Inès Seddiki [Ghett’up] : « Il faut préparer la société à donner une vraie place à ces jeunes »

À l’occasion de la huitième édition de BIG, Inès Seddiki, la cofondatrice de l’association Ghett’up, était sur la scène de l’Ampli pour nous parler de son engagement en faveur de l’inclusion des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville.  

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Ines Seddiki

« Il faut préparer la société à donner une vraie place à ces jeunes », explique Inès Seddiki. Fondée en 2015, l’association basée à Saint-Denis ambitionne d’outiller au mieux la jeunesse pour qu'elle puisse s’accomplir dans la société. Or, et c’est essentiel pour Inès Seddiki, ce travail ne peut pas se faire exclusivement auprès des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). 

« L’international est très important dans nos programmes » 

L’association a été créée il y a environ 10 ans, après les révoltes de 2005 dans les quartiers populaires. « Avec mes amis, on était en colère de se rendre compte que la situation n’évoluait absolument pas. (…) On voyait les mêmes inégalités se reproduire, et les jeunes intériorisaient ces images négatives d’eux-mêmes », précise Inès Seddiki en revenant sur la genèse de Ghett’up.  

Pour arriver à produire “le déclic” permettant une meilleure inclusion dans la société, l’association prévoit notamment un voyage aux États-Unis. « L’international est très important dans nos programmes. Cela permet aux jeunes de se décentrer, de comprendre que le monde est grand et qu’il est possible de fonctionner différemment », argumente la fondatrice de l’association. Pour elle, l’Amérique du Nord est une destination d’autant plus pertinente qu’elle dispose d’une connotation positive dans l’imaginaire collectif.  « Ces échanges participent à la construction d’une image positive d’eux-mêmes », précise Inès Seddiki.  

Un pôle de recherche pour apporter des données positives sur les quartiers populaires 

D’ateliers informels en 2015, l’association grandit. Elle a récemment créé un pôle de recherche pour apporter des données positives sur les quartiers populaires. De plus, elle s’occupe désormais de réels programmes d’accompagnements. Le parcours "Les clés" s’adresse par exemple aux adolescents dès 12 ans, dans une optique d’empowerment, et de déconstruction des barrières mentales. Rencontres avec des personnalités inspirantes, voyages, accompagnement lors de stages... Sur une durée de six mois, tout est fait pour renforcer la confiance en soi des participants.  

Pour faire partie de l’aventure, les jeunes peuvent candidater via les réseaux sociaux. Souvent, les bénéficiaires prennent connaissance du programme par le biais du bouche-à-oreille, ou par des “talks” organisés par l’association dans les QPV. Lors de ces manifestations "les afterwork du Bendo”, on met en valeur des personnalités issues des quartiers populaires pour donner à voir aux jeunes des exemples inspirants. L’occasion également de diffuser auprès des participants une certaine culture du réseau qui peine à prendre racine en dehors des écoles de commerce. « Pourtant, c’est un vrai levier d’émancipation », commente la cofondatrice de Ghett’up.  

« Tous ceux qui peuvent porter ce changement sont invités à nous rejoindre » 

L’année dernière a été charnière pour l’association qui a ouvert un espace de 400 m2 à Saint-Denis, pour promouvoir le leadership pour les jeunes et les femmes des QPV. L’établissement comprend un espace de coworking pour accompagner les porteurs de projets, mais aussi un espace de programmation, une salle de montage et un studio photo et vidéo. Bref, tout est mis à disposition des jeunes pour qu’ils puissent exprimer leur potentiel.  

Aujourd’hui, afin de poursuivre son développement et créer plus d’engagement en faveur de l’inclusion, Ghett’up cherche à sensibiliser toujours plus les décideurs, les recruteurs et les managers. C’est notamment ce qui a été entrepris avec le cabinet Deloitte, qui est venu dans les locaux de Saint-Denis pour se former aux questions de diversité et d’inclusion. « Tous ceux qui peuvent porter ce changement sont invités à nous rejoindre », conclut la cofondatrice de l’association. 

big

Martin Ferron

Martin Ferron

Rédacteur Web