Comment monter son entreprise en France quand on vient d’ailleurs ?

Entreprendre sur un territoire qui n’est pas le sien peut s’avérer un parcours du combattant. C’est pourtant le défi que relève au quotidien Caroline Conner, une Californienne installée dans le Rhône depuis 2017, qui a fondé sa société de dégustation de vins, Wine Tastings Lyon. 

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Caroline Conner Lyon Wine Tastings Big media
© Caroline Conner sur LinkedIn - Women's Professional Networking Group (WPNG)

Paysages, langue, culture, cuisine, mentalité, ... tous ces aspects de la vie sont bouleversés quand on change de pays ! Pourtant, certains font le choix de tout quitter pour aller s’imprégner de nouvelles énergies et se lancent dans l’entrepreneuriat par-delà les frontières. Selon une étude Legalstart, ils seraient plus de 200 000 étrangers à avoir créé leur entreprise dans l’Hexagone en 2021, la plupart ayant été salariés auparavant. Toujours d’après ce rapport, ils participent, pour environ 15 %, dans la création de sociétés en France. Un chiffre en constante augmentation depuis deux décennies. 

Parmi eux, l’Américaine Caroline Conner s’installe à Lyon en 2017 pour vivre de sa passion : organiser des dégustations de vins et partager son amour pour la capitale des Gaules. C’est un an après son installation qu’elle lance Lyon Wine Tastings, un service haut de gamme de dégustation de vins à son propre domicile, à destination des touristes anglophones de passage dans sa ville d’adoption. Non sans embuche, elle revient sur les étapes clés qui ont marqué son aventure entrepreneuriale. 

Big média : Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à vous installer en France ? 

 

Caroline Conner : Originaire de Californie, je suis restée aux Etats-Unis jusqu’à mes 16 ans, avant de rejoindre mon père à Londres pour poursuivre mes études. Là-bas, j’ai étudié l’archéologie et l’anthropologie. C’était passionnant, mais je ne me voyais pas en faire mon métier. En parallèle j’étais adhérente au club de dégustation de vins à l’aveugle de mon université. C’est ce qui m’a ensuite poussée à passer le WSET (Wine & Spirit Education Trust, le plus grand et reconnu organisme de formation dans le domaine des vins à l’international, NDLR).  

C’est tout naturellement que j’ai atterrie en France. En 2012 j’ai fait les vendanges à Saint-Emilion puis j’ai travaillé au service de la famille Moueix pour le Château Bélair-Monange. Je suis passée par Paris et Tignes, au cœur des Alpes, dans le secteur de la restauration, avant de rentrer aux Etats-Unis pour 4 ans. Et puis finalement, je n’ai pas trouvé de situation qui me convenait là-bas. Je suis donc revenue en France rendre visite à des amis dans les Alpes, et j’ai découvert Lyon par hasard. J’ai adoré. Je me suis dit qu’il fallait que je m’y installe avant le Brexit si je voulais pouvoir lancer mon activité professionnelle. 

« J’ai été la première à proposer des dégustations de vin en ligne » 

BM : Comment vous est venue l’idée de votre projet entrepreneurial : Lyon Wine Testings ? 

 

CC : Je suis une amoureuse de vin depuis plus de 15 ans, et j’ai à cœur de transmettre ma passion aux autres. Et j’ai constaté qu’à Lyon, il n’y avait rien de concret autour de l’œnologie spécialement conçu pour les touristes anglophones. Généralement on ne passe pas plus de deux ou trois jours ici, donc organiser des tours complets dans les vignobles environnants ne me semblait pas pertinent. Surtout que certains opérateurs font ça très bien, je ne me voyais donc pas me positionner sur un segment similaire. 

Parler de l’histoire du vin me plaît beaucoup, et je rêvais d’un concept unique, intime et authentique. C’est pour ça que je propose des dégustations privées de vin au sein de mon appartement, niché dans un quartier que j’adore. Ça a très bien fonctionné la première année, et puis le Covid est arrivé donc j’ai dû diversifier mon activité.  

« Aux Etats-Unis, on a cette impression que tout est possible » 

BM : Les différences culturelles et administratives entre la France, les Etats-Unis et l’Angleterre vous ont-elles paru un frein au lancement de votre activité ? 

 

CC : J’ai commencé ma vie professionnelle à Londres, qui est définitivement le marché mondial du vin. C’est un endroit extrêmement dynamique et enrichissant, où l’on boit des vins du monde entier, alors qu’en Californie ou en France, on se concentre beaucoup plus sur des vins locaux. A Lyon, on ne boit pas du bordeaux (rires) ! Ce que j’apprécie le plus ici, c’est la vie de quartier, qui n’existe pas en Californie. J’adore le fait de pouvoir tout faire à pied, aller au marché, côtoyer les commerçants de proximité. J’ai réussi à tisser de vrais liens, personnels comme professionnels, aussi car je parle beaucoup mieux le français. 

C’est vrai qu’au début ça n’a pas forcément été facile. J’ai choisi le statut d’auto-entrepreneur car c’est le plus simple à mettre en place quand on arrive dans un endroit où on ne connaît pas les formalités. J’ai eu beaucoup de mal à me faire accompagner par les institutions ou acteurs du tourisme local. C’est en parti pourquoi j’ai fait le choix de travailler seule. Je connais bien les vignerons aux alentours désormais, mais embaucher serait encore compliqué. Plein de projets gravitent dans mon esprit et j’ai à cœur de les réaliser ici, à Lyon. Aux Etats-Unis, on a cette impression que tout est possible ! Je pense déjà à l’année prochaine, avec un potentiel calendrier de l’Avent, pourquoi pas écrire un livre, et j’organise en mai prochain mon premier séjour féminin autour du vin. 

J’ai été la première à proposer des dégustations en ligne, ce qui m’a valu un article dans le New-York Times ! Depuis, j’ai aussi créé un cours d’œnologie en ligne, des événements professionnels en ligne, donné des cours à l’Institut Lyfe (ex-Bocuse, NDLR). Plus récemment, j’ai décidé d’optimiser mon compte Instagram, en m’efforçant de publier une vidéo par jour depuis juillet. Je suis passée de dix-mille followers en juillet à plus de soixante-mille aujourd’hui !  

elc

Emma-Louise Chaudron

Rédactrice Web