Comment l'esf se maintient au sommet depuis 1945

78 ans d’aventures en haute-montagne, ce n’est pas rien ! Entre planté de bâton et réflexion sur l’avenir du ski, retour sur l’histoire de l’école la plus connue des pistes enneigées : l’esf.

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Esf.eb
Éric Brèche, président des Ecoles du Ski Français

« Ce qui ne va pas avec vous, monsieur Dusse, c’est le planté d’bâton ». Si cette réplique culte du film Les Bronzés font du ski rappelle à nombre d'entre nous les cours de l’Ecole du Ski Français (esf), elle rend également hommage à une success story à la française qui a su évoluer avec son temps et ses clients. Et pour mieux comprendre l’histoire de l’entreprise, quoi de mieux que chausser ses skis et redescendre la piste jusqu’en 1945 aux côtés d'Éric Brèche, actuel président des Ecoles du Ski Français. 

« La mission donnée aux professionnels du ski par l’Etat était de développer la pratique de ce sport en toute sécurité », explique Éric Brèche. Le premier établissement, les Cours de Ski Vosgien, ouvre ses portes en 1927. Sept ans plus tard, il devient l’Ecole Française de Ski, avant d’être nationalisé en 1936 par le ministre des Sports, Léo Lagrange, en partenariat avec la Fédération Française de Ski. De son côté, le Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMF) voit le jour le 13 novembre 1945. Cette même année, sous l'impulsion de Gaston Cathiard, naît l’Ecole du Ski Français. Premier directeur de ceux qu’on appellera plus tard les pulls rouges, il fonde un modèle, encore aujourd’hui inchangé, de classification des élèves par niveau et met également en place des récompenses : les célèbres étoiles. Il imagine aussi le premier logo de l’Ecole du Ski Français qu’arborent fièrement les 17 000 moniteurs actuels.

Le Plan Neige a fait grandir l’esf 

Pendant près de 20 ans, l’esf trouve progressivement son public. De 200 pour 41 écoles en 1945, les moniteurs sont près de 1 800 en 1965. Une croissance qui va encore s'accentuer pour connaitre un pic sans précédent avec la mise en place du Plan neige, plus communément appelé « cul dans la neige ». Afin de développer davantage les sports de loisir dans le pays, l’Etat mise sur ce plan, mis en place en 1964, pour démocratiser la pratique du ski. Sous le mandat de Georges Pompidou, les stations apparaissent un peu partout en montagne : Tignes, Avoriaz ou encore les Arcs font alors appel à l'esf pour proposer des cours à leurs nouveaux clients. « L’effectif des pulls rouges passe à 5 500 en 1975 », raconte Éric Brèche.    
Cette augmentation du nombre de moniteurs fait naître quelques tensions au sein de l’organisme et conduit, en 1977, une partie des professeurs à se rassembler pour créer l’Ecole de Ski International (ESI). Malgré cette concurrence, l’esf ne fait pas de hors-piste et reste fidèle à sa ligne de conduite, obtenant même la reconnaissance des divers gouvernements. « Aujourd’hui, l’Ecole du Ski Français c’est 80 % de part du marché, 17 000 moniteurs dont 300 nouveaux par an, et 220 bureaux dans toute la France », indique le président des Ecoles du Ski Français.

Avec un business model unique en son genre, l’esf se positionne comme intermédiaire entre les clients et les moniteurs. « Chacun fait ses heures, ramène de l’argent et reverse dans le pot commun. Les moniteurs laissent une quote-part de leurs recettes à leur structure. Les honoraires, eux, sont redistribués aux moniteurs », explique Éric Brèche. Si aujourd’hui de nombreuses questions se posent sur l’avenir du métier de professeur de ski, le président des pulls rouges rappelle que l’avantage de ce système est de permettre aux moniteurs d’exercer une deuxième activité en cas de pénurie de neige, tout en leur garantissant un emploi.

L’esf met des actions en place pour le climat

Mais la pérennité de cette profession ne vaut que si la neige reste présente sur les sommets, et plus largement si l'intérêt du public se maintient à l'heure des préoccupations environnementales grandissantes. Pourtant, selon Éric Brèche, « le ski est dans l’ADN des Français ».  Le président des Ecoles du Ski Français ne peut donc concevoir que les amoureux de la montagne se passent des sports d'hiver dans les années à venir.  
Grand représentant du ski en France, l’esf reste néanmoins témoin des impacts du dérèglement climatique, et adapte son offre « Aujourd’hui, nous sommes conscients du besoin d’accompagner le développement de la montagne l’été et de structurer des offres de services car les vacanciers apprécient d’être accompagnés par des professionnels de la montagne », détaille le président des pulls rouges.

« L’esf se transforme pour pallier l’éventualité qu’un jour on se réveille et qu’il n’y ait plus de neige. » Les écoles de ski mettent par exemple en place des actions telles que le ramassage de déchets sur les pistes à la fin de chaque saison. « On veut tous laisser à nos enfants une montagne propre, donc on y travaille », explique Éric Brèche. Toujours dans l'optique de préserver la montagne, l'Ecole du Ski Français a mis en place un fonds de dotation afin de favoriser le développement des classes neige et ainsi sensibiliser à l’importance de prendre soin de la montagne. De plus, en 2021, accompagné par Carbone 4, le SNMSF a lancé auprès de ses 17 000 moniteurs une démarche de mobilité afin d’établir un bilan carbone des pulls rouge. L’objectif principal : réfléchir à des solutions qui favorisent une mobilité plus respectueuse. A l’aube des 80 ans du Syndicat national des moniteurs de ski français, Éric Brèche regarde fièrement le chemin parcouru. « Les gens continueront de venir à la montagne et nous serons toujours là pour eux », conclut-il.

 

Crédit photos :
1 -Les Bronzés font du ski
2-Agence ZOOM pour le SNMSF