Compétitivité et décarbonation, quels enjeux soulève la taxe carbone pour l’Industrie française ? 

Pour accélérer la décarbonation de l’Industrie, l’Union européenne a acté la disparition progressive des permis à polluer alloués gratuitement à certaines industries. Accompagnée d’une taxe carbone aux frontières, cette mesure ne va toutefois pas sans questionner l’impact sur la compétitivité des entreprises françaises.

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Parlement européen

A partir de 2026, les « permis de polluer » (ou quotas) alloués gratuitement à la métallurgie, la cimenterie, certaines activités de la chimie et à l’industrie de l’hydrogène disparaîtront progressivement. Ces industries se verront dans l’obligation d’acheter une part croissante de leurs quotas à un prix qui devrait rester à un niveau bien plus élevé qu’ailleurs. En découlera une hausse des coûts de production pour les industries concernées qui pourrait mettre à mal leur compétitivité. Dans le cadre du projet « Demain » à l'initiative de Bpifrance, l’économiste Thomas Laboureau – salarié de la banque des entrepreneurs - et son groupe de travail, se sont penchés sur cette question. 

Pour protéger les industries du vieux continent du « dumping environnemental » exercé par les pays dont la réglementation est plus souple, l’UE prévoit en parallèle d’instaurer une tarification carbone aux frontières. Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) vise ainsi à appliquer le prix européen du carbone à la quantité de CO2 contenue dans les produits importés de pays hors-UE. Les produits visés sont les mêmes que ceux fabriqués par les industries concernées par la fin des quotas gratuits, auxquels viennent s’ajouter certains produits plus en aval, intensifs en acier. 

Le MACF, une protection imparfaite face au risque de perte de compétitivité  

Même si le MACF permet de réduire sensiblement les risques économiques, notamment de délocalisation, il ne les annule pas totalement. Le mécanisme ne compense pas la perte de compétitivité des industriels européens exportant sur les marchés hors-UE. Ensuite, le dispositif ne protège pas les fabricants de produits semi-finis ou finis, tant sur le marché intérieur qu’à l’export.  

Le risque d’une dégradation de la situation économique de certains industriels demeure, particulièrement pour ceux dont la production est dépendante du carbone ou de produits carbonés « taxés ». Tenant compte d’autres caractéristiques économiques des activités industrielles, Thomas Laboureau et son groupe de travail souligne que le degré d’exposition à ce risque varie fortement selon la filière.  Du côté des fabricants en aval des chaînes de production, cette perte de compétitivité pourrait grandement handicaper certains équipementiers notent les experts « Demain » de Bpifrance dans une analyse sectorielle à retrouver en intégralité sur le site de Bpifrance Le Lab.  

Éviter la désindustrialisation, c’est miser sur la décarbonation des filières

La nouvelle tarification du carbone laisse entrevoir un avantage concurrentiel pour les industriels aux installations les moins carbonées. La décarbonation des sites les plus émetteurs, au premier plan l’industrie lourde, est donc un enjeu essentiel. « Le processus de décarbonation est toutefois long et couteux » souligne l’étude.  

En outre, il est clair que la décarbonation de l’industrie lourde implique de forts besoins d’investissements. « Au sein des TPE, PME et ETI françaises, cette nécessité d’investir dans la décarbonation a trouvé un véritable écho ces dernières années », souligne Thomas Laboureau, preuves à l’appui.  

Le MACF constitue aussi un enjeu administratif pour les dirigeants 

Lors d’un webinaire disponible en replay, l’économiste du projet « Demain » a pu revenir sur les enjeux administratifs les plus importants pour les entreprises, notamment à court terme, soulignant plusieurs dates clé qu’un dirigeant doit avoir dans son agenda. « Le MACF s’accompagne de nouvelles obligations pour les entreprises, notamment celle de détenir un statut de déclarant MACF avant le 1er janvier 2026 sans lequel elles ne pourront plus importer de produits couverts par le mécanisme » a-t-il insisté.  

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