Bump facilite la recharge électrique des véhicules d’entreprise pour décarboner la mobilité

Convaincu que l’électrification du parc automobile français passera par la transition énergétique des entreprises, François Oudot a co-fondé Bump en 2020. La start-up, qui a récemment conclu un partenariat de 100 millions d’euros avec la Banque des Territoires, a notamment su se démarquer par le fort taux de disponibilité de ses bornes de recharge conçues pour des véhicules électriques, ainsi que son expertise combinée en infrastructure et internet des objets (IoT). Portrait. 

Bump, la start-up qui facilite l'éléctrification des flottes d'entreprise

En France, le transport est ni plus ni moins le premier secteur émetteur de CO2 avec 38 % des émissions du pays. Au vu de l’objectif de neutralité carbone à atteindre d’ici 2050, inscrit dans la loi française à la suite de l’accord de Paris, assurer la transition énergétique du parc roulant français relève de l’évidence.  

Installer des bornes de recharge électrique pour réduire les émissions CO2 

Les véhicules électriques pourraient en effet permettre de réduire les émissions du secteur de 77 %, mais nul n’est sans savoir que le financement d’un véhicule électrique peut s’avérer dissuasif pour les particuliers en comparaison d’un véhicule thermique (selon l’étude 2023 sur l’automobile publiée par le cabinet Deloitte, seuls 9 % des Français interrogés envisagent l’achat d’un véhicule électrique). Or, pour un entrepreneur engagé comme François Oudot, co-fondateur et PDG de Bump, la démocratisation des véhicules électriques ne pourra se faire sans la transition des entreprises vers des flottes de véhicules rechargeables.  

« Le parc automobile français se renouvelle par les entreprises, observe-t-il. 60 % des véhicules neufs sont achetés par elles et constituent, à terme, 20 % du parc roulant total. Pour avoir des engins électriques accessibles sur le marché d'occasion et pour que le particulier s’électrifie, il faut donc que les entreprises s’électrifient. » C’est dans cette logique que ce dernier a développé une solution BtoB de bornes de recharge, clé en main et destinées aux professionnels. « Ma conviction, confie l’entrepreneur, c’est que l'électrification des flottes professionnelles va mener à l'électrification des particuliers et non l’inverse. » 

A l’origine du projet, l’éco-anxiété et la quête d’impact 

Le PDG de Bump n’a pas toujours eu pour projet de créer sa propre entreprise. Ingénieur de formation à CentraleSupélec, François Oudot a passé une bonne partie de sa carrière à se spécialiser dans l’internet des objets (IoT), anciennement appelé Machine-to-Machine. Entre la France et les Etats-Unis, il œuvre pendant plus de dix ans pour des scale-up comme la fintech française Worldline, Sigfox puis la néo-assurance Alan, avant de finalement se lancer dans l’aventure entrepreneuriale avec Bump en 2020. Le déclic ? Un heureux événement. « Il y a dix ans et demi, mon fils est né. J’ai eu envie de travailler sur un sujet lié à la réduction des émissions de CO2 par rapport à une forme d’éco-anxiété que je ressentais, déclare-t-il à Big média. Or j'avais envie d'un projet très concret, avec de l'impact. »  

François Oudot expérimente et tente des choses, à l’instar des steaks végétariens, avant que ne fleurissent des marques désormais reconnues telles qu’HappyVore ou La Vie. Mais le projet n’aboutit pas. « Ça s’est un peu fait de fil en aiguille, du fait de ne pas avoir trouvé de projet et de voir finalement qu'il y avait une opportunité.» Au-delà des immenses défis soulevés par la décarbonation de la mobilité – laquelle constitue le premier poste de gaz à effet de serre dans l’Hexagone et qui devra diminuer de 92 % d'ici 2050 afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 C° –, c’est également du fait de son expérience en IoT que François Oudot décide de se tourner vers les bornes de recharge. « Je savais que c’était faisable. » Système d’authentification des personnes, des actes et du paiement, monitoring de flux, diagnostic à distance… La borne de recharge « est en quelque sorte une prise connectée, concède-t-il, mais en beaucoup plus compliquée (…) c’est, au fond, un condensé des dix voire vingt dernières années d’IoT ». A l’inverse, son associé, François Paradis, vient plutôt du secteur de l’infrastructure. « On se complète bien là-dessus », note le PDG.  

