Le marché de l’art regarde vers les NFT

Lancé en 2017 avec le jeu en ligne Cryptokitties, le NFT (Non Fungible Token) s'invite depuis mars 2021 dans les grandes maisons de vente aux enchères, les musées et les institutions culturelles. Des entreprises s’emparent du phénomène. Décryptage.  

  • 11 janvier 2022
  • Temps de lecture: 5 min
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L'œuvre numérique ("Everydays : the First 5 000 Days") de l'artiste américain Beeple © Christie’s, AFP

69,3 millions de dollars, c'est le montant records atteint par l’œuvre numérique Everydays : the First 5 000 Days de l’artiste Beeple, vendue sous forme de NFT par la maison de vente aux enchères Christie’s. Identifié comme le certificat de propriété d’un objet virtuel ou d’un objet numérique enregistré sur une blockchain (technologie qui permet de stocker ou transmettre des informations), un NFT se définit comme un protocole d’échange permettant une traçabilité dont l’intérêt consiste à introduire un concept de rareté et d’unicité comme numérotation. Il peut correspondre à un bien immobilier, une voiture de collection, une toile de maître etc.  

Pouvant aller de quelques dollars à plusieurs millions, le NFT couvre une gamme de prix très large. En 2020, le marché se partageait de manière à peu près égale entre les œuvres d’art, les jeux vidéo et le Métavers. L’achat de NFT touche ainsi différents profils. « Les cartes numériques qui permettent de collectionner des joueurs de foot attirent généralement des digital natives. En revanche, les NFT d’œuvres d’art intéressent un mélange de personnes très impliquées dans la crypto et des acheteurs à la démarche plus spéculative », observe Benoit Coffin, expert en art et technologie.   

Un cadre juridique à définir  

Globalement, l’acquisition des NFT d’œuvres d’art est minoritaire, mais ces derniers étant achetés et échangés en millions d’euros, seul ce secteur est aujourd’hui en mesure de battre des records. Leur intérêt réside dans l’obtention d’un certificat de propriété, et la possibilité de le revendre par la suite. L’objet, identifié par un jeton numérique unique, (le NFT en question) verra son registre de propriétaire retracée dans la blockchain, certifiant ainsi son authenticité.  

Pour Benoit Coffin, cette pratique pose de nombreuses questions en matière d’encadrement juridique et économique. Quel statut donner au crypto actif ? Est-ce une monnaie ?  Un actif financier assimilable à une action ? Est-ce un bien de consommation ou une œuvre d’art ? Ces questions sur la nature du NFT est cruciale dans ce qu’elle implique au niveau juridique et fiscal. Le sujet est actuellement traité au sein de l’Union européenne dans le cadre plus large des cryptos actifs. 

L’ère des écrans et l’avènement du digital  

Quels sont donc les avantages à acheter un NFT malgré l’absence de cadre juridique spécifique ? D’abord, il ne pose pas de problème de stockage à l’inverse d’une collection d’art traditionnel qui engage à la fois des coûts de stockage, de transaction et de sécurisation. Le NFT correspond aussi davantage au mode de vie actuel, très connecté, dans lequel les gens sont souvent confrontés aux écrans. Également, le NFT permet un système de droit de suite, déjà existant dans le marché de l’art traditionnel, mais rarement appliqué. « On entend par droit de suite, la possibilité pour un artiste de toucher un petit pourcentage chaque fois qu’une de ses œuvres est vendue sur le second marché », note Benoit Coffin.  

Le NFT suscite par ailleurs la création de communautés réunies autour d’un artiste dans le but de générer des échanges entre les collectionneurs mais aussi avec l’artiste. Ces mécanismes sont issus de générations aujourd’hui décomplexées à l'idée d’acheter des objets numériques. Un état d'esprit issue « de la logique de micro-paiement et des jeux en pay to play et pay to win dans lesquels on dépense pour avancer dans un jeu vidéo ou acquérir des biens virtuels. C’est aussi un univers qui semble moins élitiste que celui du marché de l’art contemporain pour lequel les gens ont parfois un peu d’appréhension », ajoute Benoit Coffin.  

Un marché évalué à 45 milliards de dollars au troisième trimestre 2021 

Selon le site Nonfungible.com, la vente de NFT aurait atteint, à la fin du mois d’octobre 2021, 9,2 milliards de dollars face aux 162 millions affichés au début 2021. Le marché explose. Pour Deepradar la vente de NFT auraient rapporté plus de 45 milliards de dollars au court du troisième trimestre 2021. Pour la plateforme d'échange Il s'agit d'ailleurs du business le plus porteur de sa génération. Une tendance qui n'a pas échappé à Jean-Sébastien Beaucamps, qui a ainsi lancé en septembre 2021, Lacollection.io, une plateforme qui propose des éditions numériques limitées authentifiées d’œuvres d'art certifiées par les musées, les galeries et les artistes contemporains les plus célèbres au monde.  

En partenariat avec le British Museum, La Collection propose dans le cadre de l’exposition d’Hokusai, visible jusqu’au 30 janvier 2022, des doubles numériques du peintre japonais sous format NFT, et certifiés par le musée. L’objectif de Jean-Sébastien Beaucamps, co-fondateur de La Collection, est de se positionner davantage comme une plateforme culturelle que comme une place de marché de NFT. En s’adressant à une audience plus jeune et plus internationale, la plateforme se donne pour vocation d’élargir le profil du public existant. Pour Jean-Sébastien Beaucamps, il s’agit finalement « d’une manière extrêmement innovante de valoriser notre patrimoine culturel ». En devenant un prétexte pour s’ouvrir à une population plus large, le NFT a ainsi aujourd’hui toutes les raisons de convaincre les institutions et les musées français encore frileux, à s’engager sur ce marché. 
 

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