FemTech : un marché émergent en quête de financement

À travers des produits et services innovants, les entreprises de la FemTech révolutionnent la santé des femmes. Ces technologies suscitent un intérêt croissant de la part des investisseurs, de plus en plus nombreux à en saisir la portée. Décryptage. 

  • 20 octobre 2022
  • Temps de lecture: 2-3 min
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« Les investisseurs se rendent bien compte de la portée d’un marché qui concerne la moitié de l’humanité. Une oreille commence à se tendre sur les sujets liés à la FemTech », indique Léocadie Raymond, cofondatrice de l’association France FemTech et de la marque de cup menstruelle Luneale.   
Les entreprises dédiées à la santé des femmes couvrent aujourd’hui de nombreux champs : fertilité, grossesse, contraception, bien-être sexuel…« La FemTech a commencé avec des sujets macro, comme la grossesse et la fertilité. Désormais, les sujets adressés sont plus micro, comme les hormones ou la ménopause », indique Marine Wetzel, cofondatrice de Imana.care et responsable du pôle FemTech au sein du collectif de femmes entrepreneures et investisseures Sista.
Si le potentiel est immense au vu des cibles auxquelles il s’adresse, le marché reste sous-évalué par les investisseurs. Les problématiques d’accès aux fonds dans ce secteur sont d’autant plus marquées qu’il s’agit pour la plupart de femmes entrepreneurs. Mais « en échangeant avec des financeurs, on se rend compte que malgré une certaine inertie, il y a du progrès », constate-t-elle. En Europe où la FemTech est encore assez jeune, un marché plus global se dessine, sur le modèle des Etats-Unis qui a vu naître fin 2021 la première licorne mondiale du secteur. De son côté, la France décolle sur le sujet et atteint sur le continent la troisième place du podium en matière de financements.  

« Nous avons une carte à jouer mondialement », affirme de son côté Léocadie Raymond, cofondatrice de France FemTech. Ce collectif d’entrepreneures vise à créer un hub dynamique autour de la FemTech, briser les tabous et communiquer sur des sujets liés à la santé féminine, mais aussi à favoriser une meilleure collaboration entre les acteurs de cet écosystème. Cette carte, Léocadie Raymond l’a jouée en développant une cup menstruelle innovante, fabriquée en silicone platinium - la meilleure qualité de silicone médical - et brevetée dans plus de 70 pays, dont les Etats-Unis où elle vient juste de se lancer. « Le marché américain, où la cup est extrêmement répandue, va nous permettre de financer le travail pédagogique qu’il nous reste à faire en Europe, où les femmes doivent davantage s’approprier ce produit. »    

Une charte signée par plus de 130 fonds d’investissement  

Au sein du collectif We are Sista, qui réduit les inégalités de financement entre femmes et hommes entrepreneurs, Sista FemTech œuvre pour sensibiliser les investisseurs, majoritairement des hommes, à l’existence de biais cognitifs. En 2020, Sista a lancé une charte signée par plus de 130 fonds d’investissement, qui s’engagent à financer des FemTech. Il mesure chaque année la part des femmes dans les levées de fonds via un baromètre publié avec le cabinet BCG. « On voit déjà l’impact sur les levées de fonds faites par les femmes l’an passé », souligne Marine Wetzel. Côté entrepreneures, Sista les accompagne via un programme dédié comprenant notamment des séances de coaching.   

Station F s’implique également pour faire bouger les lignes à travers le programme FemTech lancé fin 2021, qui réunit 14 jeunes pousses du secteur. Cette communauté d’entrepreneures se rencontre tous les mois pour échanger sur leurs besoins et bénéficie d’ateliers spécifiques sur leurs problématiques respectives : produit, construction d’une communauté, leadership et surtout financement. « Ce programme facilite leur accès aux fonds à travers un club de business angels, des rencontres avec les investisseurs et une démarche pédagogique sur ces sujets », explique Marwan Elfitesse, Head of Startup Programs & Investment Services à Station F. « C’est un secteur très global qui recoupe la medTech, la deeptech ou encore la biotech », souligne-t-il.   

Même si les sujets de santé intime se heurtent davantage à des difficultés de financement, les mentalités changent peu à peu. « Fertilité, ménopause, règles, sexualité… Les tabous tombent progressivement et j’espère qu’il en sera bientôt de même pour tout ce qui touche au bien-être sexuel », conclut le Head of Startup Programs & Investment Services.   

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