Louis Vogel (Vogel & Vogel) « Tous les cabinets d’avocats devraient se lancer dans la legaltech »

Alors que de nombreuses legaltechs fleurissent dans le paysage juridique, amenant ainsi le secteur à réaliser sa transformation digitale, rencontre avec Louis Vogel, dirigeant du cabinet d’avocats Vogel & Vogel et fondateur de la legaltech Livv. 

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Louis Vogel (Vogel & Vogel) « Tous les cabinets d’avocats devraient se lancer dans la legaltech »

En 2020, la France comptait plus de 180 legaltechs selon l'observatoire permanent de la LegalTech. S’adressant aux particuliers comme aux professionnels du droit, ces entreprises développent des solutions digitales comme la dématérialisation des processus juridiques, ou l’automatisation de gestion de contrats. Souvent crées et dirigées par des avocats, notaires et huissiers, le nombre de ces startups alliant droit et numérique se multiplie. Louis Vogel, cofondateur du cabinet d’avocats Vogel & Vogel a décidé de se lancer dans l’aventure en créant Livv, la première legaltech spécialisée dans le droit économique. « Ces trente dernières années d’activité au sein du cabinet nous ont permis de disposer d’une immense base de données, avec de nombreuses décisions analysées. On s’est dit que l’on devait mettre tous ces documents au service des utilisateurs et de leurs besoins », déclare l'avocat. Plus d’un mois après la mise en ligne de la plateforme Livv, qui a vu travailler conjointement juristes et développeurs, nous avons rencontré son fondateur. 

Big Média : Comment est né le besoin de faire entrer le numérique dans le secteur du droit ? 

Louis Vogel : Si un individu lambda lit une décision de justice, c’est comme s’il ne l’avait pas lue. Ces dernières ne sont pas à la portée de tout un chacun car souvent très longues et complexes. Comme dans tous les autres domaines qui ont réalisé leur transition digitale, le numérique a ici pour but de simplifier les choses. Les legaltechs rendent le droit plus accessible et plus compréhensif pour le grand public. 

Pour les professionnels du droit, le besoin est sensiblement le même. Les avocats perdent de nombreuses heures dans la lecture des décisions de justice et les recherches documentaires. Désormais, avec les legaltechs, il y a moins de temps de recherche et plus de réflexion. Les avocats peuvent donc effectuer des recherches plus profondes quand les juristes en entreprises obtiennent des réponses plus rapidement.  

 « A l'image de Kodak pour la photographie, soit vous ne changez pas et disparaissez soit vous faites de vos atouts une force  » 

BM : En quoi les legaltechs se révèlent aujourd’hui indispensables dans le secteur du droit économique en particulier ? 

LV : Dans le droit économique, les décisions de justice sont très longues. Les comptes rendus peuvent faire dix voire vingt pages tandis qu’une décision de Cour de Cassation peut être beaucoup plus courte. En droit économique, il y a beaucoup de jurisprudence et les textes changent très régulièrement. Dans ce cas, une legaltech permet d’être beaucoup plus réactif et pertinent. On peut ainsi connaitre en cinq minutes le contenu de 100, 200 voire 300 pages. Sur une matière aussi changeante et complexe que le droit économique, le numérique va véritablement se rendre indispensable. 

BM : Comment imaginez-vous l’avenir du secteur ? 

LV :  Je pense que le numérique va se généraliser et que tous les cabinets d’avocats devraient se lancer dans la legaltech. Comme lors de toute création d’entreprise, c’est à perte, mais en prenant des risques, on en prend finalement moins que ceux qui n'en prennent pas.  A l'image de Kodak pour la photographie, soit vous ne changez pas et disparaissez soit vous faites de vos atouts une force. Très sincèrement, je pense que de nombreux cabinets sont amenés à mourir s'ils ne prennent pas le virage du numérique

BM : Selon vous, les legaltechs seront-elles amenées à remplacer les avocats ? 

LV : Une legaltech ne fait et ne fera jamais de droit à la place des professionnels. C’est un instrument mis à leur disposition pour travailler plus vite, plus efficacement et de manière plus réaliste. L’avocat peut se concentrer sur les tâches à valeurs ajoutées. En revanche, bien sûr, le métier est destiné à évoluer, avec les usages et les nouveaux outils mis à disposition. Le quotidien d’un avocat ne sera pas le même dans dix ans, au même titre qu’il n’est actuellement pas le même qu’il y a quelques années.  

Julie Lepretre

Julie Lepretre

Rédactrice web