Bump, une start-up innovante dans le secteur de la recharge électrique   

Opérant principalement en BtoB, la start-up s’adresse à des spécialistes du dernier kilomètre, des ETI, voire des entreprises du CAC 40. Enedis, Monoprix, Système U, Stuart, etc… Pour convaincre ces clients, l’entrepreneur mise sur une installation sans financement de bornes de recharge, payées au kilowattheure. A première vue, note François Oudot, le passage du monde thermique – un lieu, la station-essence, avec des prix plus ou moins identiques – à un monde électrique avec trois lieux de recharge différents – entreprise, domicile et public (station-service, hôtel, supermarché, rues, etc.) –, pour des prix « allant du simple au quintuple », aurait effectivement de quoi dissuader les gestionnaires de flottes. « La situation s’est complexifiée, mais Bump est là pour simplifier tout cela, affirme-t-il. On est un peu le one-stop shop pour une flotte qui veut s’électrifier. » Si la start-up peut espérer devenir le leader de son secteur, c’est parce qu’elle opère ses bornes « à de très hauts niveaux de qualité de service ». Elle fournit en effet aux entreprises tous les outils nécessaires, à l’instar d’un portail de gestion donnant plus de visibilité au gestionnaire (suivi et planification des recharges, etc.), de l’application Bump ou encore d’une carte de recharge multiservices. Le tout en garantissant un taux de disponibilité de ses bornes de 98 %. « Pour ces entreprises, la recharge est critique. Il faut absolument que ça marche. » 

Fort de son expérience, le PDG de Bump a ainsi souhaité « appliquer la culture start-up du scaling aux bornes », convaincu que l’innovation dans le secteur suppose d’une part « beaucoup de technologie, d’automatisation, de maintenance prédictive et de monitoring dans les opérations », et d’autre part des innovations autour du digital. « Un des gros freins aujourd'hui à l'électrification des flottes en entreprise, poursuit-il, c’est de créer l'adoption du véhicule électrique. Or, pour nous, l'expérience digitale fait partie des leviers de démocratisation de l'adoption. » Alliant accompagnement et expertise technique, Bump entend bien pouvoir concurrencer un géant comme Total grâce à sa solution digitale. En plus de compter dans ses rangs deux ingénieurs à plein temps « dont le métier est de développer des outils no code d'automatisation de l'exploitation », la start-up, qui a levé pas moins de 180 millions d’euros en 2022, innove donc par exemple sur sa carte de recharge tout-en-un pensée pour l’électrique. « La carte carburant d’entreprise n’a jamais été disruptée parce qu’il y avait tout un réseau physique derrière », fait remarquer François Oudot. Or, c’est en nouant des partenariats avec de gros acteurs (tels que les hôtels et casinos Barrière, Engie, les VTC Bolt et Marcel, etc.) que Bump a su développer son propre réseau de recharge rapide et, par la suite, concevoir une carte ‘carburant’ (le Pass Bump) valable sur plus de 100 000 points de charge, dont plus de 2 000 bornes publiques haute puissance à 0 % de commission. « L'électrique rebalaye complètement les cartes, parce que les acteurs ne sont pas les mêmes », confie le co-fondateur de la jeune pousse, qui opère déjà sur plus de 8 500 bornes et ambitionne d’en déployer 25 000 d’ici 2030. 

