Création d’entreprise : pourquoi et comment bien s’associer ?

Harold Gardas, cofondateur et CEO de l’agence vidéo Köm et Grégory Hebinger, responsable du pôle entrepreneuriat de l’Université de Strasbourg nous parlent de l’importance de bien s’associer pour créer son entreprise et des écueils à éviter.   

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Création d’entreprise : pourquoi et comment bien s’associer ?
Men in Black (Film, 1997) Copyright Amblin Entertainment / Columbia Pictures MacDonald / Parkes Productions

« Seul on va plus vite, à deux on va plus loin. » Si, dans bien des domaines cet adage se révèle exact, l’entrepreneuriat fait figure d’exception. Car dans la création, il semblerait qu’à deux, nous allions plus vite, et plus loin ! C’est du moins l’avis que partagent Harold Gardas, cofondateur et CEO de l’agence vidéo Köm et Grégory Hebinger, responsable du pôle entrepreneuriat de l’Université de Strasbourg et directeur du Pépite ETENA, un réseau d’aide à la création et reprise de structures.

« Lorsque l’on me demande quels sont les avantages de la co-création, j’ai envie de répondre que c’est surtout un désavantage de ne pas s’associer ! », ironise Grégory Hebinger, un expert en création qui n’a pas toujours évolué dans le monde de l’entrepreneuriat. « Je travaillais dans le domaine de la chimie quand j’ai eu la chance de rencontrer deux entrepreneurs qui cherchaient quelqu’un pour porter leur projet. On a créé une startup qui a vécu six  ans, pas du tout dans mon précédent secteur d’activité, avant de la revendre à des industriels », raconte celui qui accompagne aujourd’hui de jeunes porteurs de projets vers la réussite entrepreneuriale. De son coté, Harold Gardas n’en est pas à sa première co-création. En 2014, à 23 ans et encore étudiant, il monte sa première startup avec un de ses meilleurs amis, Olivier Ramel. Quelques années plus tard, il se lance dans la création de Köm, une agence vidéo spécialisée dans les contenus digitaux, aux côtés de Florent Vinouze. Mais alors que 39 % des créations en France ont été réalisées par plusieurs individus, d’après l’Observatoire de la création d’entreprise de Bpifrance Création, pourquoi faire le choix de cofonder et comment bien s’associer ?   

« Ça a de la valeur de se sentir épaulé et de pouvoir partager sa joie lors des succès »

« Les avantages sont assez multiples, commente Grégory Hebinger. L’entrepreneuriat n’est pas un voyage linéaire et le fait d’être accompagné permet de se remotiver dans des moments durs. » Du côté du cofondateur de l’agence Köm, même ressenti. Le jeune homme, qui n’en n’est pas à sa première création, connait les difficultés de l’entrepreneuriatJe sais à quel point ça peut être les montagnes russes, mais aussi à quel point ça a de la valeur de se sentir épaulé et de pouvoir partager sa joie lors des succès. » Il tempère cependant son propos, car si les avantages sont multiples, il faut garder en tête que la relation évolue et qu’il faut accepter qu’elle change. « Ce n’est pas forcément moins bien, c’est juste différent », assure le CEO de Köm. Ce phénomène, l’entrepreneur l’a expérimenté lors de sa première création. Si les deux jeunes étudiants rêvaient de se lancer ensemble, l’évolution de leur relation passant du personnel au professionnel les a finalement amenés à revendre leur startup. « Nous souhaitions préserver notre amitié. On ne parlait plus que de business », partage l’entrepreneur. 

Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut bannir la cocréation avec un proche. « L’expérience montre, en effet, qu’entreprendre en famille ou entre amis n’est pas forcément la meilleure idée. Pourtant, autour de moi, j’observe plein de contrexemples », rebondit Grégory Hebinger. Se poser pour définir comment mettre en place la relation de travail au-delà de la relation personnelle permet la plupart du temps d’éviter certaines complications. « Il faut savoir compartimenter le pro et le perso. Mais c’est difficile car quand on entreprend on met tout, y compris notre temps, et notre énergie », ajoute le responsable du pôle entrepreneuriat de l’Université de Strasbourg.  

