Georges-Olivier Reymond : "Pasqal en tant qu’entreprise française, a tous les atouts pour se démarquer et faire face aux 'grands' américains"

Pasqal est une entreprise française qui a mis au point un ordinateur quantique à atomes neutres. Au-delà de la technologie de pointe qu’elle a créée, l’entreprise répond à de réels besoins de marché en France et à l’international.

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Georges-Olivier REYMOND

Big média : Comment le développement de l’informatique quantique par Pasqal peut-il contribuer à renforcer la souveraineté technologique et économique de la France dans le contexte international actuel ?

Georges-Olivier Reymond : L’ordinateur quantique, il y a ceux qui l’auront, et ceux qui ne l’auront pas. Dans un contexte mondial de besoins exponentiels de puissance de calcul, c’est une technologie de calcul au potentiel de puissance sans équivalent. On parle beaucoup d’IA. Mais pour que celle-ci fonctionne, on a besoin de calculateurs puissants qui soient capables d’entraîner des modèles de plus en plus complexes. Aujourd’hui, les outils qui sont utilisés sur le marché sont principalement américains. L’ordinateur quantique ne va pas remplacer les supercalculateurs classiques, mais va jouer un rôle crucial sur des problématiques spécifiques. Pasqal en tant qu’entreprise française, a tous les atouts pour se démarquer et faire face aux “grands” américains. Grâce à cela, nous pouvons reprendre de la souveraineté dans ce domaine extrêmement technologique. La France dispose d’un écosystème de très haut niveau en termes de recherche académique. Nous pouvons développer les processeurs de demain et assurer notre souveraineté dans cette chaîne de valeur.

BM : Dans la course à l’ordinateur quantique, quelles sont les collaborations stratégiques que vous avez établies pour renforcer son positionnement sur le marché mondial ?

G-OR : Nous travaillons en étroite collaboration avec le CNRS et l’Université de Paris-Saclay et son institut d’Optique Graduate School. Construire un ordinateur quantique demande beaucoup de compétences. À ce titre, nous collaborons avec de nombreux acteurs. Pour la partie applicative, nous avons de nombreux partenariats comme Kipu Quantum, Qubit Pharmaceuticals, Multiverse, Cap Gemini qui accompagnent notamment les utilisateurs dans leurs premiers pas. Des entreprises comme Sumitomo ou encore Welinq nous accompagnent sur les composants d’interconnexion des ordinateurs quantiques. Sur la partie hardware, nous travaillons avec plusieurs universités, dont l’université de Chicago et des entreprises comme Kaist (entreprise coréenne). Aujourd’hui, de plus en plus d’organisations publiques comme privées accélèrent leur stratégie quantique. Certains acteurs l’utilisent déjà ou vont prochainement l’utiliser à l’instar d’Aramco, la première entreprise qui a franchi le pas et a choisi d’acquérir son propre ordinateur quantique avec la technologie Pasqal.

BM : Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez dans l’industrie quantique aujourd’hui ?

G-OR : Ils sont nombreux, mais l’un des principaux est la concurrence. Il y a de grands groupes comme IBM, Google ou Microsoft, et des entreprises de tailles plus réduites, qui disposent tous d’équipes très compétentes. Nous naviguons dans un univers où nous devons sprinter sans cesse dans un marathon. C’est une course de vitesse qui s’inscrit dans la durée. Le second, c’est la conquête des talents et les enjeux d’ingénierie. Ce qu’on fait, c’est comme la conquête spatiale dans les années 50, c’est de l’ingénierie poussée à son maximum. Notre domaine est source de motivation, car il est sans limites. Pour les ingénieurs, c’est passionnant. Enfin, on a parlé de souveraineté économique dans le calcul de la performance. Il est aussi important de noter que l’ordinateur quantique répond à de véritables enjeux écologiques et énergétiques. Aujourd’hui, les super ordinateurs soulèvent de plus en plus de problématiques de par leur consommation d’énergie qui est très importante. L’ordinateur quantique de Pasqal, consomme l’équivalent d’une cuisinière électrique, pas plus. Et ça, c’est un avantage considérable face aux défis que je vous citais.

"Pour programmer les ordinateurs quantiques de Pasqal, il n’y a pas besoin d’avoir de diplômes en physique quantique"

BM : Face à une concurrence internationale intense, notamment des États-Unis et de la Chine, comment la France se démarque-t-elle sur le marché mondial ?

G-OR : Nous nous démarquons avant tout grâce à notre technologie différenciante. Notre deuxième axe distinctif, c’est notre stratégie qui met l’accent sur les applications. Certes nos machines sont puissantes mais elles sont surtout performantes car développées pour répondre à des cas d’usage très concrets.

BM : Vous avez lancé les plateformes ‘Quantum Discovery’ et ‘Quantum Community’, comment envisagez-vous qu’elles contribuent à l’évolution de l’écosystème quantique mondial ?

G-OR : Ces outils ont été développés pour faciliter l’adoption de la technologie et sont tous accessibles. Ils sont open source ! C’est ce qui permet, aujourd’hui, de pouvoir affirmer que pour programmer les ordinateurs quantiques de Pasqal, il n’y a pas besoin d’avoir de diplômes en physique quantique ! L’an passé, nous avons effectué un hackathon où 800 étudiants ont utilisé nos outils. Ce type de dispositif nous permet d’étendre le nombre d’utilisateurs, mais aussi de cas d’usage. C’est essentiel pour conforter notre place parmi les leaders.

BM : Quelles sont les prochaines étapes et pouvez-vous nous donner un aperçu des innovations futures que vous envisagez de lancer ?

G-OR : Le rythme de développement de Pasqal a toujours été rapide mais cette année, il s’accélère particulièrement. Nous avons annoncé récemment la vente d’un processeur quantique à la société Aramco. En 2021, nous avions vendu deux machines à des entités publiques en France et en Allemagne. Nous sommes en phase de construction et allons pouvoir livrer la première dans les prochaines semaines, et la seconde dans la foulée. C’est un gros enjeu à court terme pour nous. C’est la première fois que des machines aussi puissantes seront installées et intégrées dans une chaîne de calcul. Nous en sommes très fiers. Ensuite, nous avons des enjeux de développement technologiques : produire plus de qubits pour avoir des ordinateurs plus puissants tout en améliorant la qualité et la fidélité de nos qubits. Enfin, nous attendons une sollicitation client pour une mise en production qui répondrait à un cas d’usage précis. Ce sera pour nous le signe que nous avons franchi une étape décisive et que les industries sont prêtes à adopter notre technologie. Notre ambition a toujours été de générer de la valeur pour nos clients grâce à l’ordinateur quantique. Cela pourrait être possible dès l’année prochaine

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