Pourquoi de plus en plus de jeunes veulent devenir entrepreneur ?

Exit les policiers, les écrivains ou les super-héros, en 2022, c’est le métier de chef d’entreprise qui fait rêver les jeunes. Explications avec Gabriel Bran Lopez, président fondateur de Fusion Jeunesse.

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Entrepreneur : une profession aujourd’hui dans le top 10 des jobs de rêve des enfants. Selon une infographie réalisée par le logiciel de création de CV Zety, le métier de chef d’entreprise arrive à la huitième place des métiers de rêve dans l’enfance, devant agent secret, chef cuisinier, super-héros ou pilote de course. Gabriel Bran Lopez, président fondateur de Fusion Jeunesse, une organisation franco-québécoise dont la mission est de contribuer à la persévérance scolaire, à l’orientation, à l’employabilité et à l’engagement civique des jeunes, revient avec nous sur la popularité croissante de cette profession chez les jeunes et sur les actions de Fusion Jeunesse en vue de démystifier et humaniser le secteur.
 

Big média : Selon vous, pourquoi l’entrepreneuriat a de plus en plus la cote chez les plus jeunes ?

Gabriel Bran Lopez : Il y a plusieurs raisons à cela. À l’origine, le monde scolaire et celui des affaires ne se côtoyaient pas beaucoup, mais depuis quelques années on voit émerger de plus en plus de ponts. Les enseignants et chefs d’établissement ont vu que l’entrepreneuriat pouvait être un véritable outil pédagogique. Grâce à lui, ils parviennent de plus en plus à contrer le décrochage scolaire car il rend concret des notions et des enseignements qui ne parlent pas toujours aux jeunes.

 

BM : Justement, en quoi l'entrepreneuriat rend-il certains enseignements plus concrets pour les étudiants ?

GBL : Grâce à l’entrepreneuriat, les jeunes développent des compétences qu’ils ne pensaient pas pouvoir acquérir. Par exemple, « pitcher » un projet devant sa classe permet de développer des compétences de bon communicant. Le travail d’équipe dans le cadre de la création d’une micro-entreprise leur offre la possibilité de s’ouvrir aux autres et d’apprendre à interagir avec des personnes qu’ils ne côtoieraient pas d’ordinaire. C’est aussi un bon moyen de faire appel à leur créativité pour imaginer des projets ambitieux qui vont répondre à des problématiques actuelles.

Enfin, le fait que la jeune génération soit de plus en plus militante et engagée pour changer le monde favorise énormément le développement de projets entrepreneuriaux, dès le collège (et même le primaire !). Les jeunes se rendent compte que grâce à cela, ils peuvent avoir un impact positif sur leur écosystème. C’est d’ailleurs très important de les sensibiliser au fait qu’une entreprise, ce n’est pas une structure pareille à celle du CAC40, mais ça peut également être une entreprise de type ESS (économie sociale et solidaire).

 

BM : Les entrepreneurs ont également leur part de responsabilité dans cette popularité selon vous ?

GBL : Bien sûr ! En France, de plus en plus d’entrepreneurs veulent devenir des mentors pour la jeune génération. Et pas juste des intervenants qui viennent raconter le même discours, mais de véritables experts qui vont aider les jeunes pendant les heures de cours afin de les accompagner dans leurs projets. Ici, l’idée n’est pas de raconter leur réussite mais plutôt de partager leur expérience de vie, dont leurs échecs, afin d’humaniser l’entrepreneuriat.

 

De la primaire au lycée, sensibiliser les jeunes à l'entrepreneuriat

 

BM : L’échec fait d’ailleurs partie de la vie d’entrepreneur. C’est important pour vous de les sensibiliser à ça ?

GBL : C’est même essentiel. Quand on présente le métier et la multitude d’outils à leur disposition pour les accompagner, ça en fait rêver plus d’un. Mais derrière les belles histoires et les fantasmes, il ne faut pas oublier que c’est un métier très difficile, où il y a beaucoup d’échec. Notamment dans l’entrepreneuriat « jeunesse ».

 

BM : C’est-à-dire ?

GBL : Il y a beaucoup de soutien, d’incubateurs ou d’accélérateurs pour les entrepreneurs de plus de 18 ans, en revanche pour ceux qui sont encore scolarisés, c’est extrêmement rare. Quand on a 16 ou 17 ans et qu’on veut réellement se lancer en affaires, il y a très peu d’accompagnement ou de dispositifs d’encadrement en dehors du cadre scolaire.

