Les Légumes d’à côté : un lauréat de Talents des Cités qui a la patate

La 23e édition de Talents des Cités, le concours qui valorise les entrepreneurs des quartiers prioritaires de la ville (QPV), vient de s’ouvrir. A cette occasion, Big média a croisé la route de Soheib Haddad, co-fondateur des Légumes d’à côté, lauréat 2023 du Prix Secrétariat d’Etat chargé de la Citoyenneté et de la Ville. Leur projet ? Une légumerie sociale et solidaire profitant à la fois aux agriculteurs, aux restaurateurs et aux collectivités. Un bel exemple de créativité entrepreneuriale. 

Sohieb Haddad et El Hocine Ali Rachedi, co-fondateurs des Légumes d'à côté, lors de la cérémonie de remise des prix de Talents des Cités 2023

Sohieb Haddad et El Hocine Ali Rachedi, originaires de Mulhouse (Haut-Rhin), se connaissent depuis l’adolescence. Tous deux sportifs – l’un en tennis, l’autre en athlétisme – ils font leur classe ensemble en sport-études. Mais leurs parcours respectifs les conduisent dans des directions sensiblement différentes : tandis que son futur associé suit un parcours scolaire en école de commerce avant d’entrer dans le monde de la finance, Sohieb Haddad travaille quant à lui dans la restauration. « C'est là que j'ai rencontré les problématiques d'approvisionnement des légumes. J'avais constaté une grosse incohérence au niveau de la provenance de ces derniers, qu'on produisait pourtant localement », confie-t-il. Les deux amis, qui ne se sont jamais vraiment perdus de vue, échangent alors sur le sujet. « On a partagé nos problématiques et c'est à ce moment-là qu’on a eu l'idée de l'entrepreneuriat. »  

Une solution en économie circulaire répondant à des problèmes concrets 

La start-up ne produit pas elle-même les légumes, mais les récupère chez les agriculteurs avant d’effectuer la découpe dans ses locaux et de les conditionner sous vide afin de conserver un maximum de fraîcheur. Un travail fastidieux et de longue haleine que Les Légumes d’à côté épargne ainsi au restaurateur. « Notre service est plutôt simple, mais il a un très gros impact sur l'environnement local », note l’entrepreneur. Grâce à sa solution en économie circulaire, la jeune pousse entend répondre à des problématiques variées telles que le manque de personnel pour les tâches à faible valeur ajoutée (comme la découpe, donc), le conditionnement des légumes ou le prix des matières premières et du transport. « On considère qu'il y a encore de la place sur le marché parce que les mentalités ne sont pas encore toutes tournées vers le local », relève Sohieb Haddad. Grâce à ses prix attractifs négociés auprès des agriculteurs, les restaurateurs n’hésitent pas à se tourner vers la légumerie. « On souhaite également proposer des légumes transformés qui n'existent pas encore et que nos concurrents ne proposent pas », ajoute-t-il.  

Aller sur le terrain pour embarquer les maraîchers vers une alimentation durable et solidaire 

Cela fait donc un peu plus de trois ans qu’est née l’idée de cette légumerie artisanale « au service du territoire et qui permet de transformer en quatrième gamme, c’est-à-dire en prêt à cuire, des légumes issus de la production locale des agriculteurs », détaille le co-fondateur des Légumes d’à côté. Cantines scolaires, hôpitaux, restauration traditionnelle et rapide, la start-up fournit des acteurs éminemment locaux. Mais celle-ci ne s’est pas construite en un jour. « Ça a pris du temps de créer la société, concède Sohieb Haddad. Il y a eu d'abord un premier travail où il a fallu rencontrer tout ce monde-là, les acteurs de l'agriculture, de la restauration », mais également les politiques, concernés par les enjeux d’un accès à une alimentation saine, locale et durable.  

« Au début, c'était assez difficile, reconnaît l’entrepreneur. Les agriculteurs ont affaire à beaucoup de monde qui leur promettent de belles choses. Ils ne se sont pas prononcés tout de suite, il a d’abord fallu créer un rapport de confiance. » Les deux associés se rendent pour cela sur les terres agricoles, dans les fermes, au contact de leurs potentiels fournisseurs. « On avait l'envie commune d’un projet qui a du sens, qui ne répond pas uniquement à des problématiques financières mais surtout sociales. » En valorisant des légumes hors calibre, par exemple, la start-up répond à la fois à l’éventuel surplus de production et réduit le gaspillage alimentaire. « On est en 100% local. Ça casse complètement l'ancien système », soutient-il ouvertement.

