Benjamin Gaignault, l’homme derrière Ornikar et Skarlett

Des moins de 25 aux plus de 60 ans, il n’y a qu’un pas franchi par Benjamin Gaignault. Le co-fondateur d’Ornikar et de Skarlett, deux entreprises aux cibles bien distinctes, revient pour Big média sur son parcours et ses ambitions.

  • 02 mars 2023
  • Temps de lecture: 5 min
Ben gaignault
©dr

« Après m'être battu pendant neuf ans pour le pouvoir d'achat des moins de 25 ans, je m’attaque à celui des jeunes de plus de 60 ans », annonce Benjamin Gaignault. En 2013, il co-fonde Ornikar une auto-école nouvelle génération qui a révolutionné les codes du permis de conduire.  Dix ans plus tard, il revient avec Skarlett, « un écosystème dédié au pouvoir d'achat et au plaisir des seniors ». 
 
Issu d’une famille d’agriculteurs, l’ancien CEO d’Ornikar suit un parcours classique avec une idée en tête : être libre. « Je voulais être capable de ne rien me refuser.  Il fallait donc que je puisse avoir une carrière professionnelle qui me permette d'atteindre cet objectif. », explique-t-il. Durant son parcours en école de commerce l’entrepreneur fait la rencontre d’Alexandre Chartier. Ensemble, alors âgés de 24 et 25 ans, ils décident de s’attaquer au marché des auto-écoles. « Tous nos amis se plaignaient du prix du permis de conduire. C’est comme ça que nous avons décidé de nous pencher sur ce domaine », détaille Benjamin Gaignault. Après avoir étudié le secteur, les futurs porteurs de projet se rendent compte qu’environ un million de personnes passent le permis chaque année en déboursant en moyenne 2 000 euros. « Quand vous aspirez à être entrepreneur, que tout le monde se plaint de la même chose et que vous avez un marché de 2 milliards d’euros devant vous, il ne reste qu’une chose à faire : se lancer », s’exclame l’entrepreneur.

« En tant que CEO, personne ne viendra vous dire que vous n’êtes plus dans la course »

Pendant près de neuf ans, Benjamin Gaignault va se construire en tant qu’entrepreneur au travers de nombreuses épreuves entrepreneuriales. « Ce qui m’a marqué, dans mon expérience chez Ornikar, c’est le besoin de résilience lorsqu’on monte sa société. » L’arrivée dans un marché très règlementé a été, pour l’ancien CEO, un ascenseur émotionnel. « Nous nous sommes lancés en 2013. En trois ans nous avons eu une dizaine de procès et des centaines de blocages administratifs. » Dès 2015, Alexandre Chartier, son cofondateur, quitte l'aventure Ornikar ce qui pousse Benjamin Gaignault à rebâtir l'entreprise avec Flavien Le Rendu. « Le 31 mars 2016, on obtient notre agrémentation auto-école, soit trois ans après la création de l'entreprise. Trois ans où nous n’avons rien fait », détaille Benjamin Gaignault.   
 
À la suite de ces trois années de « galère », l’entrepreneur s’efforce à révolutionner le permis de conduire. Objectif réussi, puisqu’aujourd’hui, l’auto-école en ligne compte 700 000 utilisateurs et a divisé le prix de la formation par deux pour la conduite et par dix pour le code. Malgré cette réussite, l’entrepreneur reconnait avoir fait de nombreuses erreurs, qu’il espère ne pas reproduire avec Skarlett. « Nous voulions un produit parfait », révèle Benjamin Gaignault. Selon lui, avoir une idée ne vaut absolument rien : ce qui compte, c’est la façon dont on l’exécute. Vouloir un résultat optimal, vouloir être le « premier de classe » ce n’est pas la meilleure façon de faire. « Le produit ne peut pas être parfait si vous ne savez pas ce que veut le client. Il faut itérer et c’est, aujourd’hui, notre ligne directrice avec Skarlett », expose l’entrepreneur.  
 
Le dirigeant admet avoir commis une autre erreur, qui a beaucoup impacté la croissance de l’entreprise : des recrutements inadaptés. « On ne s'est pas entouré des bonnes personnes parce qu'on ne savait pas… On avait 24 ans et à cet âge-là vous ne savez pas si la personne répond à vos besoins », déplore l’ancien CEO d’Ornikar selon qui le travail d’un chef d’entreprise, au-delà de la mission de représentation, se résume parfois à placer les bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment.  « Si vous vous trompez, vous prenez du retard et licencier quelqu’un, c’est traumatisant », raconte Benjamin Gaignault. C'est pourquoi, après neuf ans à la tête d’Ornikar, l’entrepreneur choisit de passer la main.   « En tant que CEO, personne ne viendra vous dire que vous n’êtes plus dans la course. Il faut avoir le recul de se dire qu’il faut faire passer les intérêts de l’entreprise avant les siens ».

« On ne dit jamais assez haut ce dont on a envie »

Après avoir quitté son poste de CEO, l’entrepreneur souhaite faire une pause. « J’avais promis à ma femme de prendre un peu de temps pour ma famille. Pourtant, 6 mois après je co-fondais Skarlett ».  A l'origine de cette nouvelle expérience entrepreneuriale : le constat de l'allongement de l’espérance de vie. « Aujourd'hui, à 60ans, vous êtes en pleine forme et avez généralement des enfants qui sont plus ou moins autonomes, ce qui vous laisse du temps et des projets qu’il faut financer ». Avec cette nouvelle entreprise le dirigeant compte donc permettre à cette partie de la population de réaliser ses « rêves ». 
  
Et qui dit rêves qui besoins de moyens pour les financer. « Lorsque vous êtes à la retraite vous perdez 50 % de vos revenus, mais 71 % des retraité sont propriétaires. Ils sont donc assis sur une fortune immobilière dont ils ne peuvent pas jouir », précise-t-il. Skarlett propose d’utiliser cet argent investi dans l’immobilier. « On offre aux individus la possibilité de débloquer de l'argent avec du viager, du démembrement, du prêt viager hypothécaire… »
 
Mais Benjamin Gaignault ne compte pas s’arrêter là et vise également le marché de l’assurance santé avec sa nouvelle startup pour répondre au besoin des seniors qui ne bénéficient plus de leur mutuelle après leur départ en retraite. « Puis pourquoi pas se positionner également sur du divertissement, du tourisme ou même faire un média destiné à cette catégorie de population trop souvent oubliée. » Une envie de « décrocher la lune » qui a toujours été en lui. « Je suis un boulimique d'ambition, je pense qu'on ne dit jamais assez haut ce dont on a envie. Pourquoi demain une entreprise française ne serait pas leader mondial de son secteur ? » se demande l’entrepreneur.