François Oudot, co-fondateur et CEO de Bump
François Oudot, co-fondateur et CEO de Bump

Un partenariat avec la Banque des Territoires pour déployer 10 000 bornes de recharge 

Plus récemment, Bump s’est associé avec la Banque des Territoires afin de déployer près de 10 000 points de charge à destination des flottes d’entreprises. Pour ce faire une société commune a été créée, mobilisant près de 100 millions d’euros. Cette dernière s’inscrit dans le nouveau plan stratégique de la filiale de la Caisse des Dépôts (dont Bpifrance est un partenaire privilégié), lequel prévoit d’allouer 90 milliards d’euros à la transformation écologique et à la cohésion sociale dans les territoires. Parmi les premières entreprises à bénéficier de ce partenariat d’envergure qui représente une économie de 40 000 tonnes de CO2, figurent la société de certification Socotec, pour des véhicules légers, ou encore DPD, pour du poids lourd, mais également les supers et hypermarchés U, Monoprix ou encore l'Hôtel de Logistique Urbain (HLU) de Lyon. Bump, qui finance les bornes pour les entreprises avant que ces dernières ne les payent à l’usage, va ainsi pouvoir profiter de cette joint-venture pour augmenter sa capacité de financement tout en gardant des fonds « pour des projets plus R&D », notamment sur le digital, précise François Oudot. « Ce partenariat avec un partenaire attentif à la qualité constructive et à l’exploitation vient compléter notre palette d’interventions et notre engagement pour accélérer le basculement vers la mobilité décarbonée », a déclaré de son côté Pierre Aubouin, Directeur du département Infrastructure et Mobilité à la Direction de l’Investissement de la Banque des Territoires. 

Passage à l’échelle, internationalisation : les principaux défis de Bump 

Du fait de sa nature de scale-up, l’une des ambitions de Bump est évidemment de passer à l’échelle, ce qu’elle espère atteindre d’ici 2025. « Sur des enjeux tels que l'opération de borne ou la carte carburant de demain, il faut pouvoir atteindre une certaine taille critique », justifie François Oudot. Un autre enjeu de taille est l’internationalisation de l’entreprise. Déjà implantée en Italie, Bump espère se lancer dans un ou deux autres pays d’ici fin 2024. Mais dans sa stratégie d’expansion, l’entrepreneur, qui ne perd pas de vue la raison d’être de son entreprise, insiste pour que chaque pays-cible demeure accessible en train. « C’est un très gros marché qui va peser plusieurs milliards d'euros par an d’ici 2030, mais qui paradoxalement est aussi un marché très local, note-t-il. Donc les solutions conçues le sont aussi. On est sur un métier d'infrastructure : il faut des gens sur le terrain pour intervenir, connaître les normes électriques du pays, etc. C'est dur de s'internationaliser aussi vite que dans le software par exemple. » Or aux yeux du PDG, les sujets de transition sont des sujets d’infrastructure. « Pistes cyclables, panneaux solaires, batteries de stockage, véhicules électriques, trains de nuit, trains de fret… La transition est là, pas dans le software ! », argue-t-il.  

Un autre enjeu de taille repose également, du point de vue de François Oudot, sur le financement des startups en infrastructure. « Autant sur le software, on peut identifier plein de venture capital prêts à investir, mais sur l'infra c'est très compliqué d’être financé au stade de seed [deuxième étape dans la création d’une start-up après une première étude de marché détaillée, ndlr] ». Selon lui, les fonds d’infrastructures « ne savent pas investir » à ce stade de développement de la start-up, car « ce n’est pas leur métier ». Le PDG de Bump milite donc pour un meilleur écosystème de financement des startups d’infrastructure en phase seed, car celles-ci abritent une génération d’entrepreneurs engagées dans la transition énergétique. « Les boîtes d’infrastructure (Engie, EDF et consorts) n’ont pas forcément un état d’esprit très start-up, déclare François Oudot. Il y a donc un enjeu de flécher les entrepreneurs tech vers le monde de l'infrastructure, les accompagner dans le financement et leur transmettre les bons réflexes à avoir. » Et cela rejoint finalement ce que l’entrepreneur a l’habitude de conseiller à celles et ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure. « Ce que veulent nos clients, ce sont des bornes qui fonctionnent. Il faut donc commencer par l'infra, par le concret, et rajouter la tech après. Pas l'inverse. » 

Felix Tardieu

Felix Tardieu

Rédacteur Web