Ryann Dubois, 15 ans, a créé une innovation permettant de rendre les entreprises plus inclusives

Porteur de troubles d’apprentissage « dys » tels que la dyslexie, Ryann Dubois est à l’origine du Keydys. Une innovation qu’il a imaginée à l’âge de 15 ans, destinée à faciliter le quotidien des personnes porteuses du même trouble que lui. Rencontre. 

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R2DTooldys

« Après plusieurs examens réalisés avec des spécialistes, j’ai été diagnostiqué ‘dys’, ce qui signifie que je porte plusieurs troubles d’apprentissage », partage Ryann Dubois. Peu de temps après ce constat, l’étudiant bénéficie d’un ordinateur et de séances avec un ergothérapeute pour apprendre à maitriser l’utilisation du clavier. « Ces séances ont fait germer dans mon esprit l’idée de créer une solution spécialisée pour les autres personnes souffrant de mon trouble », ajoute le fondateur de R2Dtooldys. En parallèle de son projet entrepreneurial, Ryann Dubois est diplômé d’un baccalauréat STI2D, sciences et technologies de l'industrie et du développement durable, et se lance dans un double cursus notamment à l’ENSIBS (Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Bretagne Sud). Pour Big média, il revient sur son parcours et la création de son entreprise.  

Big média : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer votre entreprise R2Dtooldys ? 

Ryann Dubois : Etant moi-même ‘dys’, j’ai eu besoin d’un outil pour m’aider au quotidien, notamment à l’école. J’ai cherché sur internet mais je n’ai rien trouvé qui me convenait. J’ai décidé de créer ma propre solution, le Keydys, un outil coloré permettant de faciliter l’utilisation du clavier. Il a tout de suite eu du succès et il m’a fallu monter très vite mon entreprise, R2Dtooldys, pour pouvoir le commercialiser. Cependant, lorsque j’ai créé la solution, je n’avais que 15 ans. Or, en France, il faut avoir 16 ans pour pouvoir créer une société. J’ai donc dû attendre le jour de mon seizième anniversaire pour lancer mon activité.  

BM : Quelles sont les valeurs que véhicule votre entreprise ? 

RD : R2Dtooldys est une entreprise RSE avec des valeurs fortes de partage, d’inclusion et d’équité. Mon but est d’aider les personnes dys, et notamment les enfants à montrer leurs vraies capacités, à garder toute leur confiance ou à la reconquérir. Pour rappel, les handicaps invisibles représentent la majeure partie d’entre eux. Or, ils peuvent être source de très grande fatigue au quotidien. Mon objectif est également de faire changer les regards et les mentalités sur les troubles dys. Nous sommes différents mais la diversité est une richesse. Nos difficultés nous amènent à être créatifs et pugnaces pour trouver des solutions. C’est également ce qui m’a amené à donner naissance à mon projet.  

Passer de la commercialisation au particulier à des projets d’envergure 

BM : Par qui avez-vous été accompagné pour monter votre projet ? 

RD : Au début, j’ai rencontré deux organisations qui m’ont aidé : le technopôle de Saint Brieuc et le réseau Initiative Armor. Cette dernière m’accompagne encore et mon mentor n’est autre que Michel Lerat, le président du réseau d’accompagnement Initiative Armor. J’ai reçu dans un premier temps des aides financières et j’ai eu l’occasion de rencontrer les professionnels dont j’avais besoin pour lancer mon projet tels que des cabinets d’avocat et d’expertise comptable.  

J’ai également été parrainé par la Fondation Boulanger qui a mis à ma disposition le matériel informatique nécessaire à la création de mes kits car les premiers étaient fabriqués à la main chez moi. Puis, le Groupe Boulanger a mis en place un pool d’experts qui m’a aidé à industrialiser ma solution. J'ai aussi pu être mis en relation avec la société qui fabrique aujourd’hui le Keydys. Le groupe a par la suite accepté de distribuer mon innovation dans les magasins Boulanger car je tenais à ce qu’il soit facilement accessible à toutes les familles. 

BM : Justement, où en êtes-vous concernant la commercialisation du Keydys ? 

