Marché du travail : quelles sont les tendances de recrutement en 2023

Publier des offres d'emploi ne suffit plus pour embaucher, selon le baromètre annuel de l'emploi en ligne réalisé par Golden Bees, accélérateur des stratégies digitales et publicitaires RH. Car si ces dernières sont en hausse de 72 % (entre 2021 et 2022), les candidatures connaissent quant à elles une baisse de 50 %.  

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Pole emploi

« II y a quelques années, il était inopportun pour un candidat de questionner le recruteur au sujet de la politique de télétravail de l’entreprise », explique Camille Hanser, responsable du recrutement chez Spirit. Depuis, le Covid-19 est passé par là et le marché du travail, comme de nombreux secteurs, a dû prendre un nouveau virage. Il s'est parfois affranchi du présentiel au profit du Travail Occasionnel à Distance (TOD) notamment. 

Outre ce changement, il n’est plus question pour les candidats d’évoluer simplement dans une entreprise reconnue comme le souligne John Brami, président du cabinet de chasseurs de têtes DisruptIT. « Ce qui compte aujourd’hui, c’est ce que l’entreprise propose en termes de bien-être au travail. L ’impact, la flexibilité mais aussi les missions et le challenge du poste ou encore les perspectives d’évolutions sont donc des critères prédominants pour les nouvelles recrues. » Un avis partagé par Camille Hanser. « Depuis la crise du Covid-19, les candidats sont en quête de sens dans leur travail et cherchent aussi un équilibre entre leur vie professionnelle et personnelle. »  

Les entreprises à la recherche de visibilité  

Pour répondre à ces nouvelles demandes, les fiches de postes doivent évoluer afin de mieux répondre aux demandes des futurs collaborateurs. En ce sens, certains groupes tentent d’utiliser le format vidéo pour attirer de nouveaux employés, comme l’explique Camille Hanser, responsable du recrutement chez Spirit. « C’est un format qui fonctionne très bien. Le manager est souvent au cœur de la vidéo pour mettre en avant l’entreprise et le job en question. La fiche de poste avec le listing des missions parait un peu poussiéreuse face à cette génération qui a besoin d’être stimulée. » Autre problème pour les recruteurs : la pénurie de talents, selon John Brami. D’après lui, bien souvent, les meilleurs profils sont en poste et, à moins d’une revalorisation salariale conséquente ou d’un projet innovant et excitant, peu d'entre eux seraient prêts à quitter leur entreprise. « Typiquement, si vous êtes ingénieur dans la tech, votre rêve est de travailler pour quelques sociétés identifiées en amont. Vous allez uniquement candidater à des offres de ces entreprises, cela est moins chronophage. Vous ne regardez même pas le reste du marché et attendez simplement de vous faire chasser, avec peut-être une opportunité accompagnée d'une belle revalorisation ou d'un projet innovant. »

Les entreprises, en plus de devoir mettre en avant leurs qualités éthiques, ne semblent plus totalement en position de force vis-à-vis des futurs employés. « Par rapport à l’année dernière à la même période, on manque cruellement de candidatures alors que les prétendants, eux, sont sur-sollicités », explique Camille Hanser. Les entreprises cherchent donc à se rendre de plus en plus visibles en mettant en place une politique focalisée sur les écoles plus forte par exemple. « Nous nous devons d’être identifiés par les étudiants qui seront nos futurs candidats », poursuit la responsable recrutement. « On se rend sur les campus, on fait des job dating, des événements et des conférences afin d’être identifié au maximum. » Une réalité qui n’est pas forcément celle des groupes plus renommés, nuance le président de DisruptIT. « LVMH ou Hermès sont des groupes pour lesquels beaucoup de personnes rêvent de travailler », développe John Brami. « Ces entreprises ont simplement à déposer une annonce sur LinkedIn pour que les demandes affluent. »

Autre facteur à prendre en compte : le marché caché de l’emploi. Ce dernier correspond aux offres non affichées au grand public. En effet certains employeurs préfèrent recruter au sein de leur réseau personnel ou professionnel plutôt qu’un inconnu, une démarche qui camoufle donc des offres d’emplois à pourvoir.

Une génération Z en quête de sens 

Une nouvelle génération va également faire son apparition sur le marché du travail lors de ces prochains mois : la Z (La génération Z concentre les personnes « digital native », c’est-à-dire celles qui n’ont pas connu le monde sans Internet.) Pour elle, la quête de sens et l'impact environnemental sont des critères prédominant dans leur recherche d'emploi précise Camille Hanser. « C’est une génération ultra engagée. Elle se lève le matin pour porter haut et fort les couleurs d’une entreprise dont elle partage les valeurs. Ces jeunes ont donc besoin de preuve concrète de sens et de valeur en lien avec la politique RSE des entreprises. »  

Et si ces convictions ont pour un temps permis à la génération Z d'être en position de force face à leurs futurs employeurs, il se pourrait que la tendance s'inverse comme l'explique le président du cabinet de chasseurs de têtes DisruptIT, John Brami. « Aujourd’hui, les entreprises sont en train de reprendre un peu plus la main sur le marché, à l’exception des très bons profils, qui eux restent maîtres du timing du recrutement. » La cause d'après ce dernier ? « Une conjoncture économique défavorable, dans certains secteurs, qui risque de provoquer une nouvelle vague de demandeurs d’emploi actifs. »

Emmanuel Lanoe

Emmanuel Lanoe

Rédacteur Web