’une rencontre olfactive allait radicalement changer sa carrière.  

« Mes associés m’ont laissé suivre mon instinct » 

Au contact de clients tels que le Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence, Alexandra Gauquelin-Roché se prend de passion pour le savoir-faire agricole et se projette peu à peu dans une vie professionnelle tournée vers le travail de la terre et la transformation d’un produit brut. « Le vrai déclic s’est produit lors d’un voyage familial dans les Pouilles, en Italie du sud. En découvrant la région, son terroir et sa gastronomie, j’ai par la même occasion eu la chance de rencontrer plusieurs producteurs d’huile d’olive qui m’ont fait découvrir, ou plutôt redécouvrir ce produit. Ce fut un véritable appel des sens, une rencontre olfactive ». Le genre de rendez-vous qu’on n’oublie pas. Et quand Alexandra aime, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne fait pas les choses à moitié.  

Une fois rentrée à Paris, la directrice d’agence n’a plus qu’une idée en tête : reprendre des études pour se former au métier d’oléicultrice. Et cette fois-ci personne ne l’en dissuadera ! « C’est comme ça que je me suis retrouvée, en 2013, à suivre l’une des seules formations apprenantes et diplômantes délivrées par la fac de pharmacie de Montpellier ». Malgré un travail plus que prenant et une vie de famille tout aussi effervescente, Alexandra Gauquelin-Roché enchaine les allers-retours entre Montpellier et Paris. « J’avais cours deux jours par semaine. Je partais donc le mercredi soir et je rentrais le vendredi en fin de journée. Mais tout ça n’aurait pas été possible sans mon équipe qui a été vraiment formidable et bienveillante pendant cette période de transition. Mes associés m’ont laissé suivre mon instinct ».   

Son diplôme en poche, l’entrepreneure encore hésitante sur la forme que pourrait prendre son activité, commence par monter un site internet de recherche et de vente d'huile d'olive. « J'attendais de voir si cette nouvelle activité allait réellement m'intéresser. Une fois cette certitude acquise, tout est allé très vite ». En moins d’un an, ses associés et elle parviennent à trouver un terrain d’entente afin qu’Alexandra puisse revendre ses parts tout en préservant la stabilité de l’agence. Une démarche essentielle pour l’entrepreneure qui a ainsi pu se constituer un socle financier pour entamer sa nouvelle vie professionnelle.  

la ferme Les callis

La ferme Les Callis

L’appel du sud  

En parallèle, cette amoureuse du sud tombe sous le charme d’une vieille bâtisse nichée au cœur de deux hectares de terrain vague : la ferme Les Callis. Convaincue de son potentiel, Alexandra Gauquelin-Roché et son mari décident de l’acheter pour en faire un lieu de vie professionnel et personnel « On voulait que cet endroit puisse accueillir l’exploitation oléicole, mais également des espaces de formation ou d’hébergement ». Pourtant il y a un hic...sur cette ancienne terre viticole pas un olivier n’avait jusque-là pris racine. Qu’à cela ne tienne, Alexandra se lance dans la plantation de 250 plants d’aglandau, l’une des variétés les plus typiques du Luberon. « En revanche, j’avais vraiment sous-estimé le temps qu’allait prendre la fabrication de ma propre huile d’olive ainsi que sa mise en vente sur le marché. Il nous a fallu patienter près de cinq ans pour pouvoir exploiter pleinement nos arbres », se rappelle-t-elle. Un temps que l’entrepreneure décide de mettre à profit pour monter une autre activité en attendant que son exploitation devienne rentable.  

En 2018, épaulée par deux autres oléologues, Alexandra Gauquelin-Roché, développe L’Hove (huile d'olive vierge extra), une entreprise proposant des formations dédiées à l’oléiculture. « Ces modules s’adressent à des producteurs ou même à des néo-producteurs, c’est-à-dire des gens qui ont envie de rentrer dans l'univers de l'huile d'olive mais qui n’ont pas obligatoirement envie d’en faire leur activité principale. Nous accueillons également des sommeliers désireux d’en savoir un peu plus sur l'huile d'olive, des médecins ou des naturopathes », détaille la propriétaire de la ferme Les Callis. 
Formatrice, productrice d’huile d’olive, propriétaire de chambres d’hôtes (pendant un temps) et désormais sélectionneuse pour la marque Olivier and Co, le quotidien d’Alexandra Gauquelin-Roché n’a plus rien à voir avec sa vie d’avant. Un quotidien qu’elle ne regrette en rien. « J’ai la chance d’avoir adoré ma première vie professionnelle et aujourd’hui j’aime tout autant, si ce n’est plus, ma nouvelle activité ».  

Et même si le chemin n’a pas été sans embûche, l’oléicultrice est fière d’avoir contribué, à son échelle, à faire évoluer les mentalités sur la reconversion professionnelle. Car il faut bien reconnaitre qu’en 2015, peu de citadins se rêvaient en épiciers bio ou ébénistes. « On était encore bien loin des prises de conscience apparues pendant la pandémie», rappelle Alexandra Gauquelin-Roché. En effet, il fût un temps où quitter la Capitale, un certain confort de vie ou même un salaire plus attractif, n'étaient pas du tout des objectifs de vie pour la plupart des Parisiens. « Mon projet était perçu comme quelque chose de complètement saugrenu, alors qu’aujourd’hui, j’ai l'impression que c'est tellement rentré dans les mœurs ! Désormais on ne s’étonne plus d’entendre parler de projet de reconversion, de tout recommencer à zéro, se former, développer une activité manuelle ». Un discours qui pourrait bien faire germer une petite graine chez des entrepreneurs en devenir… 

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Mélanie Bruxer Rédactrice web