Oxygenserv, le premier hébergeur de serveurs écologique pour les joueurs de jeux vidéo

Mêler écologie et jeux vidéo, c’est le pari lancé par trois étudiants-entrepreneurs : Jean Baptiste Devic, Benjamin Soulas et Maxence Salomon. Un défi relevé avec la création d’Oxygenserv, un hébergeur de serveurs de jeux vidéo à la fois écologique et performant. Retour sur la genèse du projet avec Jean Baptiste Devic, CEO de l'entreprise.  

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Jean-Baptiste Devic

20 ans et déjà serial entrepreneur. Doté d’un esprit créatif et fan de jeux vidéo, Jean-Baptiste Devic se lance dans l’entrepreneuriat douze mois après le décès de son père, une façon pour lui de s’évader. Après avoir créé, à seulement 15 ans, "The Programmer", une marketplace dédiée aux joueurs de jeux vidéo, le jeune étudiant de l'université Paris-Dauphine, décide en avril 2022, de se lancer dans l’hébergement de serveurs écologiques pour jeux vidéo avec “Oxygenserv”.  

Big média : Est-ce plus compliqué de lancer son entreprise lorsqu’on est au lycée ou en études supérieures ?   

Jean-Baptiste Devic : C’est beaucoup plus compliqué au lycée. Quand vous avez 15 ans et encore une voix d’enfant, on ne vous prend pas souvent au sérieux. Il est même arrivé qu’on me demande d’échanger avec mes parents pour prouver que ce n’était pas un canulard. La question de la crédibilité et de la légitimité est rapidement mise en doute quand vous n’êtes pas un adulte.  

Pour ce qui est de l’aspect pratique, l’encadrement des études supérieures est plus adapté. Dans mon cursus actuel, je dispose d’un incubateur et les semaines sont aménagées de façon à ce que l’on puisse poursuivre le développement de nos projets. C’est un énorme avantage comparé au lycée où tout le monde suit le même rythme et les mêmes cours. Entre ces deux projets, j’ai pu prendre du recul et puis j’ai grandi, pris en maturité.  J’ai conservé la même façon de travailler tout en essayant de l’améliorer. Aujourd’hui, il est davantage question d’un projet que nous pouvons exploiter sur le long terme et faire progresser dans différents secteurs, autres que le jeu vidéo, comme par exemple la cryptomonnaie.     

BM : Jusqu’où pensez-vous pouvoir mener cette entreprise ?   

JBD : Nous n’avons pas de limites. Oxygenserv est lancé depuis avril 2022 et nous étions encore en phase de test la semaine dernière. Pour l’instant, 120 personnes ont utilisé nos serveurs depuis le lancement. Il reste encore quelques détails et anomalies à régler pour que les joueurs puissent avoir une expérience de jeu optimale, mais nous ne voulons pas nous précipiter. Sur le long terme, l’un de nos objectifs est de posséder nos propres data centers afin de proposer une solution encore plus écologique. Pour ça, il faudra passer par une levée de fonds d’environ 700 000 euros mais pour l’instant la priorité reste l’acquisition client.   

« Le secteur du jeu vidéo n’aborde pas assez souvent le thème de l’écologie avec ses consommateurs »   

BM : Après avoir développé une marketplace à destination de joueurs, vous vous êtes lancé dans l’hébergement de serveurs de jeux vidéo écoresponsables. Pourquoi ce changement ?   

JBD : Il n'y a pas de changements drastiques entre les deux projets. Tous deux adressent le marché du jeu vidéo. Avec “The Programmer”, il nous fallait des serveurs pour créer notre contenu. La suite logique a été d’observer où et comment était utilisé notre contenu, chercher à comprendre le fonctionnement et les étapes de ce processus. On s’est logiquement dirigé vers la création de serveurs, mais nous ne pouvions pas nous contenter de proposer les mêmes services que nos concurrents. Nous avons donc décidé d’insister sur le côté écologique de ce développement.   

BM : Justement, depuis quand la question de l’environnement et de la préservation de la planète est-elle importante pour vous ?  

JBD : C’est une réflexion qui est venue avec l’âge. Au début du lycée, les élèves sont généralement peu informés sur l’environnement et l’état de notre planète. C’était d’ailleurs mon cas. Je pense que c’est aussi une préoccupation générationnelle. Intégrer l’écologie au numérique est une démarche récente, d’autant plus dans les jeux vidéo. La majorité des joueurs ignorent les conséquences que peut avoir cette industrie sur la planète. Après avoir lu une étude sur l’impact néfaste des serveurs, je me suis demandé comment il était possible qu’aucune boîte n’ait créé des plateformes écologiques ou au moins communiqué sur ce sujet. C’est pourquoi nous avons décidé de le faire nous-même.   

BM : Vous êtes, avec vos deux co-fondateurs, les premiers à développer un hébergeur écologique et performant pour les serveurs de jeux.  Pensez-vous participer à l’émergence d’une nouvelle ère dans le monde du jeu vidéo ?   

JBD : Totalement. Le premier objectif avant la rentabilité ou la croissance, c’est de sensibiliser les joueurs. Il est important qu'ils comprennent que jouer, c'est aussi polluer. Le secteur du jeu vidéo n’aborde pas assez souvent le thème de l’écologie avec ses consommateurs, nous essayons donc d'insuffler cette tendance. C’est une démarche qui passe par l’hébergement mais aussi par les fabricants, notamment ceux d’ordinateurs, qui doivent faire attention aux composants utilisés.  

Selon le moi, le déclic se fera par les utilisateurs et par le biais des réseaux sociaux ou des influenceurs. Si demain des personnalités comme Squeezie, qui réunissent des milliers de « viewers » en live sur Twitch ou Youtube, commencent à évoquer les conséquences que peut avoir le monde du jeu vidéo sur l’environnement, les choses changeront. Mais pour l’instant ce n’est toujours pas en marche.  

Emmanuel Lanoe

Emmanuel Lanoe

Rédacteur Web