Et c’est justement dans ce but que, chez Fusion Jeunesse, nous avons développé un nouveau projet visant à soutenir les jeunes lycéens qui souhaitent entreprendre. Via ce parcours, nous leur permettons de mieux comprendre l’écosystème entrepreneurial, qui est une vraie jungle quand on n’y est pas préparé.
 

BM : Comment adaptez-vous votre programme pour que les enfants, quel que soit leur âge, puissent appréhender l’entrepreneuriat ?

GBL : En école primaire, on va travailler sur les valeurs entrepreneuriales : la créativité, l’écoute, le travail d’équipe. Avec cette cible, on va imaginer et développer des petites entreprises en lien direct avec leur environnement. Ça peut prendre la forme de petite boite de vente de gâteaux à l’heure du goûter ou de commercialisation de plantes. L’idée ici n’est pas de les inciter à décrocher du cadre scolaire, mais de développer leurs compétences pour qu’ils soient prêts et rassurés le jour où il faudra qu’ils « pitchent » leur projet ou qu’ils travaillent en groupe.

Pour les lycéens et notamment les terminales, on fait en sorte de les outiller pour qu’ils définissent quel genre d’entrepreneur ils veulent être et dans quel secteur ils souhaitent innover. Ensuite, nous faisons en sorte de les orienter vers les études supérieures dans lesquelles ils auront le plus de chance de développer les compétences nécessaires à leur futur domaine d’activité.

 

Mode connectée, IA, jeux vidéo, nutrition : les secteurs les plus prisés par les jeunes créateurs d’entreprise

 

BM : Quels sont les secteurs les plus prisés par les collégiens ou les lycéens qui souhaitent monter leur entreprise ?

GBL : Je dirais la mode connectée. C’est un secteur qui plait pas mal en ce moment et qu’on retrouve dans de nombreux projets. Il y a également le marché du jeu vidéo qui intéresse de plus en plus de jeunes qui, au-delà du simple fait de jouer, ont envie de les concevoir en partenariat avec des sociétés comme Ubisoft.
Les deux autres secteurs qui reviennent beaucoup en ce moment sont l’intelligence artificielle et la nutrition/alimentation saine. Ce sont des tendances qui sont pour certaines portées par des entrepreneurs plus aguerris ou même des influenceurs que les jeunes prennent beaucoup en modèle.

 

BM : D’ailleurs, est-ce que selon vous les personnalités médiatiques ont un rôle à jouer dans le développement de l’entrepreneuriat chez les jeunes Français ?

GBL : Cela fait quelque temps que certaines personnalités ont pris le parti de mettre leur notoriété au service de l’éducation, l’information ou tout simplement l’inspiration des jeunes générations. Que ce soit Blaise Matuidi avec Origins un fonds d’investissement spécialisé dans le web 3, les jeux vidéo et les crytpos, Jay-Z ou même Thomas Pesquet qui démystifie les sciences auprès des plus jeunes, on voit bien que ces discours ont un impact réel sur les aspirations des jeunes.

Néanmoins, je dirais que les gros succès peuvent parfois faire peur aux jeunes, parce qu’ils peuvent malheureusement se dire : « Je ne serais jamais un Elon Musk ou un Thomas Pesquet. Je ne serais jamais capable de développer ma petite entreprise aux Etats-Unis ou de m’envoler vers l’espace ». (Pourtant, ils en seraient tout à fait capables !). Donc oui, les stars sont importantes pour inspirer et faire rêver, mais il faut aussi des profils accessibles qui vont humaniser ces parcours et les rendre plus concrets au quotidien. C’est pour cette raison que nous misons sur le mentorat d’expertise tout au long de l’année scolaire.

 

BM : Vous parlez de personnalités médiatiques des mondes du sport ou des arts, mais il semble que les entrepreneurs deviennent eux-mêmes de vrais influenceurs pour les jeunes.

GBL : Complètement ! Au Québec, par exemple, il y a une émission télé qui s’appelle « Les dragons » dans laquelle de jeunes entrepreneurs viennent pitcher leur projet devant des dirigeant de renom. Et ces dragons, à l’image de Nicolas Duvernois, deviennent les idoles des jeunes québécois.  Même si ça commence à se développer un peu en France, ça serait pertinent de bonifier cette mobilisation d’entrepreneurs pour démystifier, challenger, rencontrer... en bref, être plus accessible et susciter des collaborations intergénérationnelles et multisectorielles.

 

 

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Mélanie Bruxer

Rédactrice web