Les défis à relever pour Les Légumes d’à côté 

Poursuivant son activité à l’échelle du département (qu’elle ne comble pas encore totalement du fait de ses ressources limitées), la jeune pousse entend bien élargir ses activités au niveau régional. Mais tout en prenant soin de préserver son modèle. « L’idée n’est pas tant de servir la France entière, mais plutôt de reproduire, par un système de franchises, des légumeries dans les villes et les départements qui en ont besoin, défend Sohied Haddad, et donc de reproduire avec les agriculteurs de ces régions-là le même système, pour que ça ait le même impact partout. » Ce changement d’échelle passera notamment par l’acquisition d’une première ligne de production, attendue de pied ferme par les créateurs de la start-up. « C’est notre projet depuis le début. La ligne, qu’on prévoit d’acquérir d’ici l’été, va nous permettre de multiplier par 10 notre capacité de production, poursuit-il. On va pouvoir répondre à des marchés en attente et entrer dans une autre sphère, où l’on va pouvoir produire et servir beaucoup plus. A nous donc de multiplier nos transformations et d’élargir notre gamme de produits pour pouvoir approvisionner le maximum de clients et concrétiser sur le long terme. » 

Concours Talents des Cités : un tremplin pour des startups émergentes 

En 2022, les deux associés atteignent la finale régionale de Talents des Cités, organisé dans le cadre du programme Entrepreneuriats Quartiers 2030. Chaque année, le concours distingue une trentaine de lauréats, dont six se voient décerner les prix nationaux. Sohied Haddad et El Hocine Ali Rachedi réitèrent ainsi l’aventure en 2023 et décrochent le Prix du Secrétariat d’Etat chargé de la citoyenneté et de la ville. « Ça a été une très grande victoire pour nous, confie le co-fondateur des Légumes d’à côté. Ça nous a permis de gagner en crédibilité. On est tout de suite devenus beaucoup plus légitimes auprès de nos fournisseurs et de nos clients. Un rapport de confiance et un professionnalisme se sont mis en place. » Le concours leur offre alors une visibilité médiatique qui participe à leur rayonnement. « Des clients nous ont appelé, on a été tout de suite considéré comme des professionnels, là où quelques mois auparavant on avait un peu plus de difficultés. » Un distributeur prend également contact avec eux, permettant à la start-up de toucher entre autres de plus en plus d’écoles. 

C’est à travers le dispositif CitésLab – Révélateurs de Talents, dont l’objectif est de détecter, préparer et orienter les entrepreneurs en devenir ou en activité des quartiers prioritaires de la ville (QPV), que les deux amis ont découvert Talents des Cités. Ces derniers sont alors accompagnés dans leur ville par la chef de projet Fatima El Hassouni. « Elle a vraiment mis en lumière notre projet. Elle est très connue là-bas, elle a parlé de nous à tout son réseau », raconte le PDG de la start-up. Au-delà du concours, la chef de projet aide également les deux associés à « pitcher » leur idée d’entreprise et leur permet de trouver un local, qu’ils occupent encore à ce jour, au sein de la Pep’s – pépinière d’entreprise située à Colmar (Haut-Rhin) et opérée par le réseau d’accompagnement BGE Alsace-Lorraine.  

Les conseils d’un lauréat aux jeunes entrepreneurs issus des QPV 

Une détermination sans faille que l’on décèle sans mal dans les conseils que l’entrepreneur mulhousien n’hésite pas à adresser aujourd’hui aux jeunes créateurs qu’il rencontre. « Tous les jours, je vois des jeunes issus des quartiers qui ont des idées encore plus intéressantes que Les Légumes d'à côté, mais qui ont beaucoup de mal à passer le pas, confie-t-il. Si je devais leur donner un conseil, c'est de persévérer et de toujours maintenir l'idée, de ne pas lâcher. » Pour cela, Soheib Haddad préconise par exemple de mener une action par jour minimum consacrée à son projet, mais également d’aller à la rencontre des organismes d’accompagnement mis en place, à l’instar de CitéLabs, lesquels sont à même de « challenger » les jeunes entrepreneurs. « Avec le temps, il peut y avoir d'autres opportunités, on peut perdre en confiance ou ne plus y croire face aux obstacles qu'on rencontre. » Mais surtout, martèle-t-il, il faut garder son idée en tête et « effectuer à chaque fois une action qui permet de la faire grandir. »  

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Felix Tardieu

Felix Tardieu

Rédacteur Web