Actronika, la deeptech qui fait entrer le toucher dans le métavers

Si jusqu’à présent nous ne pouvions évoluer dans le métavers que par le biais de casque de réalité virtuelle ou d’écran d’ordinateur, l’haptique, où science du toucher, est en passe de révolutionner les mondes virtuel et réel. Rencontre avec la deeptech française Actronika, à l’origine de cette nouvelle technologie.  
 

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Evoluer dans le métavers en ressentant les mêmes sensations physiques que dans le monde réel, c’est aujourd’hui possible. « Il fallait imaginer une technologie capable de s’intégrer dans n’importe quel objet du quotidien tel qu’un siège, un t-shirt, ou une paire de chaussure par exemple », comme l’explique Gilles Meyer, co-fondateur d’Actronika. Cette deeptech francilienne développe des technologies haptiques qui permettent d'intégrer facilement le toucher dans des interfaces homme-machine. « A partir du moment où on a su pixeliser la sensation que procure le toucher, c’est-à-dire à le localiser sur le corps de façon très précise et à le faire bouger, le champ des possibles s’est ouvert à nous ».   

C’est en 2016 que Gilles Meyer, un serial entrepreneur, croise la route de Vincent Hayward, professeur à l’Académie des sciences, et père de l’haptique : la science du toucher. Accompagnés de l’un des élèves du professeur, les deux hommes joignent leurs efforts pour commercialiser une partie des recherches de Vincent Hayward et lancent Actronika. Un an plus tard, l’entreprise lève 1,2 million d’euros pour développer le toucher dans les milieux virtuels. 
« En 2017, alors que nous venions à peine de nous lancer, Meta [NDLR : anciennement Facebook] nous a sollicités pour élaborer un produit permettant de remplacer le like par une caresse. Le cahier des charges était très simple. Il ne fallait pas que ce soit sexuel, ni que ça fasse peur. En définitive, il fallait imaginer un geste presque insipide. C’est en planchant sur ce projet qu’on s’est rendu compte combien il était difficile d’étudier le social touch, c’est-à-dire la capacité de transmettre des ressentis et des émotions à distance, à travers le toucher ».    

C'est suite à ces recherches que les associés imaginent Skinetic, une veste capable de démontrer tout le potentiel de leur innovation. Grâce à elle, la technologie de la deeptech peut s’appliquer dans de nombreux secteurs tels que la formation, via la réalité virtuelle, le divertissement, l’industrie, la défense ou dans des projets plus futuristes comme celui des transports de demain. 

Une immersion maximale 

« Cette frénésie autour du métavers me fait sourire car c’est un concept qui existe depuis des années ! ». En effet, depuis 2003, le jeu Second Life permet à ses résidents de vivre une vie virtuelle sous une autre identité. Ils peuvent s’y rencontrer, et même s’y marier, participer à des événements, assister à des cours ou des concerts, regarder des films, visiter des expositions, ainsi qu’acheter, créer et vendre des objets. Le jeu a d’ailleurs sa propre monnaie, le Linden, qui a un taux de change en temps réel avec le dollar.  
« Et côté haptique, il existait déjà des prototypes de cabines dont le but était de solliciter tous nos sens dans les années 60 ! », ajoute Gilles Meyer.  
Plus récemment, c’est au tour des gants tactiles d’avoir le vent en poupe. Mais bien que de grands groupes, à l’instar de Meta, s’y soient essayés, le co-fondateur d’Actronika note pourtant que, dans la plupart des cas, les prototypes mis sur le marché sont « difficilement industrialisables car ils possédaient de nombreux inconvénients pratiques comme le manque de confort ou la difficulté de prise en main ». Problème que l’entreprise n’a pas rencontré avec la veste Skinetic qui est quant-a-elle facilement industrialisable ! Équipée de 20 moteurs vibrotactiles à bobine vocale, qui lui permettent de reproduire une gamme riche et infinie de sensations, la veste procure des vibrations différenciées les unes des autres, offrant ainsi des effets localisés sur tout le torse.  

« Une fois immergé dans le métavers, avec cette veste sur le dos, vous allez ressentir tout ce qui se passe autour de vous. Une main posée sur votre épaule, le souffle du vent, un frissonnement. On peut aussi vous donner l’impression que lorsque vous touchez une matière vous vous enfoncez dedans, alors qu’en réalité il n’en est rien ». Pour ce faire, la deeptech a créé un système de contrôle qui localise la zone du corps sur laquelle on souhaite exercer une sensation. Une fois la ou les parties sélectionnées, l’utilisateur peut composer la sensation qu’il souhaite via une librairie d’effets réels et synthétiques. « Vous voyez un peu les bibliothèques d’effets sonores dans le secteur du cinéma, et bien notre interface c’est la même chose, mais avec le toucher !».  

« Demain, un simple flacon de parfum pourra transmettre une émotion en imitant les vagues ou le tonnerre par exemple » 

Si l’univers des jeux vidéo semble prédisposé à cette innovation, la technologie d’Actronika peut s’intégrer à une multitude d'appareils tels que les smartphones, pour améliorer l'expérience utilisateur, ou les écrans tactiles des véhicules, pour réduire la distraction pendant la conduite. L’automobile est l’un des secteurs les plus prometteur et demandeur en termes d’haptique. « Aujourd’hui, on cherche de plus en plus à redesigner les intérieurs dans la perspective de la voiture autonome. Les boutons vont être progressivement remplacés par des surfaces intelligentes et des écrans. De plus, si à terme nous n’aurons plus besoin de conduire une voiture pour qu’elle roule, il va bien falloir occuper les passagers ! Même les sièges seront bientôt capables de vibrer lorsqu'un véhicule se trouvera dans l'angle mort du conducteur par exemple ». Des sujets que l’on retrouve également dans le secteur aéronautique et notamment dans les recherches menées autour de l’ergonomie des sièges business class pour les longs courriers.   

Le deuxième secteur porteur pour Actronika est celui du bien-être. Une verticale très large qui va de la cohérence cardiaque au plaisir sexuel en passant par l’accessibilité pour les malentendants (via la conduction osseuse). Enfin, c’est sans surprise le secteur de la réalité virtuelle, notamment dans le luxe et le retail, qui est de plus en plus sensible à la technologie de la deeptech française. « Demain, un simple flacon de parfum pourra transmettre une émotion en imitant les vagues ou le tonnerre par exemple ». Quant aux secteurs de l’armée et l’aérospatial, ils sont également dans le viseur de la deeptech !  
D’ici 2023, Actronika ambitionne donc d’industrialiser sa veste Skinetic, qui sera conçue et fabriquée en France. « L’haptique nous permet de toucher du doigt le futur ! », se réjouit l’entrepreneur.   

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Mélanie Bruxer

Rédactrice web