Nourrir l'humanité : comment construire des systèmes alimentaires durables et naturels ?

[TRIBUNE EXCELLENCE] Dans cette tribune accordée à Clément Ray, le CEO de Innovafeed, une entreprise spécialisée dans les ingrédients dérivés d’insectes à destination de la nutrition animale, nous expose son point de vue sur les enjeux de nutrition de l’humanité et la nécessité de développer une industrie nouvelle, centrée sur le rôle des insectes dans la nature.

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Bastien Oggeri, Aude Guo, Clément Ray, cofondateurs d'Innovafeed
Bastien Oggeri, Aude Guo, Clément Ray, cofondateurs d'Innovafeed

Aujourd'hui, notre système alimentaire est confronté à deux défis majeurs : un déficit mondial de protéines estimé à 60 millions de tonnes d’ici 2030 et une contribution significative aux émissions de CO2 ainsi qu’à la perte de biodiversité. Innovafeed s’est donnée pour mission de répondre à ces grands défis : nous nous inspirons de la nature en intégrant des insectes dans notre système alimentaire. Effectivement, les insectes jouent un rôle crucial dans la circularité de notre écosystème. Ils transforment les déchets en sol, puis sont consommés par les poissons, oiseaux ou petits mammifères. En favorisant cette circularité, nous avons la possibilité de réduire l'empreinte écologique de notre système alimentaire et nous nourrir de manière durable. 

Pour concrétiser cette vision, la construction du système de production le plus performant a été une obsession. Cette performance est un prérequis pour occuper une place à grande échelle dans notre système alimentaire, et cette grande échelle est elle-même un prérequis pour que la solution développée ait un véritable impact.

 

Usine Innovafeed à Nesle @Innovafeed
Usine Innovafeed à Nesle @Innovafeed

 

Le défi du scale-up pour les startups industrielles

Innovafeed, comme toute start-up industrielle, a traversé trois étapes de développement. La première, la phase laboratoire, vise à confirmer la faisabilité technique à une échelle limitée de quelques kilogrammes et à affiner le modèle sur la base des conclusions de ces premiers tests ; s’ensuit la phase pilote, faisant office de preuve de concept pour démontrer à une échelle semi-industrielle la robustesse des technologies et confirmer l’intérêt commercial ; pour finir par la phase commerciale, via le déploiement à l’échelle d’une usine « First Of A Kind » qui vise à démontrer la performance économique du modèle et sa réplicabilité. 

Ainsi, le chemin qui mène à une production à échelle commerciale est long. De plus, au cours de ce chemin, un ensemble de défis de différents ordres sont à relever :
-    financiers, pour s’assurer d’avoir des ressources stables et adaptées en vue de traverser les différentes phases de développement ;
-    réglementaires, afin de définir un cadre pour cette nouvelle industrie et ses flux ; 
-    commerciaux, afin de sécuriser des volumes suffisants pour justifier de la construction d’une usine à cette échelle ; 
-    collaboratifs, afin de mettre en place des modèles d’affaires innovants en amont et en aval de la chaîne de valeur
-    technologiques et industriels, afin de produire avec efficience et en quantité stable les volumes nécessaires.

Bien que long et complexe, ce chemin est nécessaire pour avoir le niveau d’impact attendu sur les différentes composantes du modèle : transition écologique, décarbonation, nouveaux emplois, création de valeur pérenne.

Analyse au microscope @Innovafeed
Analyse au microscope @Innovafeed
Salariée Innovafeed au processing @Innovafeed
Salariée Innovafeed au processing @Innovafeed

 

Les leviers pour accélérer l'émergence de ces nouvelles filières industrielles

L'écosystème joue un rôle crucial pour soutenir les startups à travers ces défis.

Tout d’abord, sur l’aspect réglementaire, des dispositifs existent, comme France Expérimentation, qui permet de lever les blocages réglementaires via la mise en place d’une phase expérimentale ou la modification du cadre juridique. Des dispositifs similaires à l’échelle européenne seraient pertinents pour aider au déblocage des normes établies à ce niveau. 

Puis, dans la création de nouveaux modèles d’affaires, pour lesquels des mécanismes d’accompagnement à la maturation de ces modèles permettent d’inciter à leur mise en place (e.g. tarifs de rachat dans la méthanisation ou le solaire). Ces mécanismes, déjà existants sur certains secteurs, gagneraient à être élargis à l’ensemble des industries innovantes vertes.  

Pour finir, un financement adapté à chaque étape de la démonstration est nécessaire. Tout d’abord, lors des deux premières étapes de développement, la taille encore limitée des structures leur permet de pouvoir bénéficier de dispositifs d’accès au financement et de réduction d’impôts efficaces comme le propose France 2030, le Crédit Impôts Recherche, ou le Jeune Entreprise Innovante. Cependant le passage à l’échelle commerciale via l’usine FOAK (First Of A Kind) implique une forte croissance des effectifs qui fait passer la scale-up industrielle au-delà de certains seuils limitant l’accès aux aides publiques, alors même que c’est à cette étape que le modèle a le plus besoin d’aide pour poursuivre la création d’emplois et ses investissements dans l’innovation. Cet effet de seuil, notamment au-delà de 250 salariés, prive la scale-up d’accès à des dispositifs de subventions spécifiques aux phases de start-up (e.g. première usine pilote) tandis que les financements classiques se focalisent quant à eux sur des entreprises ayant déjà atteint leur seuil de rentabilité. Des crédits d’impôts nouveaux et efficaces type C3IV sont mis en place sur certaines industries vertes dont la nature d’activité implique un niveau de rentabilité à long terme (e.g. batteries). 

Ce type de nouveau mécanisme est clé pour assurer la réindustrialisation verte française et pérenniser ces filières innovantes comme celle de l’insecte pour laquelle la France fait office de référence.

 

Clément Ray, CTO de Innovafeed 
 

 

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