Jeux vidéo : une industrie en quête de pratiques plus durables

Local ou en ligne, de manière occasionnelle ou régulière, sur mobile ou console, le jeu vidéo en France est un loisir largement plébiscité, aussi bien par les enfants que les adultes. Mais comme toute pratique numérique massive, elle n’échappe pas à son empreinte carbone. Les acteurs de ce secteur travaillent néanmoins à la réduire, en faisant équipe.

  • 16 février 2023
  • Temps de lecture: 5 min
jeu video écologie
Image du jeu Horizon Forbidden West

7 français sur 10 jouent aux jeux vidéo au moins occasionnellement. Au total, la France compte 37,4 millions de joueurs en 2022. Ce loisir numérique, qui séduit de plus en plus de monde a néanmoins un coût pour l’environnement. Consommation d’électricité, fabrication des consoles et écrans, mise en place de nouveaux câbles pour fluidifier les services de jeu en ligne : l’empreinte carbone de l’industrie n’est pas anodine. Editeurs comme constructeurs s’attellent depuis quelques années à façonner un univers du jeu vidéo plus durable, individuellement et collectivement.

Ubisoft prévoit une réduction de 10.8% d'équivalent CO2

Le secteur se divise en deux groupes d’acteurs aux impacts environnementaux bien distincts : les constructeurs de consoles à l’image de Sony (Playstation) ou Microsoft (Xbox), ainsi que les fabricants de téléphones ; les éditeurs qui développent des jeux par le biais de studios internes ou en commercialisant les productions de studios indépendants (Ubisoft et Gameloft pour les exemples français).

L'entreprise française Ubisoft, membre de la communauté La French Touch, mesure son empreinte carbone depuis 2015 et vise des réductions concrètes d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Parmi les différentes actions, l’éditeur prévoit une réduction de 10,8 % d’équivalent CO2 par employé à fin 2024, être alimentée à 100% d’énergie renouvelable d’ici 2030 ou que 2/3 de leurs achats soient couverts par des fournisseurs aux Science-Based Targets (SBTs), alignés sur l’accord de Paris.  « L’écoresponsabilité est également un sujet important pour les studios de plus petite taille, notamment en termes d’attractivité des talents et de marque employeur » ajoute Julien Villedieu, délégué général du Syndicat National du Jeu Vidéo.

Les éditeurs restent cependant largement dépendants des décisions des constructeurs, à commencer par les exigences liées aux packagings des jeux. « A ce jour on ne peut toujours pas décider unilatéralement de concevoir des packagings avec moins de plastique sans l’accord des constructeurs », explique Nicolas Hunsinger, directeur de l’environnement et du développement durable chez Ubisoft. Interdépendants, les acteurs de la filière commencent donc à réfléchir collectivement à une stratégie de réduction de leurs émissions de GES.

Le programme PIA4 tend à accélérer l'innovation tout en encourageant l'écoresponsabilité

Plusieurs programmes publics et privés aspirent à rassembler les acteurs de l’industrie culturelle autour de leurs problématiques environnementales communes. Le 4ème Programme d’Investissements d’Avenir (PIA4), lancé par le Gouvernement en 2020, tend à accélérer l’innovation dans tous les secteurs tout en encourageant leur écoresponsabilité. Une matrice de quantification de l’empreinte carbone des entreprises du secteur des jeux vidéo a été réalisée dans ce cadre et sera testée sur 3 ans.

A l’international, les Nations-Unies ont lancé le programme Playing for the Planet qui rassemble 45 acteurs majeurs désireux de travailler collectivement à l’identification de leviers permettant de réduire l’impact écologique de l’ensemble de l’industrie, bien que certains éditeurs et constructeurs majeurs manquent à l’appel du programme. Nicolas Hunsinger chez Ubisoft saluent une initiative fédératrice : « Si l’on souhaite s’attaquer à des enjeux systémiques, on a besoin d’interagir pour avancer dans la même direction. Cela n’aurait pas été possible sans l’intervention des Nations-Unies ».

Responsabiliser tous les acteurs de la filière implique également d’intégrer les joueurs dans la démarche. A cet égard, Ubisoft et l’ADEME ont mené un travail d’identification des pratiques de jeu afin d’être en mesure de proposer des alternatives plus durables selon le profil et le comportement des joueurs. « Pour un joueur occasionnel, on conseillera le jeu mobile ou en streaming, alors qu’une console et un jeu physique restent pertinents dans le cas d’une pratique plus intense » explique le représentant d’Ubisoft.

« Les joueurs pourraient ne plus jouer à des jeux dont l’empreinte carbone n’est pas bonne »

En France, 93 % des 15-24 ans jouent aux jeux vidéo : c’est le média de divertissement qui prédomine et dont le potentiel de sensibilisation des plus jeunes n’est plus à prouver. Les thématiques environnementales sont plus régulièrement intégrées aux scénarios des jeux, comme c’est le cas pour l’extension des Sims 4 Eco Lifestyle ou Riders Republic. Dans ces jeux, différents événements rappellent l’importance d’agir pour réduire l’empreinte carbone à grande échelle. Continuer de divertir tout en ayant un impact positif sur l’environnement, tel est l’un des nouveaux défis des éditeurs.

La conscience écologique des jeunes générations pourrait également participer à l’accélération des transformations du secteur comme le souligne le délégué général du Syndicat National du Jeu Vidéo : « Il est fort probable que les joueurs ne voudront bientôt plus jouer à des jeux dont l’empreinte carbone n’est pas bonne ». Il conclut : « L’ampleur mondial de notre média est telle que nous avons la responsabilité de proposer une manière de jouer la plus vertueuse possible ».

logo big média
Big média Rédacteur web