Sébastien Bougon [Flying Whales], l’ingénieur qui a relancé la filière des dirigeables

Un projet fou et ambitieux mené par un PDG-fondateur au parcours solide : c’est la genèse de Flying Whales, littéralement baleine volante, qui développe une nouvelle solution de transport à base de dirigeables géants capables de transporter jusqu’à 60 tonnes dans les endroits les plus inaccessibles.

  • 11 septembre 2023
  • Temps de lecture: 2-3 min
dirigeables

Ingénieur de formation, Sébastien Bougon a démarré sa carrière par des projets d’envergures dans le secteur de la construction (des ponts, notamment) avant de monter la concession du Stade de France et de passer huit années au sein du groupe TF1. Après cela, il aura l’occasion de gérer un fonds d’investissement commun aux familles Bouygues et Pinault avant de fonder Flying Whales. Constructeur, et donc entrepreneur dans l’âme, il nous raconte son parcours et les défis de son entreprise, une innovation véritablement singulière dans le monde de l’aéronautique. 

Big média : Flying Whales démarre en 2012, suite à un problème rencontré par l'Office National des Forêts (ONF). Pouvez-vous nous raconter ? 

SB : L’origine de Flying Whales est en effet liée à une discussion que j'ai eue en 2012 avec le directeur général de l'Office National des Forêts (ONF). La filière bois était le 2e ou 3e poste déficitaire de la balance commerciale à l'époque. Il était nécessaire d'augmenter les prélèvements à bas coût et sans impact, aussi pour encourager la construction en bois, et donc de permettre à l'ONF d'agrandir sa zone de mobilisation de la ressource, notamment vers les zones qui sont difficilement accessibles. Cette idée de dirigeables pour charges lourdes capables de transporter de grands volumes, plusieurs dizaines de tonnes, est alors apparue.  

L'Office National des Forêts avait un besoin et l’Etat, via notamment Bpifrance, cherchait à financer plus de projets innovants. Tout cela a créé une alchimie qui a finalement permis à un projet comme le nôtre de naître. Une première étude a été lancée conjointement par l'ONF (Office National des Forêts), Flying Whales, créée à cette occasion, et l'ONERA (Office National d'Etudes et de Recherches Aérospatiales). Après environ un an de travail, nous avons acquis la conviction que cette problématique trouverait des réponses économiques et technologiques.  
 
La question est : parmi toutes les idées déjà pensées par l'homme, qu'est-ce qui fait que certaines se concrétisent ? En général, c'est une conjonction de la disponibilité de la technologie, de la demande marché, d’une volonté indéfectible d’entreprendre, et dans le cas présent compte tenu de l’ambition du projet, du soutien d'un État désireux de relancer son économie, notamment en soutenant les startups. Et c'est ce qui s'est passé en France.  

BM : Justement, faisons un petit flashback... quand vous travailliez à la construction de ponts, vous faisiez déjà face à la question du transport de matériaux lourds. Avez-vous alors pensé au dirigeable ?   

SB : Cette problématique faisait en effet écho à une situation que j'avais rencontrée lors de la réalisation du Vasco de Gama à Lisbonne. Il y avait un véritable problème d'accès pour les éléments préfabriqués et les équipements lourds. Pour réaliser du point à point aérien il n’existait alors que l’hélicoptère, un mode de transport très limité en termes de capacité de charge. Les plus gros engins européens pouvaient porter jusqu’à 5 tonnes maximum, quand chez les américains ou les russes, cela pouvait monter jusqu’à 12 ou 18 tonnes. Mais quoi qu’il en soit à des coûts d’opération exorbitants. Lorsque l’on envisage des dizaines de tonnes en point à point il n’existait rien. 

A l’époque, d’ailleurs, un dirigeant d’Eurocopter avait évoqué cette idée de ballon dirigeable, « une formidable grue volante ». Mais nous l’avions alors balayée d’un revers de la main. Et puis, environ 20 ans plus tard, en en reparlant avec le directeur général de l'Office National des Forêts, cette idée nous a finalement parue pertinente. D’autant plus lorsque nous avons découvert que l'idée même du transport du bois par dirigeable avait déjà été imaginée par d’autres et détaillée dans de vieux ouvrages.  

 

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