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Sobriété numérique des entreprises: définition, bonnes pratiques, exemples

  • Temps de lecture: 5 - 6 min
sobriété numérique
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A l'heure de la transition numérique, synonyme d'accroissement exponentiel de l'équipement numérique des entreprises françaises, le concept de sobriété numérique vise à maîtriser transition numérique et impact environnemental du monde professionnel.

Le numérique en entreprise est un élément qu’il est aujourd’hui impensable de contourner. Mais comment faire en sorte que digitalisation rime avec maîtrise des GES lorsque l'on a l’ambition de contrôler l’impact environnemental de son entreprise ? La réponse se trouve dans la sobriété numérique. De quoi s’agit-il ? Comment en adopter les principes en entreprise ? Big média vous propose ce guide pour mieux connaître ce concept et trouver des exemples concrets à mettre en œuvre.

La sobriété numérique : c'est quoi ?

S’il fallait donner une définition brève à la sobriété numérique, on pourrait dire qu’il s’agit d’un changement d’usage en profondeur des outils digitaux permettant, d’une part, de modérer les consommations numériques au strict nécessaire, et d’autre part, de tenter d’éliminer les productions et usages superflus. Ainsi, on essaie en parallèle d’acheter moins d’appareils numériques, de réparer au lieu de jeter et de réduire le temps d’écran compulsif. 

Ce concept de sobriété numérique, porté par Frédéric Bordage, fondateur du Shift project et Green IT, peut servir de tremplin à une démarche d’entreprise responsable. Il peut, à ce titre, être inclus dans une politique RSE visant la transition écologique et énergétique de l’entreprise.

Pourquoi mettre en place une politique de sobriété numérique ?

Le numérique est aujourd’hui présent dans toutes les sphères de la vie, qu’elle soit privée ou professionnelle, et le nombre d’appareils digitaux que nous utilisons chaque jour a explosé.

Face à cette croissance exponentielle du numérique et de ses impacts environnementaux et sociaux, la sobriété numérique appelle au contraire à la pondération. Elle a ainsi pour vocation de minimiser les incidences du numérique sur le climat via la réduction des usages superflus et l’adoption de bonnes pratiques, dans une logique de transition écologique et de transition énergétique.

Qu'est-ce qui pollue dans le numérique?

La sobriété énergétique numérique apporte en partie une réponse à l’impact environnemental du numérique et à la pollution numérique.

Il faut en effet savoir que l’essor constant du secteur du numérique a deux conséquences néfastes sur l’environnement. Il provoque d’abord une explosion de la consommation d’énergie. Or, l’énergie verte ne peut pas suffire à l’explosion de ces usages. Le recours aux énergies fossiles à forte émission de GES est donc nécessaire et présente un impact non négligeable sur le changement climatique. Le développement du numérique a, par ailleurs, une incidence sur les ressources naturelles, notamment au moment de la conception des éléments. La production d’équipements numériques, même ceux faisant partie des technologies énergétiques bas-carbone telles que les éoliennes ou les batteries, nécessite des quantités croissantes de ressources naturelles, telles que l’eau ou les métaux rares.

En parallèle, il est important de noter que la réduction de la consommation énergétique du numérique n’a jamais été prise en compte dans le développement des nouvelles technologies. La 5G, par exemple, incite les utilisateurs à utiliser plus de données. Elle donne ainsi lieu à une amplification de l’utilisation des réseaux et donc à une augmentation de la consommation énergétique des serveurs. C’est une des raisons pour lesquelles la part du numérique dans la pollution mondiale, c’est-à-dire dans les émissions de gaz à effet de serre (GES), s’élève aujourd’hui à 4%.

Quels objectifs la sobriété numérique vise-t-elle ?

En France, la loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique) du 15 novembre 2021, porte les objectifs de la sobriété numérique. Ce cadre juridique, dont la volonté finale est d’imposer la sobriété numérique comme un levier de la transition écologique du pays, a pour but de réduire l’empreinte environnementale du secteur du numérique en promouvant la sobriété au sein des collectivités territoriales et de la fonction publique, des entreprises privées et auprès des particuliers.

Pour réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, la loi prévoit cinq axes : 

  • faire prendre conscience de l’impact environnemental du numérique ;
  • limiter le renouvellement des appareils numériques ;
  • favoriser des usages numériques écologiquement vertueux ;
  • promouvoir des datacenters et des réseaux moins énergivores ;
  • promouvoir une stratégie numérique responsable dans les territoires.

5 bonnes pratiques pour atteindre la sobriété numérique en entreprise 

Si de nombreux matériels informatiques sont nécessaires au bon fonctionnement d’une activité aujourd’hui, un panel d’actions concrètes issues des préceptes de la sobriété numérique peut parallèlement aider les entreprises à maîtriser leur trajectoire carbone. Un rapport de la Cigref (réseau de grandes entreprises), en partenariat avec The Shift Project, propose un référentiel de bonnes pratiques dans le milieu de l’entreprise, compatible avec un objectif de neutralité carbone d’ici 2050

Comment, alors, tendre vers la sobriété numérique ? Voici des exemples concrets et des bonnes pratiques pour mettre en place un plan de sobriété numérique à l’échelle d’une entreprise.

1. Réaliser le bilan carbone de votre entreprise 

Pour connaître précisément l’impact du numérique de l’entreprise, il est nécessaire de commencer par réaliser un état des lieux appelé bilan carbone. Cet audit relève, poste par poste, le taux d’émissions de gaz à effet de serre et livre des clés pour agir autrement et tendre vers la neutralité carbone.

