Comment accompagner les PME dans leur décarbonation ?

Pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris, Patricia Braun, présidente d’In Extenso Innovation Croissance, une entreprise de conseil en innovation durable, revient sur les différentes stratégies de décarbonation à destination des entreprises et des acteurs publics. 

 

  • 09 mai 2023
  • Temps de lecture: 4 - 5 min
décarbonation

Réussir sa transformation durable par la maîtrise de trois piliers. C’est à travers le management de l'innovation, la compréhension des enjeux technologiques ou encore le développement durable comme levier de performance qu’In Extenso Innovation Croissance conseille en innovation durable les entreprises et les acteurs publics.  
Si les sociétés sont majoritairement conscientes de leur impact environnemental et soucieuses de modifier leurs process en vue de le réduire, cette transition nécessite pour nombre d’entre elles un accompagnement dédié. Patricia Braun, présidente d’In Extenso Innovation Croissance nous éclaire sur les différents dispositifs développés afin de les épauler dans leur décarbonation.  

 

Big média : Vos clients sont-ils aujourd’hui demandeurs d’un accompagnement dédié en vue d’établir une stratégie de décarbonation dans leur entreprise ou devez-vous mener un important travail d’évangélisation pour les inciter à s’y intéresser ?  

Patricia Braun : Tout dépend des secteurs. Dans l’industrie agroalimentaire, les entreprises n’ont pas le choix et doivent d’ores et déjà accélérer leur stratégie de développement durable. Elles sont donc en demande d’accompagnement. Dans le secteur de la santé, et notamment dans le domaine des dispositifs médicaux, la fin du jetable est une problématique d’actualité. Les groupes nous consultent pour trouver des pistes d’évolution et le lancement de nouveaux produits. De grands groupes dans l’aérospatial rencontrent des problématiques différentes. Les tensions sur le marché du travail se cristallisent sur certaines compétences clés pour leur transition. Le travail sur l’éco-conception concerne un nombre croissant d’entreprises, mais les ressources disponibles ne suivent pas la même trajectoire. Ce déficit de compétences se fait ressentir jusqu’à nos équipes, qui reçoivent des propositions d’embauches de la part de la concurrence ou d’industriels qui cherchent à internaliser ces expertises.  

 

BM : Quels peuvent être les freins spécifiques aux PME qui souhaitent décarboner leur activité ? 

PB : L’équation financière sera toujours déterminante pour ces entreprises, y compris pour des projets subventionnés. La transition bas carbone a un coût qu’il n’est pas toujours évident d’absorber. La question du financement est décisive. Certaines entreprises peuvent se saisir des enveloppes budgétaires disponibles, jusqu’à huit mille euros de subventions pour un audit, mais peuvent abandonner leur projet s’il leur faut remettre la main à la poche par la suite… 

 

BM : Quelles entreprises semblent alors le mieux armées pour décarboner efficacement leurs activités ? 

PB : À nos yeux, les grosses PME et les ETI constituent des cibles prioritaires. Elles sont à la fois en capacité d’intégrer de nouvelles compétences, mais aussi d’investir grâce à leurs fonds propres. Ces entreprises peuvent rapidement passer un cap. Les petites PME devront quant à elles s’adapter et accumuler les efforts petit à petit. Elles peuvent progresser sur la partie RSE mais sans fonds propres, elles risquent de ne pas pouvoir investir dans des projets ambitieux.  

 

BM : Le manque de soutien de l’Etat est-il un sujet pour ces entreprises ? 

PB : Les appels à projets sont très nombreux, diversifiés et disposent d’enveloppes budgétaires considérables. Tous ces dispositifs me laissent penser qu’il n’y a jamais eu autant de fonds disponibles pour encourager les entreprises vers la décarbonation de leurs activités. Mais les perspectives des petites PME restent limitées en raison du niveau de leurs fonds propres. Pour les embarquer, il est nécessaire d’aborder des sujets de refinancement et de recapitalisation. Dans ce cadre, le manque de guichet unique est souvent pointé du doigt, même si tout le monde connait Bpifrance aujourd’hui et qu’il est simple d’avoir un échange avec un conseiller qualifié.  