RD : Aujourd’hui, le Keydys est distribué en France, dans plus de cent magasins Boulanger, une dizaine de commerces Bureau Vallée, et tout autant de IO Bureau. Depuis quelques jours, on peut le retrouver dans les magasins et le réseau SavoirsPlus. En ce qui concerne la distribution à l’étranger, le clavier est distribué en Suisse depuis près de trois ans par la société Gobiz. Plus globalement, pour la France comme pour l’étranger, les personnes qui le désirent peuvent se procurer les 24 versions différentes de la solution sur le site internet car nous livrons déjà plus d’une dizaine de pays à travers le monde. 

BM : Certains dirigeants ont à cœur de rendre leur entreprise plus inclusive. Représentent-elles une cible de R2DTooldys ? 

RD : Oui, par exemple lors des Victoires de la Bretagne (récompenses bretonnes décernées chaque année depuis 2014 à des personnes ayant marqué le territoire par leurs actions, NDLR) en décembre 2023, j’ai eu l’occasion de discuter avec M. Philippe Rouxel, directeur général du Crédit Mutuel Arkéa. De cet échange a germé l’idée de l’opération mise en place, il y a 3 semaines, consistant à équiper toutes les écoles et les collèges de Bretagne de Keydys grâce à une action de mécénat du fonds. Ils ont même décidé d’aller plus loin en mettant en place des outils comme la solution Keydys afin d’aider les collaborateurs porteurs de troubles ‘dys’. J’ai, aussi, pu échanger avec des responsables inclusion et/ou ressources humaines de plusieurs grandes entreprises, comme Pierre Escaich, le Neurodiversity Talent Program Director d’Ubisoft ou encore Philippe Trotin, qui est l’Accessibility Lead de Microsoft France.  

L’accompagnement : une priorité lorsque l’on se lance dans l’entrepreneuriat  

BM : Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans le cadre de la création et la commercialisation de R2DTooldys ?  

RD : Mon plus gros problème a été mon âge. Il a fallu trouver des cabinets d’expertise comptable et d’avocats, une banque ainsi que des aides financières. Heureusement, mes parents ont cru en moi et m’ont soutenu dans ces démarches car tout est compliqué. Etant également professeurs d’éco-gestion, ils ont donc pu m’aider dès le début de l’aventure à me créer un réseau, très utile lorsque l’on se lance dans l’entrepreneuriat. Mais comme je l’ai évoqué, j’ai aussi rencontré deux organisations qui m’ont accompagné : le réseau Initiative Armor et le technopôle de Saint Brieuc. Ces dernières m’ont permis de rencontrer les bons interlocuteurs tant au niveau juridique que comptable. Elles ont aussi permis, grâce à leur expertise, de rassurer certains organismes bancaires sur la viabilité de mon entreprise et sa capacité à se pérenniser. 

Une fois les bons partenaires trouvés, il faut écouter, poser des questions et petit à petit, on s’améliore et on assimile les différentes connaissances nécessaires pour faire ce métier d’entrepreneur. Après bientôt trois ans, ce que je peux dire c’est que l’entrepreneuriat s’apprend sur le terrain jour après jour.  

BM : Comment gérez-vous vos études et le développement de votre projet en parallèle ? 

RD : C’est compliqué depuis le début car j’étais encore au lycée quand j’ai créé R2Dtooldys. Aujourd’hui, je suis un double cursus en IUT informatique et à l’ENSIBS de Vannes et mes semaines sont donc déjà bien chargées. A cela s’ajoute évidemment mes missions d’entrepreneur. Il a fallu s’organiser, j’ai mis en place des outils pour suivre mon entreprise à distance et profiter de mon temps libre pour travailler. Mais j’ai surtout mes parents qui m’aident pour le quotidien notamment sur les sujets de l’administration et de la logistique.  

Je mets tout de même un point d’honneur à réserver du temps pour ma vie personnelle. Il est très important pour moi de ne pas toujours être la tête dans les études ou dans l’entreprise. J’ai de très bons amis avec qui je passe beaucoup de temps et dont la plupart ignorent encore que j’ai une double vie…  

Julie Lepretre

Julie Lepretre

Rédactrice web