Prendre le temps de choisir son associé pour la réussite de son projet

Il y a certaines étapes à ne surtout pas précipiter dans la recherche de partenaire. « La phase la plus importante repose sur la clarification des besoins, ajoute l’expert Grégory Hebinger. L’idée est de poser le projet à plat et d’identifier les soft skills que vous recherchez chez votre futur associé en prenant le temps de rencontrer plusieurs personnes. » 

De son coté, Harold Gardas a fait les frais d’une association trop rapide lors de sa seconde création. « J’ai précipité la recherche d’associé. Je ne me suis pas suffisamment renseigné sur la personne et il s’est avéré que ce n’était pas quelqu’un de confiance. L’exemple parfait qu’un manque de vigilance peut nuire à ton propre projet ». Si la recherche d’un partenaire peut prendre du temps, il est recommandé de ne surtout pas négliger cette période. « Si un projet ne fonctionne pas, il faut l’arrêter et cela prend beaucoup de temps et d’argent. Il faut se laisser une période d’essai, en travaillant ensemble pendant quelques mois sans forcément créer des statuts de manière administrative pour voir si ça fonctionne bien », éclaire l’entrepreneur. Pour sa plus récente création, Köm, il se tourne vers des inconnus, avec qui il prend le temps d’échanger. « J’ai eu l’idée de monter une agence vidéo en 2019, qui proposerait du contenu accessible avec une valeur ajoutée. Mais je ne connaissais rien en vidéo. » Ce dernier met alors en ligne un appel à candidatures pour recruter la bonne personne afin de mener à bien son projet. « A chaque fois, c’était soit le côté humain, soit la technique qui pêchait », se rappelle-t-il. Jusqu’à ce qu’il rencontre Florent Vinouze, qui deviendra le second co fondateur de Köm. « C’était un gros coup de cœur, le feeling direct. Il a dix ans de plus que moi mais techniquement c’est une machine et honnêtement, trois ans après je ne saurai même pas dire quels sont les inconvénients de notre association », partage Harold Gardas. 

« Pourquoi ça marche ? Parce qu’ils savent très bien de quoi chacun est responsable »

Si l’on en croit les retours respectifs des deux cocréateurs, la répartition des tâches est aussi une étape primordiale dans la construction d’un binôme qui fonctionne. « Avec Florent, on s’est directement réparti les tâches. On était hyper à l’aise dès le début sur qui allait prendre la parole et qui allait, au contraire, travailler un peu dans l’ombre », affirme le CEO de Köm. Ainsi, le binôme avance main dans la main concernant la vision à long terme de l’entreprise, mais chacun dispose de son expertise et de son domaine d’action. « Florent travaille sur la partie réalisation, sur les sujets très techniques. De mon côté, je suis surtout sur les sujets commerciaux, de communication et de management. » Grégory Hebinger appuie le propos de créateur avec un exemple parlant « Un de mes anciens mentors est associé depuis plus de 40 ans avec la même personne, sur plusieurs entreprises. Pourquoi ça marche ? Parce qu’ils savent très bien de quoi chacun est responsable. Ils parlent beaucoup et acceptent que l’autre puisse se tromper dans son domaine de responsabilité », ajoute-t-il. 

S’il n’y a pas de définition exacte pour définir ce que signifie « avoir trouvé la bonne personne », les deux entrepreneurs s’accordent à dire que ne pas se poser la question est en fait l’indicateur le plus parlant. « L’entrepreneuriat est une recherche de liberté. En s’associant les individus ont l’impression de devenir interdépendants. Alors que finalement ce n’est pas vrai. L’association nous aide à réussir pour devenir libre », conclut Grégory Hebinger.

Julie Lepretre

Julie Lepretre

Rédactrice web