 

« Un montage vertueux pourrait être imaginé pour accompagner à grande échelle les transformations des PME souhaitant devenir plus vertueuses » 

 

BM : La trésorerie des PME est-elle assez solide pour encaisser un ou deux exercices de transition plus difficile ? 

PB : Pour moi, le sujet central est celui de la recapitalisation, plutôt que celui de la trésorerie. Le PGE aurait pu être prolongé pour les entreprises qui s’engageaient dans une démarche de transition bas-carbone. Ce levier aurait pu être très intéressant dans cette démarche. Pour répondre au choc du Covid-19, les dispositifs ont été rapidement mis en place. Il faudrait imaginer une réponse similaire aux problématiques climatiques. Un montage vertueux pourrait être imaginé pour accompagner à grande échelle les transformations des PME souhaitant devenir plus vertueuses. 

 

BM : Quelles règles pourraient être mises en place pour accompagner le financement de la transition des entreprises ? 

PB : L’exemple des crédits d’impôt recherche (CIR) devrait nous éclairer ici. Toutes les dépenses allant dans une logique d’amélioration de l’impact de l’entreprise ne sont pas prises en compte pour le CIR. Ne serait-il pas temps de créer un nouveau crédit d’impôt pour encourager les investissements verts, à l’image de ce qu’il se fait déjà pour la R&D ? Le CIR a largement encouragé le développement d’innovations en France, son équivalent vert pourrait accélérer les transitions bas-carbone à l’avenir. Les comportements les plus responsables seraient soutenus via ce type de dispositif de financement, a priori et a posteriori. À mon avis, une telle solution d’ingénierie financière complète serait bien plus efficace que l’actuel accompagnement au cas par cas. Cela pourrait, en outre, donner du sens et clarifier les intentions d’investissement des grands acteurs de la place. Ce changement de réglementation pourrait en plus vite voir le jour… 

 

BM : Les PME-ETI sont-elles au courant de l’entrée en vigueur prochaine de la CSRD et des conséquences pour leur futur reporting extra-financier ? 

PB : Là aussi, il faut différencier les ETI des PME. Pour rappel, le CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est un élément clé du Pacte Vert pour l’Europe. L’objectif principal de la CSRD est d’harmoniser le reporting de durabilité des entreprises et d’améliorer la disponibilité et la qualité des données ESG publiées. Ces évolutions permettront par exemple de répondre aux besoins d’information des acteurs financiers, eux-mêmes soumis à des obligations de reporting ESG
 
L’évolution de la règlementation à des entreprises de taille plus petite n’est pas encore connue et maitrisée par les PME concernées. Le reporting extra-financier est inévitable pour les dirigeants qui ont accueilli un fonds à leur capital. Mais généralement, les dirigeants qui n’y sont pas contraints repoussent ce sujet à plus tard. Pourtant, dans un souci de transparence, il existe un vrai besoin d’uniformiser, fiabiliser et rassembler les informations sur la durabilité des entreprises. Cela pourrait avoir du sens d’avoir une feuille de route claire sur la réglementation des prochaines années, voire décennies, en fonction de la taille et du secteur. Pour les secteurs dynamiques et innovants, je ne me fais pas de souci. Pour les autres en revanche, l’entrée en vigueur prochaine de la CSRD peut être plus compliquée et nécessitera un temps d’adaptation.  

 

BM : Quelles entreprises peuvent le plus souffrir de cette évolution réglementaire ? 

PB : Toutes les grandes entreprises qui répondent aux critères d’éligibilité sont déjà concernées. En revanche, les TPE et PME sous-traitants ou fournisseurs des grands groupes sont directement affectées par la réglementation. Si elles ne veulent pas être exclues des listes de fournisseurs de leurs grands clients, elles devront anticiper rapidement ces évolutions et jouer le jeu de leur tête de filière. Les sous-traitants y voient une contrainte mais pourraient finalement y trouver un avantage et se différencier durablement de la concurrence.  

 

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