Reconditionné, quand le matériel de bureau s'offre une deuxième vie

Si le reconditionné à destination des particuliers est devenu monnaie-courante, il s’impose progressivement au sein des entreprises. Big média revient sur le marché de la seconde vie à destination des professionnels.

reconditionné en entreprise

Assis confortablement à votre bureau, vous lisez cet article sur votre ordinateur. Sans le savoir, ce dernier ainsi que le mobilier sur lequel vous travaillez vivent peut-être une seconde vie. C’est en tout cas une tendance de fond qui s’inscrit progressivement dans le quotidien des entreprises. Et pour accélérer ce passage d’une économie linéaire à une économie circulaire, une nouvelle législation est entrée en vigueur. Depuis janvier 2022, la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) oblige les acheteurs publics à consacrer entre 20 % et 40 % de leurs achats à des produits reconditionnés ou issus du réemploi.

Si cette mesure ne concerne que les acteurs publics, elle doit servir de modèle pour faire changer les mentalités, qui évoluent depuis dix ans. « Aujourd’hui tout le monde sait ce qu’est le reconditionné, exprime Quentin de Lambert, cofondateur de Rzilient, une startup qui propose du matériel informatique reconditionné aux PME et ETI. C’est devenu commun parce que la plupart des gens l’ont testé dans un cadre perso. Mais des freins existent encore pour le généraliser en entreprise ».

Le reconditionné représente un coût 20 à 50 % inférieur à du neuf

Auparavant, les freins à l’utilisation du matériel informatique reconditionné étaient liés à des enjeux de sécurité. « Dorénavant, les entreprises sont moins frileuses lorsqu’il s’agit de reformater des disques durs, sauf dans les grands groupes qui préfèrent les détruire », explique Quentin de Lambert. Mais dans l’ensemble, la demande augmente, au point qu’il devient compliqué d’y répondre. « L’approvisionnement est la grande difficulté. Il y a plus de demande que d’offres et notamment sur les ordinateurs dont l’usage est plus long que pour un smartphone, par exemple », explique le cofondateur de Rzilient. Ce qui intéresse les entreprises, c’est aussi bien l’aspect écologique qu’économique, notamment en période d’inflation. « Acheter du reconditionné pour un ordinateur ou un téléphone représente un coût 20 à 50 % inférieur à du neuf. C’est aussi diviser son impact carbone par cinq en moyenne. »

Du côté du mobilier professionnel, la demande augmente également. Valdelia, un éco-organisme agréé par arrêté ministériel, accompagne les sociétés pour organiser la collecte, le réemploi, la réutilisation et le recyclage de ces déchets en France. « Aujourd’hui le marché est mûr. Les entreprises ont compris que ne pas jeter leur mobilier représente un enjeu de RSE », indique Arnaud Humbert-Droz, président exécutif de Valdelia. L’éco-organisme met à disposition des sociétés des conseillers, pour assurer la collecte mais également proposer la meilleure solution de seconde vie. Différentes possibilités s’offrent à elles. Valdelia peut, par exemple, faire appel à un réseau national de revendeurs de mobilier d’occasion qui reprennent les meubles des professionnels pour les rénover et les revendre ensuite. Il est aussi possible de l’offrir à des entreprises de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) qui « réparent, nettoient, et préparent le mobilier en vue d’une revente solidaire », précise le président exécutif.

Le réemploi comme fer de lance

Aussi bien pour le matériel informatique que pour le mobilier de bureau, le réemploi est la clé pour limiter les déchets et par conséquent l’impact sur l’environnement. En 2021, 130 000 tonnes de déchets de mobiliers professionnels ont été jetés. Du côté de Valdelia, on constate que le recyclage est souvent la solution la plus prisée. Sur les 65 000 tonnes collectées par l’éco-organisme, 83 % ont été recyclés et seulement 3,6 % ont été réemployés ou réutilisés . « Il y a un travail d’évangélisation pour que la seconde vie du mobilier ne soit pas que du recyclage ». L’éco-organisme, qui a fait du réemploi son fer de lance, a pour objectif de passer de 3,6 % à 5 % en 2023. Pour y arriver, Valdelia lance différents programmes, à destination des entreprises de l’ESS. « L’objectif est de faire découvrir les différentes vies possibles en favorisant au maximum les projets de réemploi », affirme Arnaud Humbert-Droz.

Côté matériel informatique, l’ambition pour Rzilient, en plus de favoriser le reconditionné, est de développer l’allongement de la durée de vie des appareils. Dorénavant, la startup accompagne les entreprises à gérer leur parc IT à travers une plateforme Saas. En fonction des usages, elle analyse les performances des outils et assure leur redistribution en fonction des besoins de chacun. « L’enjeu est de faire comprendre que parfois il n’y a pas besoin d’acheter. Le meilleur reconditionnement est celui qui est fait en interne. Il y a moins de mouvement, la machine est juste remise à zéro et retransférée à quelqu’un d’autre », conclut Quentin de Lambert. 

Simon Tachdjian
Simon Tachdjian Rédacteur web