Le futur de l’intelligence artificielle en France : entre Open source et modèle souverain

Une IA construite grâce à des données en libre accès, pour que chacun d’entre nous puisse profiter d’un système personnel tenant compte de ses besoins particulier. C'est l’avenir de l’intelligence artificielle annoncé à ai-Pulse.

  • Temps de lecture: 2-3 min
Scalaway ai-pulse

Le vendredi 17 novembre dernier, la station F, ou le plus large incubateur de startups françaises, accueillait le rendez-vous ai-Pulse organisé par Scaleway, un hébergeur internet français fondé par Xavier Niel. Dédié aux évolutions et au futur de l’intelligence artificielle dans le paysage français et européen, les scientifiques, investisseurs, spécialistes en génie logiciel, partenaires institutionnels de cet écosystème en plein essor, se sont réunis le temps d’une journée, pour présenter les différentes opportunités du secteur. 

Soutenu par des partenaires de haut vol comme Nvidia, Ampere, DDN, HPE, Alliance Accélérateurs, ai-Pulse, a réuni des centaines de participants, professionnels du secteur de l’IA et curieux, tous impatients de découvrir l’avenir de l’intelligence artificielle.  

Après l’introduction de Damien Lucas, directeur général de Scaleway, sur le futur du secteur en France, Jensen Huang, fondateur de Nvidia, notamment fournisseur de logiciels d’intelligence artificielle, a pris la parole. Désireux de participer à cet événement d’importance, il a rappelé la puissance de la France sur le terrain concurrentiel de l’IA. Cette dernière, compte effectivement 400 des 4 000 startups européennes du secteur. Chacune faisant valoir son expertise sur au moins l’un des axes du futur de cette industrie en croissance. 

Le rêve d’une IA personnalisée au bout des doigts 

L’un de ces trois sujets majeurs concerne le développement d'une intelligence artificielle personnalisée, c’est-à-dire construite en fonction des besoins de chacun, pour un usage unique. Il fait partie des axes cruciaux pour l'avenir de l’IA, comme l'a souligné Jensen Huang, fondateur de Nvidia. Laurent Mazaré et Edouard Grave, chercheurs sur le projet Kiutay, un laboratoire dédié à l’intelligence artificielle, partagent cette vision, et travaillent activement à trouver des solutions pour démocratiser l'accès aux modèles d'IA dans les prochaines années.  

Grâce à leur travail, chacun pourra bientôt faire appel à son propre assistant virtuel, directement depuis son smartphone. Mais pour y parvenir, il faut d’abord réussir à améliorer significativement la performance, la modularité et l’adaptabilité des technologies à des cas d'utilisation spécifiques à chaque individu. 

Neil Zeghidour, également chercheur chez Kyutai, explore cette voie en travaillant sur des modèles d'IA non seulement textuels, mais aussi capables de prendre en compte l’audio, la vidéo, etc. Cette approche ouvre des perspectives nouvelles quant à la manière dont nous interagissons avec l'IA, dépassant les frontières du seul texte pour intégrer une expérience multisensorielle. 

L’open source : entre bien et mal 

Et si la personnalisation des modèles d’IA fait partie du futur, pour atteindre cet objectif il est essentiel de mutualiser les forces des différents acteurs du secteur. C’est là qu’intervient notamment l’open source. Le libre accès des données a été jusque-là, le moteur de l'essor spectaculaire du domaine de l'IA. Elle a significativement favorisé la dynamique de l'écosystème en permettant la recherche dans des domaines tels que la sécurité, la protection des données et l'innovation culturelle et pourra, à terme, permettre d’atteindre de nouveaux objectifs. 

Cependant, selon Eric Schmidt, ancien CEO de Google, ce modèle pose quelques questions d’ordre sécuritaire notamment. S’il permet une avancée rapide sans égal, il suscite, en revanche des inquiétudes liées à la prolifération incontrôlée de technologies. Elles pourraient devenir potentiellement dommageables et faire du mal à un ou plusieurs individus, voire à la société tout entière, en prenant des décisions impliquant de la violence par exemple. Un axe qui amène donc avec lui des problématiques importantes de régulation pour encadrer les avancées sans brider l'innovation. 

Vers un modèle gardien de la culture française 

Des questions d’encadrement essentielles, mais complexes puisque relatives à chaque territoire, aux réglementations en vigueur, à la culture, etc. Ainsi, la construction d'une souveraineté en matière d'IA est un enjeu crucial pour de nombreux acteurs, à l'image d’Eric Schmid l'ancien CEO de Google, investisseur et soutien du projet Kyutai, qui souligne l'importance d'une approche spécifique à chaque culture et à chaque industrie à l’avenir. 

Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé du Numérique, insiste, quant à lui, sur la volonté de la France de capitaliser sur l'indépendance d’un modèle propre à l’Hexagone. Des propos soutenus par Emmanuel Macron lors d’ai-Pulse. Le président de la République définit en effet l’intelligence artificielle comme un défi civilisationnel, et souligne l'importance de préserver, dans ce secteur d’avenir, l’identité, la langue, la culture du pays. Une manière de saisir des opportunités liées à la diffusion de la culture française différemment dans les prochaines années. 

Gwendeline Jerad

Gwendeline JERAD

Rédacteur web