Florence Robin [Limatech] : « C’est une grande fierté d’avoir remporté deux appels à projets France 2030 »

Double lauréate du programme France 2030, la startup industrielle Limatech, spécialiste en conception de batteries lithium à destination de l’aéronautique, crée sa première unité de production à Voreppe (38). À l’occasion de la pose de la première pierre, la directrice de la jeune pousse, Florence Robin, revient sur les ambitions de l’entreprise. 

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Florence Robin directrice limatech  crédit photo Franck Ardito
Florence Robin directrice Limatech crédit photo : Franck Ardito

« Du côté de ma mère, tous sont des chercheurs, et de mon père uniquement des entrepreneurs », explique Florence Robin, la fondatrice de Limatech, qui vraisemblablement était prédisposée à l’entrepreneuriat. Proposant des batteries lithium ultra-performantes pour l’aéronautique, la startup a su convaincre le comité du programme de financement France 2030. Ce plan, qui prévoit une enveloppe de 34 milliards d’euros d’aides publiques pour mieux « produire en France », a récompensé l’entreprise iséroise sur deux appels à projets « première usine » et « solutions et technologies innovantes pour les batteries ». Un coup de pouce qui permet à Limatech d’accélérer son développement et d’entamer la construction de sa première usine dans la métropole grenobloise. À l’occasion de la cérémonie de pose de la première pierre du 16 mai 2023, Florence Robin revient sur le chemin parcouru et les perspectives de la jeune startup.  

« Les batteries lithium fonctionnent deux fois et demie plus longtemps » 

Big média : comment en êtes-vous arrivée à créer Limatech ?  

Florence Robin : J’ai toujours eu la vocation de monter ma société. Déjà en école d’ingénieur, j’avais cette appétence, cette envie de créer ma boîte et ça se traduisait dans le choix de mes cours complémentaires. Et puis, tout part d’une réflexion de mon oncle qui est chercheur au CEA (ndlr, Commissariat à l'énergie atomique et aux énergie alternatives) et parallèlement pilote/constructeur d’avions amateur. En fait, il a constaté qu’aucune solution pour l’aviation n’existait pour remplacer les traditionnelles batteries au plomb ou au nickel. L’idée lui est donc venue de mettre au point une batterie au lithium pour cet usage particulier. À un diner familial, alors que je cherchais justement la bonne idée pour me lancer dans l’entrepreneuriat, il m’a montré son prototype. J’ai tout de suite compris l’intérêt du produit et lui ai proposé de s’associer. Une chose en appelant une autre, Limatech soufflera sa sixième bougie en octobre.  

BM : Qu’apportent les batteries lithium par rapport à celles au plomb ?  

FR : L’intérêt est multiple ! D’abord, les métaux comme le plomb, le nickel ou le cadmium qu’on retrouve traditionnellement dans les batteries sont à la fois toxiques et cancérigènes. Le lithium, en plus de ne pas avoir ce problème, est de surcroît trois fois plus léger. Évidemment, le poids constitue un atout notable, puisqu’il influe considérablement sur la consommation énergétique. Concernant leur durée de vie, les batteries lithium demandent deux fois moins de maintenance et fonctionnent deux fois et demie plus longtemps. En plus, Limatech a breveté des nombreuses innovations qui s’adaptent particulièrement aux besoins de la défense ou de l’aéronautique, mais qui pourraient trouver des usages beaucoup plus larges.  

BM : Justement, quelles sont les innovations apportées par Limatech ?  

FR : Nous apportons plein de nouvelles choses, comme la mise au point d’un bouton on/off qui permet d’allumer et éteindre la batterie, ce qui est tout à fait nouveau, et très pratique. Après, la grosse révolution que nous apportons tient aux performances de notre produit. Le 13 janvier dernier, nous avons conduit des tests sur la densité de puissance de nos batteries. Alors que nous pensions obtenir des résultats 20% supérieurs à ceux du marché, il s’avère que nos performances sont 150 % meilleures. Sans rentrer dans les détails, jusqu’à présent les constructeurs fixaient des seuils afin d’éviter les problèmes d’emballements thermiques. Or, avec l’usure, l’état de la batterie se détériore, mais le seuil reste le même. Ce qui explique notamment les problèmes d’incendies qui font l’actualité avec l’utilisation du lithium. De notre côté, notre force est d’avoir inventé le seuil adaptatif, qui est plus sûr, et permet d’exploiter pleinement son potentiel. Pour donner une idée du progrès que ça représente, une batterie traditionnelle permet de démarrer, consécutivement, un avion trois fois d’affilés. Avec une batterie lithium « classique », le nombre de démarrages est passé à cinq. Notre technologie permet, elle, treize démarrages consécutifs.  

« Avancer sur l’usine tout en continuant notre R&D » 

BM : Pouvez-vous nous parler un peu de votre futur site industriel ?  

FR : Aujourd’hui, Limatech est présent sur trois zones :  notre siège est à Toulouse, une cellule financière à Paris, et un centre de R&D à Voreppe, où nous avons déjà installé une ligne de production pilote. C’est aussi dans cette ville aux alentours de Grenoble que nous avons décidé d’implanter notre future usine. Il faut avoir en tête que tout ça s’est passé en plein deuxième confinement, ce qui était très contraignant pour la recherche de locaux notamment. Finalement, pendant un an, Limatech a pu profiter d’un plateau libre, gracieusement prêté par une entreprise du coin - que je remercie encore-, qui avait dû réduire ses effectifs à cause de la crise sanitaire. C’est satisfaisant de voir ce qui a été accompli, le lancement des travaux est aussi le symbole de cette année qui est charnière pour Limatech. Nous avons terminé la phase de développement produit, et embrayons sur la production et la vente. Tout cela est passionnant, et une grande source de motivation.  

BM : Qu’est-ce que le programme France 2030 vous apporte ?  

FR : C’est une grande fierté, d’autant que nous avons remporté deux appels à projets France 2030 différents ! En obtenant une première enveloppe pour « Solutions et technologies innovantes pour les batteries », nous étions loin de penser pouvoir obtenir une seconde aide encore plus grande pour le projet « première usine », qui finance nous sur ce point hauteur de 30%. Pour nous, c’est une grande opportunité qui nous permet à la fois d’avancer sur l’usine tout en continuant notre R&D. 

BM : Pour quand est prévue l’inauguration de l’unité de production ?  

FR : Dans un sens, nous sommes déjà opérationnels puisque nous disposons d’une ligne pilote qui est certifiée. Pour ce qui est de l’usine en tant que telle, la pose de la première pierre a lieu ce 16 mai, mais les travaux commenceront réellement début juin. La fin de ces derniers est prévue pour novembre prochain donc nous espérons une inauguration entre fin 2023 et début 2024. D’ailleurs si aujourd’hui nous sommes vingt-cinq chez Limatech, le site quant à lui devrait employer à lui seul soixante à soixante-dix personnes. Et encore, nous pensons rapidement manquer de place sur ce site. Des possibilités d’agrandissement ou de construction d’une nouvelle usine sont à l’étude ! 

 
 

Martin Ferron

Martin Ferron

Rédacteur Web