Neutralité carbone dans le bâtiment : un chantier de plus de 25 milliards d'euros par an

500 000 rénovations de bâtiment par an seront nécessaires pour atteindre l’objectif de neutralité carbone fixé par la France pour 2050. Stéphane Hayez et Massimiliano Picciani, experts du sujet chez Bpifrance, nous présentent les leviers à actionner pour relever ce défi.

  • 01 décembre 2022
  • Temps de lecture: 2-3 min
Rénovation d'un toit pour améliorer la performance énergétique du bâtiment

Un secteur central pour la réalisation des objectifs climatiques de la France. Selon Stéphane Hayez, directeur-adjoint partenariats régionaux, action territoriale et entrepreneuriat, chez Bpifrance, le bâtiment « est un secteur dont on parle peu mais qui représente plus de 40 % de la consommation d'énergie et 20 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau national. », explique-t-il. Si une partie de la filière tente de se réinventer autour des bâtiments bas-carbone, à consommation zéro voire à performance énergétique positive, le taux de renouvellement du parc n’est que de 1 % par an. Dans ces conditions, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments apparaît comme un chantier d’envergure dont s’est emparé Bpifrance dans le cadre de son projet « demain ».

De 500 à 700 000 rénovations par an dans le secteur du bâtiment

« Il va falloir massifier la rénovation. Plus d'un demi-million par an seront nécessaires, peut-être sept cent mille par an si on y parvient. », affirme Stephane Hayez. Pour cela, il faudra davantage déployer des solutions techniques performantes comme :  l’utilisation de matériaux de construction ou d’isolation innovants   et/ou biosourcés ( isolation par paille ou laine de bois, maisons en terre crue...), la digitalisation des acteurs, la robotisation des pratiques (conception, diagnostic, construction, exploitation…) ou encore l’installation de solutions de domotique.

Le développement de solutions modulaires et des chantiers hors site, une technique appelée « EnergieSprong », devrait aussi permettre de massifier les modernisations de bâtiments. « C'est un mode de rénovation assez innovant et qui pourrait effectivement changer la donne de manière significative sur la filière dans les années à venir », explique Massimiliano Picciani, responsable sectoriel Ecotechnologies, chez Bpifrance. D’ailleurs, plusieurs régions ont déjà lancé des appels à projets afin de s’engager dans la rénovation énergétique par la préfabrication hors site, une technique encore émergente en France.

Utiliser des techniques et des matériaux adaptés

« Mais la technologie seule ne suffit pas à réussir une rénovation énergétique d'un bâtiment. », nuance Massimiliano Picciani. Pour les experts de demain, il va tout d’abord falloir ancrer les bâtiments dans leur territoire, en utilisant des techniques adaptées aux zones de construction et des matériaux sourcés localement ou encore en pensant les édifices  comme consommateurs et sources d’énergies (panneaux solaires / photovoltaïques, géothermie, utilisation de chaleur fatale pour les industries…), etc.

Assurer l’interaction « homme-bâtiment » apparait également comme un levier essentiel pour garantir un niveau optimal d’efficacité énergétique des bâtiments. De la conception à l’usage, les experts de demain estiment que la neutralité carbone dans le secteur passera par une main d’œuvre qualifiée et formée à l’élaboration et la pose correcte des solutions d’efficacité énergétique. Quant aux futures constructions, elles devront à la fois répondre aux besoins de confort thermique, aux exigences économiques, aux performances énergétiques ou encore aux recommandations sanitaires.

Financer et accompagner la transition énergétique du secteur du bâtiment

Des solutions qui vont nécessiter de lourds investissements. « On estime qu'il va falloir consacrer plus de 25 milliards d'euros chaque année pour atteindre nos objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre. », affirme Stéphane Hayez. Pour cela, les acteurs privés comme publics devront renforcer leurs offres de financement dédiées à la transition énergétique.

Et pour inciter les acteurs du secteur à déployer des actions de construction et de rénovation performantes, ces offres de financement comme le Prêt Vert de Bpifrance devront s’accompagner d’incitations financières, à l’image du dispositif France Renov’, et de contraintes normatives nationales (RE2020, nouveau DPE, décret tertiaire, loi ELAN, loi Energie et Climat, labels…). Toutes ces actions cumulées devraient permettre un renforcement de la filière du bâtiment pour assurer sa transition.

Yossra Hammami
Yossra Hammami Rédactrice web