Envolée de la dette mondiale : 3 informations à retenir

Sous l’effet de la pandémie, la dette mondiale a atteint un niveau record. Mais faut-il s’en inquiéter ? Les économistes de la direction de l’évaluation des études et de la prospective de Bpifrance tentent de répondre à cette question.
 

  • 24 février 2022
  • Temps de lecture: 5 min
The-Big-short-Paramount-Pictures
@ParamountPictures / The Big Short

226 000 milliards de dollars. La dette mondiale a atteint un niveau record en 2020 et affiche la plus forte augmentation de ces 50 dernières années en s’élevant à 256 % du PIB mondial. Des chiffres qui s’expliquent principalement par les interventions massives des gouvernements pour amortir le choc de la crise sanitaire. Mais quels sont les risques liés à cet endettement public élevé ? Cette dette est-elle soutenable ? Eléments de réponses.

1- Une accélération de l’endettement au niveau mondial

Si la hausse de l’endettement concerne toutes les zones géographiques, « les pays avancés et la Chine sont responsables de plus de 90 % de la dette supplémentaire contractée en 2020. », explique Sabrina El Kasmi, responsable du pôle Conjoncture et Macro-économie de Bpifrance. Cette forte hausse de l’endettement privé et public a été permise par un environnement de taux bas, les mesures prises par les banques centrales et des marchés financiers bien développés.
 
 « Dans les pays avancés, la hausse de la dette en 2020 a été comparable à celle de la crise financière de 2008-2009, voire même plus importante aux Etats-Unis », précise-t-elle. De leur côté, les pays émergents et à faibles revenus se sont aussi fortement endettés pour absorber le choc, bien plus que lors de la crise de 2008-2009, « qui les avait en moyenne moins affectés ».

2- L’endettement dans les pays développés : un risque limité

« La hausse de l’endettement public dans les pays développés n’est pas un sujet récent mais une tendance de long terme », rappelle Laetitia Morin, macroéconomiste chez Bpifrance. Sauf quelques exceptions, les déficits publics sont chroniques dans ces pays, qui ont déjà connu de fortes hausses de leur endettement avec la crise financière de 2008-2009. L’augmentation observée en 2020 s’explique cependant par la mise en place de politiques de soutien extrêmement puissantes qui ont permis de soutenir l’emploi comme le pouvoir d’achat, de préserver le tissu productif et ainsi de favoriser les conditions d’une reprise dynamique. « A ce stade, on voit que le choc est limité. On observe peu de défaillance d’entreprises et une reprise assez rapide par rapport à la crise de 2008-2009 », ajoute l’économiste, qui se veut positive. 

Le risque principal est celui du resserrement des politiques monétaires dans un contexte inflationniste, qui pourrait peser sur la dynamique de l’endettement en cas de surréaction des taux longs. Pour Laetitia Morin, la structure de la dette est toutefois rassurante, notamment grâce à une maturité de la dette assez longue et car la hausse des endettements a été essentiellement portée par les banques centrales. « Côté Etats-Unis et Japon, cette dette est globalement peu internationalisée avec un financement par leur banques centrales. Des éléments qui rassurent les marchés. En zone euro, la Banque centrale européenne a financé une grande partie de la dette souveraine des Etats via son programme d’achat d’actifs d’urgence pour la pandémie.». Ainsi, 80 % de la dette émise par la France en 2020 a été financée par les banques centrales. Le principal enjeu est désormais de réussir à réduire progressivement l’endettement public tout en finançant les enjeux de demain, en particulier la transition écologique.
 

3- L’endettement dans les pays émergents et à faibles revenus : de fortes disparités

« Dans les pays émergents et à faibles revenus, la dette a aussi progressé mais dans une moindre proportion. ». Selon Adriana Meyer, économiste risque-pays chez Bpifrance, ces pays ne représentent à eux seuls que 10 % du surplus des dettes enregistrées en 2020. Il faut dire qu’ils n’ont pas les mêmes accès aux marchés que les pays développés. Conséquence : « malgré la reprise en 2021, le monde émergent ne retrouverait pas son potentiel de croissance d’avant crise en 2022. ». Ces pays affichent désormais une faible croissance, qui s’ajoute à une hausse de leur endettement entamée bien avant la crise du Covid-19, ainsi qu’une mobilisation des recettes parfois limitée ce qui dégrade la soutenabilité de leur dette.  

Pour faire face à ces défis, « dès 2020-2021, la communauté internationale s’est mobilisée pour aider les pays les plus pauvres à faire face à leur problème de liquidité », ajoute Anne-Sophie Fèvre, économiste risque-pays chez Bpifrance. L’économiste cite ainsi les aides du Fonds Monétaire International, sous forme du financement d’urgence inconditionnel, un programme d’annulation du service de la dette dû par les pays les plus pauvres, ou encore les reports du service de la dette accordés à 48 pays par les membres du G20 :  les créanciers bilatéraux officiels. « Ces programmes ont donné une bouffée d’air aux pays qui en ont bénéficié, et desserré leurs contraintes de liquidité pour faire face à la crise sanitaire. », explique-t-elle. Cependant, ces aides n’ont pas réduit le stock de la dette et un certain nombre de pays se trouvent aujourd’hui dans une situation de risque élevé de surendettement voire en situation de surendettement. 

Yossra Hammami
Yossra Hammami Rédactrice web

Restez informé

Recevez la newsletter Big média directement dans votre boite mail.
Je m'inscris