Bon à savoir : Obligation de réaliser un bilan carbone pour les entreprises: 
les entreprises de plus de 500 salariés ;
les entreprises de plus de 250 salariés pour les entreprises situées dans les départements d’outre-mer ;
les établissements publics de plus de 250 personnes ;
les collectivités territoriales de plus de 50 000 habitants ;
les services de l’État.

 

A lire aussi : Décarbonation en entreprise : définition, avantages, enjeux

2. Limiter la consommation électrique et énergétique des équipements informatiques

Avant d’adopter une innovation technologique, il est important de vérifier en amont sa consommation énergétique. L’objectif est de s’assurer qu’elle est cohérente avec la réduction de l’impact énergétique de l’entreprise et la réduction de son empreinte carbone

Pour cela, il est conseillé d’analyser le coût énergétique de la phase de production de l’objet connecté ainsi que la consommation à l’usage. 

Ainsi, les entreprises pourront privilégier le Wifi à la 4G / 5G, utiliser les téléphones et les ordinateurs sous le mode économie d’énergie, vérifier que la géolocalisation et les notifications en arrière-plan sont désactivées, penser à éteindre les appareils électriques en partant. Parallèlement, il est important de vérifier que les données produites par l’activité sont hébergées dans des data centers minimisant leur pollution et dont l’impact environnemental est maîtrisé. Leur système de refroidissement ainsi que l’électricité nécessaire au stockage des données dans les serveurs sont, en effet, énergivores. 

Pour faciliter la démarche, le Shift Project met en accès libre le Smart Technologies Energy Relevance Model.

3. Prolonger la durée de vie des appareils numériques

Pour atteindre la sobriété énergétique, il est également essentiel de veiller à limiter l’utilisation d’appareils numériques fabriqués à partir de matières premières et/ou de ressources naturelles non renouvelables.

Il est ainsi préférable de privilégier l’écoconception, qui intègre ce paramètre tout au long du cycle de vie de l’appareil. La fabrication implique un minimum de ressources et matériaux non renouvelables, lesquels sont choisis en fonction de leur impact sur l’environnement restreint. De plus, le processus de fabrication est pensé pour augmenter la durée de vie des matériaux (optimisation possible, solidité) afin de limiter les déchets. Les labels EPEAR (Electronic Product Environmental Assessment Tool) ou TCO Certified sont de bons indicateurs en la matière. L’indice de réparabilité, exigé par la loi AGEC et depuis le 1er janvier 2021, est également un critère de sélection à ne pas négliger.

Profiter des bienfaits de l’économie circulaire est un autre axe de développement pour une stratégie de sobriété énergétique. Choisir du matériel reconditionné plutôt que neuf, faire un don à une association, recycler son matériel usagé ou le vendre en seconde main participe aussi bien à la réduction des déchets électroniques qu’à la prolongation de la durée de vie des appareils digitaux.

D’autres options sont également à explorer pour prolonger la durabilité des appareils numériques : 

  • éviter de renouveler trop fréquemment les équipements, surtout s’ils fonctionnent encore ou sont réparables ; 
  • protéger l’équipement actuel (coques, housses) ; 
  • Contracter des extensions de garantie.

4. Former les parties prenantes de l'entreprise à la sobriété numérique

La sobriété numérique passe par des écogestes quotidiens, qui demandent que les collaborateurs soient pleinement acteurs. Aussi, il est indispensable de former les salariés, de manière à ce qu’ils prennent conscience de l’enjeu, tendent vers un changement de comportement et, in fine, apportent leur pierre à l’effort collectif. 

Le label Numérique Responsable (NR), créé par l’Agence Lucie en partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable (INR), soutenu par l’ADEME, les pouvoirs publics et WWF, fournit une aide dans ce sens.

5. Verdir les usages numériques des collaborateurs de l'entreprise

Une fois les collaborateurs sensibilisés, une charte informatique de l’entreprise peut être élaborée collectivement, de manière à diffuser les bonnes pratiques en matière d’impression, de logiciels et de consommation d’énergie.

Voici, recensées dans un tableau, des idées concrètes qui peuvent y être mentionnées.

 

Bonnes pratiques des entreprises en matière de sobriété numérique

Impression

Une police d’impression par défaut sobre et économe en encre

Un paramétrage d’impression en N&B, recto-verso 

Des cartouches d’encre éco-labellisées

Consommation

Un système de partage de documents

Un tri des e-mails 

Un nombre de destinataires limités à ceux réellement concernés 

Un poids de pièces jointes limité 

Une mise en favoris des sites fréquemment visités 

Un minimum d’onglets ouverts 

Une suppression des historiques de navigation et des cookies 

Une suppression des dossiers et fichiers inutiles

Logiciels

Une mise à jour régulière du système d’exploitation 

Une suppression des logiciels inutilisés 

Une mise à jour des logiciels lorsque cela est indispensable

 

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Il est également intéressant de les inciter à pousser cette prise de conscience dans leur sphère privée. Avec la loi AGEC, qui impose aux opérateurs mobiles et aux fournisseurs d’accès à Internet d’indiquer la quantité de CO2 émise par l’usage numérique de chaque client, il est possible de mieux se rendre compte de l’incidence de leurs usages personnels. 

Pour aller plus loin, l’ADEME a produit un livre "En route vers la sobriété numérique". Cette note de synthèse est une ressource fiable pour atteindre la sobriété numérique en entreprise.

Sources : 
Climat : l'insoutenable usage de la vidéo en ligne » : le nouveau rapport du Shift sur l'impact environnemental du numérique 
Dossier de presse du gouvernement dans le cadre de France 2030 : Stratégie d’accélération Numérique écoresponsable 
En route vers la sobriété numérique (ecologie.gouv.fr)
10 gestes de sobriété numérique pour tous - La librairie ADEME